Histoire fie IWrf, I. V, 1. IX, rli. n. S
LA PKRSE.
moins exacte entre les autres éléments, entre ceux qui ne se prêtent plus à cette comparaison, parce qu'ils ont disparu, comme une page que Tod
aurait arrachée mmmm^^mm^ d'un livre, dans UD
des deux exemplaires du type à restaurer, dans Tédifice construit. L'archéologue a donc le droit de demander à rarchiteclure simulée des nécropoles comment étaient disposés les entablements deces palais dont la magnificence a ébloui les Grecs et se laisse encore deviner jusque dans leurs ruines.
Cette façade des tombes rupestres où Ton a reconnu les sépultures des rois Achéménides, on peut la prendre comme le type le plus complet de l'ordonnance perse. Ce qui en fait l'originalité, ^ ce que l'œil y re- "^ marque tout d'abord, c'est la fonc-
:Î89. — r*artie de lelêvation et coupe transversale dune tombe royale .. , y,
à Nakch-i-Roustem.FlandinetCo8te,/'<>rjc«;<c/e«/i<f, pl.CLXXVlI. ^^^^ ^ Y '■6™P*'t
la colonne, une colonne qui, de la base au chapiteau, était tout en pierre, comme on le sait par les échantillons et les débris qui en subsistent sur les plates-
formes où se dressaient autrefois les palais. C'est tout d'abord à TÉgypte que fait songer l'importance du rôle que joue ici la colonne lapidaire, elle qui tient si peu de place dans les édifices de la Chaldée et de TAssyrie. On est, à première vue, tenté de penser que Tarchitecte perse s'est inspiré surtout des modèles que lui offrait Tarchitecture égyptienne; mais, aussitôt que Ton y regarde d'un peu plus près, on s'aperçoit que les supports ont ici une physionomie tout autre qu'en Egypte, que leur exécution porte la marque d'un goût très différent. Placez une colonne égyptienne, n'importe laquelle, à côté d'une colonne perse, et vous serez frappé du contraste. L'analyse et la comparaison ne feront que confirmer cette impression, et vous noterez plusieurs caractères qui vous paraîtront établir entre ces deux séries de supports une dissemblance profonde.
La colonne perse a toujours des proportions très élancées. A Persépolis, dans le palais aux trente-six colonnes (fig. 290, n* 2 du plan, et planches VII et VIII), la hauteur de la colonne, en y comprenant la base et le chapiteau, correspond à douze fois le diamètre du fût, et la colonne était sensiblement plus mince à Pasargade où le chapiteau a disparu. Au contraire, dans ce que l'on peut appeler le type classique de l'Egypte, au Ramesséum et à la salle hypostyle de Karnak, la hauteur totale de la colonne n'est que de cinq à six diamètres. Le plus souvent même, dans les édifices de la vallée du Nil, le chiffre qui exprime ce rapport reste plus bas encore ; la colonne de Medinet- Abou ne mesure pas plus de quatre diamètres. Le support égyptien, là même où il vise le plus à l'élégance, conserve toujours un aspect massif et presque trapu ; la colonne perse est la plus svelte de toutes les colonnes lapidaires qu'aient érigées les architectes de l'antiquité.
La modénature des bases n'est pas moins différente. La base égyptienne n'est jamais qu'un simple plateau circulaire ou un gros bourrelet; on ne retrouve quelque chose d'analogue à ce disque qu'à Pasargade (fig. 291). Partout ailleurs la base perse est bien plus développée et plus ornée. Elle offre plusieurs variétés, que nous décrirons en leur lieu; mais la vraie base perse, celle qui est employée dans les édifices les plus soignés, c'est la base campaniforme, avec le tore saillant qui la surmonte, et la riche parure de feuillage qui la revêt (fig. 292). Or, on ne trouve rien de pareil en Egypte, du moins à cette place. L'Egypte a bien des chapiteaux qui offrent la figure de la corbeille évasée ou, si l'on veut, de la cloche renversée; mais, pour trouver ici, dans la base en question, un type emprunté à l'Egypte, il faudrait supposer
tSi LA PERSE.
que l'architecte perse a été prendre le chapiteau égyptien et qu'il
retourné pour en faire une base, hypothèse invraisemblable, que nous ne nous arrêterons pas à discuter.
LES PRhNClPES DE LA FORME.
