CHAPITRE VIII
A l'origine, les architectes chrétiens s'étaient servis pour leurs églises des formes de la basilique romaine, dont les toitures en bois leur permettaient de construire facilement des édifices assez vastes pour réunir le peuple des fidèles. Après de longs siècles d'efforts, ils parvinrent à substituer des voûtes de pierre aux toitures en bois, donnant ainsi plus de durée et plus de beauté à l'église chrétienne. Ce système, que nous appelons lombard ou roman, était si rationnel, si satisfaisant, qu'il fut adopté par toute la chrétienté, depuis la Méditerranée jusqu'à la Baltique. Vers le milieu du xii* siècle, les peuples du Nord, lui faisant produire toutes ses conséquences, créèrent l'art gothique qui, grâce à une disposition particulière de la voûte, permettait d'obtenir déplus vastes espaces encore, de leur donner plus de lumière et de porter vers les cieux, plus haut qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, les voûtes et les clochers.
Cet art nouveau, où les lignes verticales prenaient une place prépondérante, devait être moins sympathique aux peuples du Midi, habitués à des lignes horizontales. Les Italiens surtout restèrent réfractaires à une architecture qui était trop en désaccord avec les formes que le climat avait logiquement imposées à leurs constructions, et ils ne l'adoptèrent que tardivement. Au xn* et au xiii* siècle, les rares édifices gothiques que l'on trouve en Italie ne sont encore, pour la plupart, qu'une importation des ordres monastiques étrangers. A la fin du xiii'' siècle, l'Italie se laisse séduire et elle devient gothique. Rien n'est plus intéressant que cette période où nous assistons à d'interminables conflits dans l'âme des archi-