CHAPITRE III
La tombe dont nous avons étudié les principales variétés, qu'elle fût taillée dans le roc ou bâtie en matériaux appareillés, se couvrait de bas-reliefs, dès que la fortune de son propriétaire lui permettait de se donner ce luxe. 11 a suffl de dépouiller quelques tombeaux de Xanthos pour constituer, au Musée Britannique, une riche suite de sculptures qui forment ce que Ton appelle la galerie lycienne, et voici que, grâce à la générosité d'un groupe d'amateurs et aux peines prises par MM. Benndorf et Nîemann, le musée de Vienne possède aujourd'hui un curieux ensemble de figures qui provient de la même contrée, celles qui décoraient l'A^roon de Ghieul'bachiK Ce n'est point ici que l'on devra chercher la description ni la représentation de ces ouvrages ; ainsi que ceux qui sont restés en Lycie, ils ont leur originalité, par les détails très particuliers du costume qu'ils reproduisent et surtout par les thèmes qu'y traite la statuaire * ; mais la facture en est toute grecque : ils ont été exécutés par des sculpteurs ioniens ou par des élèves de ces maîtres, et, à ce litre, c'est à l'histoire de l'art hellénique qu'ils appartiennent; c'est là que nous les retrouverons. Ici, il nous suffit de montrer que si, à partir de la seconde moitié du sixième siècle, la Lycie, arrachée à son isolement par la conquête perse et comprise dans la même satrapie que rionie, a tiré de Milet et d'Éphèse les artistes qui ont décoré les sépultures de ses princes et de ses principaux citoyens, elle n'avait pas attendu ce moment pour sculpter sur la façade de ses tombeaux 1 image de l'homme et celle de l'animal.
M. Benndorf inclinerait à regarder comme le plus ancien ouvrage de la plastique qui existe, à sa connaissance, en Lycie, les' bas-reliefs,
1. Benndorf ond Nîemann, dns Het^oon von Gjôlbaschi-Tt*ysa. Vienno, 1888.
2. Sur ces thèmes et co qu'ils ont do particulior, voir Peterskn, RrUni, t. II, p. 193-196*
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par malheur très mutilés, qu'il a découverts sur le site de Trysa, près du village de Ghieul-bacln (fig. 273-275)*. Ils ornaient les quatre faces d'une tour funéraire, semblable à celle de Xanthos que nous avons représentée (fig. 268), mais bien moins haute; une de ces faces n'est pas visible aujourd'hui, le monument étant renversé sur le sol. La partie supérieure des plaques est cassée. Hongés par les intempéries, les personnages paraissent peut-être plus minces qu'ils ne l'étaient avant
d'avoir ainsi souffert ; les effets de l'usure, qui mange les contours, sont plus sensibles sur la largeur que sur la longueur des figures.
273. — Bas-relief sur une tombe de Trysa. Benndorf, /^ n . i . -
Reisen. t. II, fig. 9. Celles-ci, sclou toule appa-
rence, faisaient partie d'une de ces processions funéraires qui se développent sur la panse de ces vases antiques très anciens que Ton connaît sous le nom de Vases du Dipylon^. Sur la première face visible (fig. 273), on distingue la partie inférieure du corps de cinq hommes armés qui marchent vers la gauche ; leurs boucliers étaient ronds. Sur l'autre dalle, on voit aussi le buste ou les jambes de cinq personnages, dont deux, les mains étendues, portaient quelque chose, peut-être des offrandes (fig. 274). Sur la troi-
274, 27.*». — Bas-reliefs sur une tombp de Trysa. Benndorf, Heisen, t, II, fig. î».
sième plaque, on n'aperçoit plus que la partie postérieure d'un cheval et le talon d'un cavalier (fig. 273). Cela rappelle maints monuments archaïques de style oriental. On rencontre des défilés de ce genre sur les sarcophages de Cypre^ ; il y en a aussi sur les coupes phéniciennes gravées au trait '*, sur ces œufs d'autruche ornés de dessins, que four-
i. Petersen, Reisrn, t. II, p. i.1.
2. Rayet et ('.OLLiGNON, Histoire de la crramiqur (jrrrrpir, p. 23-.'ÎO. i\(i. 19 et pi. f.
.3. Histoire <//' VArt, t. III, iifi. 41 r> o\ ilfi.