Homère, liiade, Ul, 401 ; XI, 184; etc
l'alphabet que les Grecs avaient emprunté aux Phéniciens e aux sons de sa langue; les nombreuses inscriptions qu'el sur le roc prouvent que Tusage de l'écriture lui était deve Sans doute elle n'a pas laissé de littérature; mais, quoique été plus longue et plus brillante, la Lydie et la Lycie n'ont plus cet honneur; la Grèce, qui a substitué plus ou moins vite à celui de ces peuples, s'est chargée de recueillir et de cons lui a paru digne de mémoire dans les pensées qu'ils avaien et dans les souvenirs qu'ils avaient gardés de leur propre j curiosité peut regretter que les choses aient ainsi tourné ; n toujours tentés de reprocher aux Grecs d'avoir négligé biei que nous aimerions connaître, d'avoir arrangé et remanié b* faits qu'ils ont notés et transmis à la postérité; mais, s'ils pas trouvés là pour remplir cette fonction de secrétaire et rédacteurs, les monuments nationaux des peuples de s n'en auraient pas moins péri, selon toute apparence, et noi pas l'avantage de posséder tout au moins un résumé d ensemble d'idées, de mythes et de traditions.
Si l'œuvre écrite de la nation phrygienne n'est plus repr par quelques textes lapidaires dont la traduction présente • des obscurités, les tombes de ses nécropoles prouvent qu< ne manquait pas d'un certain génie plastique, et, à leur déf moignages nombreux et concordants suffiraient à démontre bien doué pour l'art, à prendre ce mot dans son sens le pi Cette race avait une vive imagination, un tempérament ner\ sionné ; il y a de la grâce et de la mélancolie dans les myth< attribue; ce qui n'est pas douteux, c'est qu'elle était partie sensible à la musique; elle parait même, sur ce terrain, avoir d'une véritable originalité. C'étaient les Phrygiens, racontait-o qui avaient inventé la flûte de roseau, ou qui du moins, f qu'ils avaient joués sur cet instrument, avaient fait voir qu en pouvait tirer, quelles ressources il possédait. Un lac voisin fournissait, disait-on, les roseaux qui donnaient les plus b< on l'appelait Aulokréné^ « la source de la flûte »*. Dans la ménienne,^/^^n veut dire roseau ; nous avons dit quels liens éX saient les Arméniens et les Phrygiens ; les grammairiens ^
1. Chronique de Paros, dans Corpus imrriptionum graecarum, t. H, p. 3 Xn, vm, 15.
jamais su expliquer le terme elegos^ nom qui fut donné aux poèmes que Callinos d*Éphèse et Archiloque de Paros, au septième siècle, firent chanter dans les villes ioniennes avec un accompagnement de flûte ; il est donc très possible que ce soit là un mot phrygien, celui qui, dans cet idiome, désignait les tiges végétales que venait animer le souffle du musicien*. Les Grecs aimaient à opposer Tune à Tautre la cithare et la flûte; les sons graves de la première et ses nobles mélodies élevaient et calmaient Tâme, disaient-ils, tandis que la flûte Tébranlait et la troublait par ses accents plus aigus et plus pénétrants, qui agissaient dayanlage sur les nerfs ^ Chacun de ces instruments avait ses partisans, et Ton a Técho de ces discussions dans le mythe où Marsyas, le flûtiste phrygien, entre en lutte avec Apollon citharède. Aujourd'hui, Ton éprouve quelque peine à comprendre que la cithare et la flûte aient pu produire des impressions aussi marquées et aussi diverses ; nous ne sentons pas une telle différence entre les effets des instruments à cordes et ceux des instruments à vent; il semble que la musique, en se compliquant, ait perdu de sa puissance. Sauf chez quelques peuples qui, comme les Hongrois par exemple, sont restés, sous le costume moderne, plus voisins de l'antiquité, la musique, dans le monde où nous vivons, n'a plus le pouvoir de remuer aussi profondément qu'elle le faisait autrefois l'homme tout entier, de le contraindre à passer, en
