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LES MŒURS ET LA RELIGION DES PHRYGIENS. il
homme, et il mettait à mort les passants qui avaient eu le malheur de relever son défi. C'était son nom que portait, c'était lui que célébrait, même chez les Grecs, la chanson qui retentissait dans les plaines où les blés mûrs tombaient et se couchaient sous le fer *.
Tous ces contes sont nés autour de Taire où les bœufs dépiquent le grain. D'autres sont plutôt des contes de vendangeurs; tel celui qui représente Midas remplissant de vin le bassin de la source où Silène vient se désaltérer, afin d'enivrer le vieillard et de le faire prisonnier '. C'est que dès le temps d*Homère la Phrygie était toute plantée de vignes ^. La vie devait être plantureuse dans cette contrée où le bétail donnait à profusion la viande et le laitage, où les plaines se couvraient de riches moissons, où, l'automne venu, le vin coulait à lïots.
C'est donc surtout, semble-t-il, aux travaux delà terre que les Phrygiens ont dû le bien-être et l'aisance. Rien n'indique qu'ils aient eu l'esprit aventureux et le goût du commerce; ils se contentaient de vendre les produits de leur agriculture aux marchands grecs, qui les dirigeaient vers la côte. 11 est possible aussi que ces laborieux ouvriers aient encore mis à profit, d'une autre manière, la richesse de leur sol; peut-être ont-ils demandé les métaux précieux soit à quelques filons découverts sur un point de leur territoire, soit plutôt au lavage de ces sables aurifères qui firent la fortune des Lydiens. On ne voit d'ailleurs pas que ce peuple, alors même qu'il obéissait à un chef unique, ait jamais conçu de hautes ambitions militaires, qu'il ait aspiré à l'empire de la péninsule. Il ne parait pas avoir été très belliqueux ; malgré les fortes positions qu'il occupait, sur le plateau, au delà el en deçà de l'Halys, il ne sut résister ni aux Cimmériens ni aux rois de Lydie. Cependant cette nation de paysans n'était pas aussi médiocre que pourrait le donner à croire le rôle secondaire qu'elle joue dans l'histoire politique de l'Asie Mineure. Elle avait l'intelligence ouverte; autant que l'on peut en juger, elle fut la preniière, parmi les tribus qui habitaient l'intérieur du pays, à s'emparer de
1. Athknée, X, p. 415, B; xiv, p. 6i9, A. Scoliaste ôe Thkocrite, ou vers 41 de la x'idjrUe. Pollux, iv, ,54.
2. Xéxophon, Anabasc, I, ii, 13. Palsamas, I, iv, 5. Maximk de Tyr, XI, i; Philostrate, V<> cTApolloniiis, vi, 27. On a une autre version du même conte dans le récit que fait Aroobe de la ruse que Dionysos emploie pour capturer et pour rendre inoiîensif le ftroQche Agdistis (Adversus génies, v, 6); c'est toujours la source remplie de vin qui grise felni qui vient s'y désaltérer. '