Le chapiteau, lui aussi, ne rappelle, ni par son plan ni par sa composition, aucun des modèles qu'a créés TÉgypte. Il est construit sur plan rectangulaire, tandis que le chapiteau égyptien, quelque forme qu*il affecte, peut toujours s'inscrire dans un plan carré. Le motif qui, tantôt posé directement sur le fût, tantôt relié à lui par tout un système compliqué d'ornements interposés, caractérise le chapiteau perse, c'est le groupe que constituent deux demitaureaux adossés ( fig. 290 ) ; ceux-ci se montrent sous l'entablement sans y être reliés par aucun membre intermédiaire.
En Egypte, au contraire, entre le corps même du chapiteau et Tarchitrave, il y a toujours un abaque.
Un autre trait qui ne contribue pas moins à distinguer les monuments perses des monuments égyptiens, c'est la disposition du couronnement.
Celui-ci présente, en Perse, un arrangement très particulier : il dépasse, beaucoup plus qu'il ne le fait en Egypte et en Grèce, le fût de la colonne; il se projette bien plus loin en avant. De plus, le dessin en est tout autre. Il ne se partage point , comme l'entablement égyptien , en membres bien
définis et d'inégale importance, tels que l'architrave, le tore, la gorge et son filet terminal; tous ses membres se ressemblent, sont, à peu de chose près, égaux en dimension et en saillie (fig. 289). La singularité de ces profils s'explique, de la manière la plus simple, par la composition même de ce comble, qui n'est autre chose qu'un empilage de bois.
Déçu dans la pensée de trouver ici un art qui ait dans celui de
— LacoloDDC de Pasargade. Dieulaloy, L'Art antif/ue, I, fig. 28.
l'Egypte sa source et ses modèles, le critique est conduit à chercher ailleurs, chez le seul autre peuple qui ait fait un aussi fréquent usage que rÉgypte du support lapidaire et qui eu ait tiré d'aussi beaux partis; il songe tout d'abord à la Grèce. Le fût des colonnes perses est plus élancé que celui des grecques. Ce n'est pas à l'ordre dorique que nous le comparerons : l'écart serait trop grand; mais prenez même Tordre ionique, et vous serez encore loin de compte. La colonne de l'Érechthéion d'Athènes, une des plus légères qu'ait dressées l'art classique, a deux diamètres et demi de moins que la colonne la
moins élancée de Persépolis, el il n'en faut pas davantage pour lui donner une autre stature, un air plus court et plus ramassé.
On arrive aux mêmes conclusions si l'on considère la base et le chapiteau. La Grèce n'a pas connu la base campaniforme, et ce n'est qu'en Élrurie et dans l'architecture romaine que l'on trouve la base à (ore avec socle cubique, une autre des formes de la base perse. II n'y a en Grèce qu'un seul chapiteau sur plan rectangulaire, le chapiteau ionique, et il se termine toujours par une tablette carrée qui fait ici défaut. Les Grecs des beaux siècles de l'art, des siècles vraiment créateurs, n'ont d'ailleurs jamais eu cette idée de planter sur le sommet d'un fût des corps de taureaux et de les disposer de manière qu'ils parussent porter l'architrave. Pour trouver en Grèce quelque chose d'analogue, il faut descendre jusqu'à des monuments postérieurs à la conquête de l'Asie par les Macédoniens, monumenls où, comme dans un portique de Délos, l'architecte grec, pour faire du nouveau, a pu s'inspirer librement de ces édifices orientaux qu'avaient admirés et décrits les compagnons d'Alexandre, dont ils avaient peutêtre pris des dessins que l'on se montrait et que l'on se prêtait, entre artistes, au temps des Ptolémées et des Séleucides*.
i. Sur le nionunienl auquel nous faisons allusion, voir surtout l'articlt* de M. B'> niollo (dans le Bulktimic Vorvei^pomlance heW'nhiuv, 1884, pp. 41 7-438 1 : LWntddn /Vm>
292. — La base de l'un des édifices de Suse. Dieulafoy, VArt antique; II, fig. 73.
Ce n'est pas seulement Tordre qui diffère. L'entiiblemeul perse n'a de commun, avec le grec, que Tarchitrave, qui ne saurait manquer nulle part, et que les denticules, qui sont, ici, fournis par la disposition même de la charpente, et qui, là, dans la modénature hellénique, sont un souvenir de cette disposition. Il n'y a d'ailleurs rien, dans les ressauts uniformes du comble perse qui rappelle la distinction canonique de l'architrave, de la frise et de la corniche, et celle-ci, avec le lort relief de son larmier, suffit pour donner au couronnement grec une coupe toute spéciale et un lout autre accent.
