‹ Histoire de l'art (volume 4)Chapitre 81 sur 119 · VI. — BULGARIE · texte numérisé non relu

VI. — BULGARIE

La Bulgarie slavisée a connu les mêmes alternatives d’indépendance et de servitude que la Serbie slave et la Roumanie latine. Après avoir développe au moyen âge, dans l'orbite de la civilisation byzantine, un art vivace et original dont les églises d’Ochrida et de Tirnovo ont conservé quelques vestiges, elle tombe, dès la fin du xivp siècle, sous la domination turque. Quelques années à peine après la désastreuse bataille de Kosovo qui anéantit en 1 589 l’Empire serbe, la prise de Tirnovo, conquis par les Turcs, en 1393, marque pour les Bulgares le début d’un long esclavage. C’est seulement à partir de 1830 environ qu’on assiste à un réveil de la nationalité et de l’art bulgares.

Les premiers symptômes de cette renaissance dans le domaine de l’architecture sont, en 1852, la construction de l’église de la Vierge à Tatar-Pazard jik, et, de 1854 à 1857, la réédification, dans le style national, de l’ancien couvent de Saint-Jean-de-Rila, qui avait été détruit par un incendie1.

Au pied du massif de Rila, à Samokov, se forme une école de peintres traditionalistes, encore imbus d’art byzantin, dont le principal représentant est Stanislas Dospevski, sorti en 1857 de l'Académie des Beaux-Arls de Pétersbourg.

Il faut attendre les environs de 1880, après que le Congrès de Berlin eut érigé la Bulgarie en principauté indépendante, pour voir apparaître le germe d’une Ecole de peinture bulgare vraiment moderne et franchement occidentale. Le premier peintre national de ce pays enfin libéré, Jan Mrkvitchka, était d’ailleurs un Tchèque de naissance. Mais cet étranger s’enracina si fortement dans sa nouvelle patrie, il en étudia avec tant d’amour les coutumes, les types, les costumes, qu’il est presque aussi représentatif de la Bulgarie que Grigoresco de la Roumanie. 11 s’est essayé dans presque tous les genres : c’est ainsi qu’il est l’auteur des panneaux décoratifs de la Banque agricole, d’un portrait du roi Ferdinand Ier. Toutefois il a peint avec prédilection des scènes de la vie populaire : les paysans chopes des environs de Sofia dans leurs costumes bariolés, la danse nationale de la Ralchenilza, la bénédiction de l’agneau le jour de la Saint-Georges, où chaque paysan apporte un agnelet dont la tête est ornée de deux petits cierges allumés.

Ce caractère national est complètement absent de l’œuvre cosmopolite de Jules Pascin que le hasard a fait naître à Vidine sur le Danube, mais qui n'est pas au fond plus bulgare que Modigliani n’est italien ou «pie Picasso n’esl espagnol. Ses modèles préférés sont à Paris

L’ART DANS LES PAYS SLAVES ET BALKANIQUES

les filles, en Amérique les nègres. Son érotisme pervers et crapuleux renchérit encore sur celui < le Rops ou de Toulouse-Lautrec dont il est loin d'ailleurs d'égaler la maîtrise.

Page 1