Histoire de VArt, t. II, pp
très particulières auxq*uelles notre curiosité doit la conservation de tant de légers et fragiles débris des arts de l'Assyrie. Les souverains de la Perse étaient encore en meilleure situation que ceux de la Chaldée et de TAssyrie pour se procurer tout l'ivoire dont ils auraient besoin. L'Egypte, par laquelle arrivait jusqu'aux ports de la Méditerranée l'ivoire que produisait l'intérieur du continent africain, était leur sujette; d'après Hérodote, le tribut qu'elle payait à ses nouveaux maîtres comprenait, outre de l'or et des troncs d'ébène, vingt grandes dents d'éléphant*; ces défenses sont figurées, à Persépolis, dans les bas-reliefs de l'un des palais, parmi les ofifrandes que l'on apporte au grand roi*. D'autre part, leur empire ne s'étendait-il pas, en Asie, plus loin vers l'est que celui des Sargonides, ne comprenait-il pas la vallée de l'Indus? Ce n'était donc plus seulement par les bateaux qui fréquentaient le golfe Persique que l'ivoire indien entrait en abondance dans leur royaume ; il devait être apporté aussi par les caravanes qui suivaient les routes tracées à travers la partie méridionale du plateau de l'Iran, et parvenir ainsi, sans que l'on eût à rompre charge, jusqu'à Persépolis et jusqu'à Ecbatane. La blancheur mate de cette belle matière se mariait ainsi partout aux luisants du métal, au rouge des stucs, au bleu, au jaune, au vert des émaux, aux teintes plus sombres des bois de luxe, tels que l'ébène, le cèdre et le cyprès. Ceux-ci, dans les intérieurs, devaient garder leur coloration propre ; à l'extérieur, au contraire, les madriers, lorsqu'ils n'étaient pas cachés sous un écran d'argile ou de bronze, recevaient certainement une couche de peinture. Peindre le bois, c'est le seul moyen que l'on ait de le soustraire pour un temps plus ou moins long à l'action destructive des influences atmosphériques, et d'ailleurs, par la même occasion, l'emploi de ces enduits pouvait donner lieu à des contrastes de tons qui avaient leur agrément. Les dallages- des pièces principales étaient faits de pierres multicolores, taillées et rapprochées de manière à composer des dessins dont les teintes et les motifs rappelassent l'aspect de ces tapis qu'excellent encore à tisser et à nuancer les artisans du Fars et ceux du Khoraçan (planche IX).
Posées à plat sur le sol, attachées aux combles de façon à tomber entre les colonnes des portiques, suspendues devant les portes ouvertes, peut-être aussi appliquées, par endroits, contre les murs de brique ou contre les boiseries, ces tentures contribuaient, au moins autant que