VII. — GRÈCE
La splendeur incomparable de l’art grec ancien risque de nous rendre injuste pour les efforts de renaissance artistique de la Grèce moderne. Cependant, si la guerre de ^Indépendance hellénique n’a pas produit les mêmes effets «pie les victoires sur les Perses, et si l’Hellade affranchie du joug turc depuis le début du xixu siècle n’a pas donné naissance à un second Phidias, il faut reconnaître que le talent ne fait pas défaut aux chefs de la nouvelle école : le sculpteur Lazare Sohos, les peintres Nicolas Gysis et Théodore Ralli.
Ce qui leur manque [tour mériter le titre de maîtres, c est une originalité plus consciente d’elle-même. Tous ces artistes sont tiraillés entre trois influences souvent contradictoires : l’influence allemande, favorisée par l’avènement au trône de Grèce <1 une dynastie bavaroise, l'influence italienne, qui bénéficie de la proximité géographique et de l’échelle de Corfou, et enfin l'influence française.
Dans la sculpture, qui, après avoir été dans l’antiquité le glorieux apanage delà Grèce, est devenue dans les temps modernes l’art français par excellence, c’est Paris qui donne le ton. L’empreinte française, déjà manifeste sur Bonanos et Filipotis, est particulièrement visible chez Lazare Sohos (1862-1911 , qui commença à Constantinople par prendre des leçons de dessin du maître français Guillemet, peintre attitré du sultan Aziz, et qui travailla ensuite à l’École des Beaux-Arts de la rue Bonaparte sous la direction de Cavelieret d’Antonin Mercié. Ses œuvres principales sont : La Muse de retour sur l'Acropole, La Grèce protégeant les antiquités, statue en plâtre qui fut exposée au seuil du Pavillon grec à l’Exposition Universelle de 1900, un médaillon de Mme Adam qui fut offert à l’ardente philhellène par les étudiants de Paris. Il s’est également distingué dans la statuaire monumentale, comme en témoignent à Athènes la statue équestre de Colocotronis et le monument du héros macédonien Paul Mêlas érigé dans les jardins du Zappion.
La Renaissance picturale hellénique se réclame de deux initiateurs: Nicéphore Lytras ( 1832-1904) et Nicolas Gysis (1842-1901), tous les deux formés à Munich, dans l’atelier de Piloty où ils avaient été expédiés par le roi bavarois Otlion 1er, de fâcheuse mémoire. Lytras, qui, après avoir peint des tableaux d’histoire, se spécialisa dans les scènes de
genre (Les Culandas ou les Souhaits de bonne année), a laissé surtout la réputation d’un excellent professeur, de l’atelier duquel sont sortis la plupart des peintres grecs en renom. Quant à Gysis, il se fixa définitivement sur les bords de l'Isar, sans toutefois se laisser germaniser. Dans ses rares peintures décoratives, telles que le plafond de la Bavaria commandé par la Société d’art industriel de Nuremberg, aussi bien que dans de menus travaux d illustration : diplômes, affiches, son atticisme originel se révèle par un sens délicat du rythme, un dessin pur et élégant.
C’est de l’Ecole de Munich que relèvent également le peintre d'enfants Georges Jacovidès, directeur de la Pinacothèque d'Athènes, et le peintre militaire Georges Roïlos, qu’on a appelé le Détaillé grec.
Les Corfiotes tels que Vincenzo de Boccheciampi et Ange Giallina, qui se sont spécialisés tous les deux dans le portrait et le paysage à l'aquarelle, s’orientent naturellement vers l'Italie.
A côté des Grecs de Munich et de Venise, il y a enfin une colonie fort importante de Grecs de Paris. Les plus remarquables de ces peintres qu’on peut qualifier de franco-hellènes sont Paul Mathiopoulo, portraitiste et paysagiste qui fut élève de Benjamin Constant et de Jules Lefebvre, et surtout Théodore Balli qui, bien qu'il ait passé presque toute sa vie à Paris, a peint surtout des scènes de mœurs grecques auxquelles on a fait l'honneur d’une salle spéciale à la Pinacothèque d’Athènes. Démétrios Galanis s’est spécialisé dans les arts graphiques.