f. DcNCKEB, Geschichte des AltefHhums, t. l, p. 384. Dans son Grundriss der Griechi- ^km lUteratur, 3» édition, 2* partie, i" section, § i 01, notes, Bernhardj, après avoir discuté les étymologies plus oa moins ridicules que les grammairiens grecs proposent pour 1« mol ïU^iïi, en prétendant les tirer du grec même, arrive à conclure que, selon toute ^isemblance, « ce mot est d'origine asiatique et que Ton avait perdu chez les Grecs icTnisensdu vocable que Ton essayait en vain d'expliquer par le grec même ». Des étjmolojfies qui ont été proposées par les linguistes modernes, celle qui paraîtrait la pins satisfaisante, à première vue, est due à Bôtticher (Arkaf 34) ; il rapproche eXc^oç des iQots arméniens elégn (roseau) et élegnery (flûte de roseau). Hans Flach {Geschichte der ^ntehiseken Lyrik nœh den Quellen dargestelU, 8», 1883, t. 1, p. 158, n. 2) rattache eXs^o; à im autre groupe de mots arméniens, jegern ou jelem (malheur), jejerakan ou Jelarakan [^^iqoe, funeste), d'où dérivent plusieurs termes qui signifient élégies, chants de deuil, flfvme, etc. La première explication parait meilleure; le mot eXe^o; n'avait pas, à l'oril^^t le sens exclusif de poésie plaintive, et d'ailleurs elégn est plus près d'eûgos que les sntresmots auxquels a récours Flach pour rendre compte du terme grec. Pour ces deux '^Qs, il semble préférable de retrouver dans eXe^oç le nom phrygien de la flûte. Cette hypothèse s'accorde mieux avec ce que nous savons de l'élégie primitive, de celle de CalliiKtt et d'Archiloque, de Tyrtée, de Mimnerme et de Solon ; cette élégie était tantôt patriotique et militaire, tantôt mélancolique et triste, tantôt voluptueuse; parfois le moraliste et le politique s'en servaient pour exposer leurs idées et rendre raison de leur coodoite. Ce qui faisait le caractère commun de ces pièces si différentes, c'est qu'elles iraient tontes un même rythme poétique et que les airs sur lesquels on les chantait, tant qa'on les chanta, étaient des airs composés pour la flûte.
1 AaisTOTE, Politique, Vni, vu, 8-9.
quelques instants, des émotions les plus tendres et les plus transports de l'enthousiasme et de la colère, puis, de ceuxles tristesses du découragement et de la douleur. Aujoun nos sociétés civilisées, la musique n'est guère qu'un amu: plaisir délicat; ce n'est plus une ivresse, aussi irrésistible, ai table que celle du vin.
Celte action souveraine de la musique, on y croyait si chez les Grecs, que les philosophes en tenaient compte dan d'éducation qu'ils traçaient pour leur cité idéale. Platon n la flûte dans sa République\ et Âristote est aussi d'avis qu' de soustraire les jeunes gens aux dangereuses séductions ( de ses rythmes entraînants, de ses mélodies qui avaient ga de phrygiennes. Ces mélodies portaient la marque de leur ori étaient nées dans le délire de ces fêtes auxquelles les Grecs le nom d'orgies, fêtes qui caractérisaient les cultes de la Tli de la Syrie et ceux de l'Asie Mineure; suivant les lieux et 1 il pouvait y avoir quelques différences dans les rites; mais c'd jours les mêmes phénomènes qui se produisaient, la même violenté, les mêmes transports qui aboutissaient tantôt à ments de douleur et à des crises de larmes, tantôt aux éc joie ardente et sensuelle. Comme les autres religions qui lieu à ces scènes étranges, la religion de la Phrygie n'était q\ ration des puissances de la nature ; ses fêtes étaient une sorte sacré, drame dont le sujet n'gtait autre que la lutte étern lumière et de l'ombre, de la vie et de la mort. Le thème î une riche fantaisie brodait ses variations, c'était les phas asires dont l'orbe, comme celui de la lune, grandit et décrc firmament ou bien, comme celui du soleil, ne s'élève lé matir que pour redescendre aussitôt vers l'horizon et pour disparaît nuit;c'étaitsurtoutla succession des saisons, si tranchée dans e< de climats extrêmes, la végétation qui, au printemps, couvre et de fleurs odorantes les roches les plus âpres et la poussière ( puis se dessèche sous les rayons brûlants de la canicule el s'ensevelir sous la neige que, pendant l'hiver, les rafales du mènent sur toute la surface du plateau. On ne saurait essa; débrouiller la confusion des mythes phrygiens ; ils ne nous se nus qu'interprétés et remaniés soit par les Grecs qui s'en ai
i. Platon, Hi'puhliqne, UI, p. 399.