Partout ailleurs qu'à Pasargade et dans les lombes rupestres, la colonne perse est cannelée. Ces cannelures n'ont pas ici le même dessin qu'en Grèce. Le méplat qui les sépare est loin d'être aussi accusé que dans Tordre ionique, le seul auquel on ait pu songer à comparer Tordre perse; il est ici à peine sensible (fig. 292); mais ce qui, à ce point de vue, caractérise surtout la colonne perse, c'est le grand nombre de ses cannelures. En Egypte, on n'en trouve jamais plus de seize, et encore est-ce dans des lypes archaïques, tels que ceux de Beni-Hassan , que Ton rencontre cet ornement. Sous le second empire thébain, la cannelure est remplacée par de robustes rudentures, ou même elle disparaît sans laisser de traces, ce qui concourt encore à exclure toute idée de filiation, de rapport d'origine entre la colonne égyptienne et la colonne perse. Au contraire, la colonne grecque naît cannelée, si Ton peut ainsi parler, et le restera toujours; mais le nombre moven de ses cannelures varie, suivant les ordres et suivant les temps, de seize à vingt-deux, à vingt-quatre tout au plus. En Perse, il faut doubler tous ces chiffres. Là où les cannelures sont le moins serrées, à Istakhr, on en compte déjà trente-deux; il y en a quarante, quarante-huit et jusqu'à cinquante-deux dans les fûts des palais persepolitains'.
Dans les règles qui ont été suivies en Perse pour l'espacement des supports, môme dédain des exemples étrangers, même indépendance. L'ordonnance égyptienne est, par excellence, celle que les Grecs appehienl pycnosti//e ; mesuré au-dessus du socle, Tentre-colonnement est
à Dt'los, el h's d«»ssiiis dv M. Néiiol qui racconipaf^'iient (i»l. 17. 18. 19i. 11 y a un tlriuituurruu agenouillé sur les piliei's entre lesquels on passe pour entrer dans le temple. Les taureaux deDélos ne se présentent pas d'ailleurs de la même manière qu'à Persépolis f*i à Suse; ils ne sont pas adossés, deux à deux, de profil. D'après le style de rédilice «ièlien et la place qu'il occupe dans un ensemble de constructions plus ou moins datées, M.HomoUe le regarde comme appartenant au troisième siècle avant notre ère.
1. Poriitpie n® 1, 40 cannelures. Palais n° 2, 48. Palais n° 2. porli(|ue aux licornes, .*»2, TOMK V. liH
ioS LA PERSE.
d'un peu moins de 2 diamètres, à Karnak, dans la nef centrale de la salle hyposlyle ; il dépasse à peine 1 diamètre dans les nefs latérales*. En Grèce, Tentre-colonnement varie de 1 diamètre |, dans les temples doriques les plus anciens*, jusqu'à 1 diamètre ' dans les Propylées de TAcropole d'Athènes^; plus tard même, quand on aura pris le goût de l'ordonnance dite arœosiyle, au troisième siècle, il ne dépassera jamais 2 diamètres |*. En Perse, c'est tout à fait par exception que, dans un des palais du Tackht'i-Djemchid, on rencontre des intervalles qui n'ont pas plus de 3 diamètres \ ^ ; dans les autres parties du même édifice et dans tous les autres bâtiments que porte cette même terrasse, cette largeur est de 4 à 6 diamètres \\ c'est ce dernier chiffre que l'on relève à Istakhr, et, à Pasargade, dans ce que Ton appelle le palais de Cyrus^ l'écartement est un peu supérieur à 7 diamètres*^.
A propos de cette colonne et de cet entablement dont Toriginalité ressort des observations qui précèdent, il y a une dernière observation à présenter, qui a son importance : l'architecture perse offre un caractère que nous n'avons encore rencontré dans aucune des architectures orientales qui ont été étudiées jusqu'ici, au cours de cette histoire : elle a un module, c'est-à-dire une unité de proportion qui détermine les rapports des formes entre elles et qui les place les unes à l'égard des autres dans une certaine dépendance ^ Le principe n'est sans doute pas appliqué ici avec la même suite et avec la même rigueur que dans l'architecture grecque; mais on ne saurait pourtant nier qu'il ait présidé, d'une manière générale, à la détermination des hauteurs qui ont été assignées aux différentes parties de l'élévation, A Persépolis, étant donnés deux ordres de colonnes dont les dimensions sont différentes, ces colonnes ont sensiblement les mêmes proportions ; et, dans les édifices, représentés sur les tombeaux, il existe une relation du même genre entre la dimension de ces supports et celle de Tentablement qui
\, Histoire de iWrt, t. I, p. :i96.
2. Toiiiplft de C.nintlie. A. Hlol'ET, Expédition tidentifiqHe d<! Morce, 1. 111, pi. 77.