‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 177 sur 412 · Vue de Tlos. Fellows, Lycia, Caria, pi. VI · texte numérisé non relu

Vue de Tlos. Fellows, Lycia, Caria, pi. VI

que, dans les inscriptions de Tépoque romaine, Xanthos prenne fièrement le litre de « métropole de la nation lycienne »*, et que le sanctuaire où se réunissaient alors les députés de la confédération, le Létoon, se trouve à 4 kilomètres vers le sud-ouest de cette ville'*. Cependant il y avait en Lycie, au sixième siècle, bien d'autres villes dont la position est fixée par les indications des géographes et surtout par les inscriptions que l'on y a retrouvées. Telmessos [Macrï) était le port principal de la région du Cragos, celui dont les relations avec Rhodes

{. Benndorf, Reiserij t. I, n^ 92.

2. Sur les ruines qui «subsistent en ce lieu, voir Renndojîf, Beiserty t. 1, ch. XI.

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étaient le plus faciles; dès le temps de Crésus, elle possédait un collège de devins renommé dans toute la péninsule ' .

Bien plus étroite que la vallée du Xanthe, celle du Demhré-tchax ou Myros ne pouvait être aussi peuplée; elle fait de fréquents détours; elle est resserrée entre des parois qui, en plus d'un endroit, sont coupées à pic, et les eaux qui s'y précipitent lors de la fonte des neiges en ravagent le sol et n'y laissent que peu de terrains propres à la culture. On y a pourtant reconnu le site de plusieurs petites villes qui exploitaient les belles forêts et les riches pâturages des montagnes voisines; ce sont Arneiai, Kandyba et Phellos, celle-ci déjà nommée par Hécatée *. Point de doute non plus sur remplacement qu'occupait la ville la plus importante de ce district, Myra; par son étendue et par les formes qu'y présentent les sépultures, sa nécropole est une de celles qui ont l'air le plus anciennes. En avant du massif qui sépare de la mer la vallée du Myros, Antiphellos, Aperlae et Sura s'étaient bâties au bord de la mer, prêtes à la piraterie ou au commerce, suivant les circonstances. Enfin, plus à l'est, Limyra commandait à la plaine fertile que viennent arroser les torrents qui descendent du plateau à'Elmalu et des versants orientaux du mont Solyma. Dans cette rapide énumération, nous avons omis plus d'une ville dont le nom est donné soit par les auteurs, soit par les textes épigraphiques; nous n'avons fait mention que de ceux où se rencontrent, avec des inscriptions lyciennes, des monuments dont le caractère est assez tranche pour que l'on se croie fondé à reconnaître là de vieilles cités qui

\, HÉRODOTE, 1,78. On a dit que Telmessos n'était devenue ville lycienne que très tard, au quatrième siècle (TaBaBER, Geschichte, p. 103). On se fonde sur le fait qu'elle figurerait à part dans la liste des tributaires d'Athènes (C. I. AUiCn p. 19, 22, n° 37 et p. 104, 118, n. 234) et sur ce que racontait ïhéopompe, d'une guerre où un roi des Lyciens, Périclès, se serait emparé de Telmessos (Théoponipe, fr. 111, dans Muller, Pragm, hisl, Gr.,t. I); mais il parait vraisemblable que la mention de Telemessos (sic), dans la liste des tributaires d'Athènes, se rapporte à une ville carienne située dans Tintérieur des terres, au nord d'Halicarnasse, et non au Telmessos de Lycie (Six, Monnaies lyciennes, p. 93;. Quant au récit de Théopompe, tout ce que l'on en peut conclure, c'est que Telmessos, séparée de la vallée du Xanthe par la haute chaîne du Kragos, vécut longtemps isolée du reste de la nation. Hien n'indique que ce fiU soit une colonie grecque, soit une cité carienne; tous les monuments que l'on y trouve ont bien la physionomie lycienne; le plus simple est donc de la regarder comme peuplée aussi de bonne heure par les Lyciens. On en peut dire autant de Kadyanda, située plus au nord. La vallée de Tlndos, sauvage et déserte, formait une frontière très bien marquée entre la Lydie et la Carie.

"2. Etienne de IJyzance, s. v. 9£Xao;. Il est vrai qu'Hécalée plaçait Phellos en Pamphylie; c'est qu'au temps où il écrivait, les limites des différentes provinces de la péninsule n'étaient pas encore bien fixées. Pour Hécalée comme pour Homère, la Lycie, c'était proprement le bassin du .\anthos.

remontent jusqu'au temps où ce peuple avait sa vie indépendante. Celte liste s'allongera certainement; les voyageurs ont signalé plus d'un site où les ruines ont ce même cachet d'antiquité*: mais on ne sait encore lequel leur attribuer parmi ces nombreux noms de villes lyciennes qui ont été conservés par les géographes et particulièrement par Etienne de Byzance.

L'histoire intérieure de la Lycie, jusqu'au premier siècle de notre ère, est très mal connue. A partir de cette époque, les documents ne font pas défaut. De nombreuses inscriptions grecques et latines donnent des détails curieux sur la vie politique et sociale de la province; mais, pour la période précédente, les inscriptions grecques sont rares et courtes; elles n'appartiennent d'ailleurs guère qu'aux temps postérieurs à Alexandre ; les lyciennes ne se laissent pas encore traduire, à quelques formules près , qui n'apprennent rien. Quant aux historiens, ils ne s'occupent pas de ce petit peuple qui, couvert par sa ceinture de montagnes comme la tortue par sa carapace, ne se mêle pas aux querelles des puissances.

Ce qui permet de suppléer, dans une large mesure, à l'insuffisance des documents, c'est l'étude du terrain et de son relief, ainsi que des ruines qui y sont semées. L'empire perse n'était pas de ceux où le pouvoir central commande avec assez de force et de suite pour imposer atout sujet, quelles que soient sa race et sa langue, l'obéissance à certaines lois communes, lois qui, par leur action constante, atténuent les différences des mœurs locales et vont parfois, à la longue, jusqu'à les effacer. Les Lyciens ne furent guère soumis que de nom aux princes Achéménides; Darius les avait compris dans la première de ses satrapies, celle d'Iaouna, et ils étaient censés prendre part au paiement d'un tribut de 400 talents*; mais Isocrate n'en écrivait pas moins, en 380 : « Quant à la Lycie, aucun roi perse n'en a jamais été le maître*. »

Les montagnes qui se ramifient en tout sens sur le sol de la Lycie la partagent, si Ton peut ainsi parler, en trop de compartiments distincts pour qu'il ait jamais été possible à un prince ou à une cité puissante de réunir en un seul État tout le territoire occupé par la nation lycienne. Xanthos n'avait sur les autres villes qu'une prééminence d'honneur. La Lycie, cette Suisse orientale, était faite pour la vie cantonale, qui, tôt ou

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