LES MOEURS ET LA RELKilON DES PHRYGIENS. 31
qui brodent sur ce fond déjà très riche, soit parles Pères de l'Église, Clément d'Alexandrie et Arnobe, qui s'en indignent et les accusent d être puérils et obscènes. Voici ce qui ressort le plus clairement de ces récits touffus où s'entre-croisent les variantes capricieuses d'une même donnée première, où un même personnage se cache sous des noms différents. Un des dieux principaux de la Phrygie était un dieu lunaire, Men, dont le culte se répandit dans toute l'Asie Mineure, puis, de là, dans le monde grec, et enfin, plus tard encore, d'un bout à Tautre de l'empire romain ; la plastique lui attribuait le sexe masculin *. De quelque popularité que Men ait joui, il avait encore au-dessus de lui un couple divin qui se composait d'un dieu solaire ou dieu du ciel, que les Grecs identifièrent à Zeus, et d'une déesse qui personnifiait la terre ' : en vertu du même principe, celle-ci '^ut assimilée à Rhéa. Le dieu était invoqué sous le nom de « père », pupas\ tandis que l'on appelait la déesse ilf a ou Amma, « la mère » ^ A l'inverse de ce qui se passait ailleurs, c'est la déesse qui parait avoir
1. Dans le résumé que nous présenlons de la religion phrygienne, nous avons surtout saivi M. Alfred Maury, Histoire des religions de la Grèce antique^ t. III, p. 79-110. Nous noas sommes aussi servis de Duncker, Geschichte des Altei'thums, t. 1, p. 388-300, et d'Ed. Meyeb, Geschichte des Alterthums, 1. 1, § 233. Voir encore F. Lenorîiant, Sabazius [timiie archéologique, n. s. t. XXVIIÏ, p. 300-306; 380-389; t. XXIX, p. 43-51).
2. On trouve aussi la forme Manès, à laquelle paraissent se rattacher deux noms qui sont donnés comme ceux de vieilles villes phrygiennes dont remplacement est inconnu, Manegordnm et Manesion. Les inscriptions en l'honneur de Men et les monuments figurés qui le représentent sont en très grand nombre, pour Tépoque macédonienne et pour l'époque romaine. Sur Me», son culte et les différents surnoms qui lui étaient donnés sur divers points de la Péninsule, voir Guigniaut, Religions de l'antiquité, 1. 11, 3*' partie, p. 962, et plas particulièrement Waddington, dans le Voyage archt^ologique de Le Bas, partie V, explication des numéros 667 et 668.
3. Chez les Thraces, qui avaient même origine et mômes cultes que chez les Phrygiens, Sabazios était un dieu solaire, Macrobb (Saturnales, I, 18). Le grand dieu phrygien était qualifié : itotpLfjV Xrjxfôv a^rpeuv, « berger des astres brillants » (Philosophumena, édit. Miller, p. 118), périphrase qui désigne évidemment le soleil. Ce trait se trouve dans un hymne ancien que cite Origène ou l'auteur quelconque de ce livre curieux. Macrobe {Saturwiies, 1, 2î) identifie Atys et le soleil : « Solem Phryges sub nomine Attinis ornant et ttstala et virga. »
4. C'est aux Bithyniens, proches parents des Phrygiens, qu'un historien très bien informé des choses de l'Asie Mineure, Arrien, dans ses Bithyniaques, SLtinh\ia.\i l'usage d'appeler Zeii5 Papas : âvtovti; et; xk k%pk 7c5v ôpcTiy BtO'Jvoi IxdiXouv Ilxjcav TÔv ùiiat (EustaTUE, p. 565, 4, 'ians son commentaire sur le livre V de VUiade), Qu'il en était de même en Phrygie, c'est ce que démontre un passage de Diodore de Sicile (111, lvui, 4) qui dit qu'Atys recul ensuite le nom de Papas.
5. Elymologieum magnum, s. v. "Afi^Ax. Etienne de Byzance, sv. Mxaraups, nom d'une ville de Lydie : 'ExaXitTo SI xat f) 'Pé% Mol xa^: -raup?; aùrf^ eOû«To izxok AûSoi;. Ma avait aussi le WM de mère chez les Grecs : Ma ya, Ma ^a (ixiJttjp ^f^), dans Eschyle, Suppliantes, 890, 899. Ce sont des traductions de la vieille invocation phrygienne que ces noms, [Ai{rT)p opEta ou î^«x (Strahon), Phrygia mnter (Virgile), magna mater, qui sont donnés plus tard à Cybèle.
>f^l5H>l7ATfl'l
32 LA PHKYGIE.
oocupé ici la première place dans le respect des peuples < cérémonies du culte. Les Phrygiens la nommaient Cybèle, n les auteurs classiques, et nous avons la preuve que cette as exacte \ En effet, sur un des rocs du district qui renferme les j monuments de cette civilisation, au-dessus d'un autel tail] pierre vive, on voit encore, gravée en caractères phrygieiu scription qui atteste que cet autel était consacré à Cybèle. Ihu ce texte était effacée; mais les deux premiers mots, MATAI se lisent sans difficulté (fig. 3). Quant au dieu qui fait Cybèle, s'appelait-il Bagaios ou Sabazios, Atys ou Agdistis^' noms se rencontrent chez les écrivains grecs et latins auxqu< le peu que Ton sait de la religion phrygienne; mais la li fournit peut-être les moyens de trancher la question. Si, co
cordent à le croire les savan autorisés, on est fondé à exf les racines indo-européennei qui sont donnés comme ayant