Hérodote, III
2. Flandin el Goste, Perse ancienne^ pi. ('XXX (palais n'» 4j.
les parties solides de la construction, à l'efifet d'eôsemble (planche VI)'. Grâce à leur souplesse et à leur mobilité, elles se prêtaient à boucher les vides et à dissimuler les pauvretés; le coup d'œil variait suivant qu'on les abaissait ou qu'on les relevait; par la symétrie et l'ampleur de leurs plis, par l'élégance de leurs franges et de leurs glands, par les heureuses combinaisons de lignes et de couleurs qu'elles présentaient, elles achevaient de donner à l'édifice royal cette diversité pittoresque, cet air de profusion grandiose et d'incomparable richesse qui paraissent avoir été les caractères dominants de l'architecture perse. L'auteur, quel qu'il soit, du Livre d'Esther^ avait vu, sinon le palais de cet Assuérus, le Xerxès des Grecs, sous lequel il place la scène de son pieux roman, du moins quelque autre palais oriental, bâti sur le même plan et décoré dans le même goût; or ce qui semble l'avoir le plus frappé dans le spectacle qu'il avait eu sous les yeux, c'était, avec la beauté des pavages, le rôle que jouaient dans l'aménagement de la demeure princière ces étoffes et ces tapisseries. « Le roi, dit-il, donna à toute la population qui se trouvait à Sousan, dans la capitale, grands et petits, un festin dans le parvis du jardin du palais royal. Des tentures de coton blanches et bleues étaient suspendues par des cordons de lin blanc et pourpre à des anneaux d'argent et à des colonnes de marbre; il y avait des divans d'or et d'argent sur un parquet de pierres vertes, blanches, nacrées et noires ; la boisson était versée dans des gobelets d'or de toute sorte de formes*. » Les traits qui ont attiré ici l'attention de l'écrivain juif ne sont pas ceux sur lesquels avait insisté l'auteur grec précédemment cité ; cependant l'impression que ces textes laissent dans l'esprit est sensiblement pareille. L'un complète Tautre, et les deux réunis aident à restituer et à remettre en leur ancienne place ceux des éléments de l'édifice qui,
!. Sur l'usage que Ton faisait des tapis de Sardes dans les palais perses, voir Athénée, XII, p. :H4, c.
2. EsTHER, I, .*)-7, traduction de Heuss. Reuss serait disposé à croire que riiisloire d*Esther aurait été composée au temps des persécutions contre les Juifs, commandées par Antiochus Épiphane, c'est-à-dire vers 170 avant notre ère (p. 291 avant noire érei. M. Dieulafoy pense que ce livre, « écrit de bonne foi à Suse par un juif susien, remonte, pour sa rédaction hébraïque, en deçà de Tavènement d'Arlaxerxès Mnémon et fort audelà de la conquête partlie » (le Livre (VEslher et le Palais dWsmèrm, conférence faite à la Société des études juives le i4 avril i888, 8°, Paris, Durlacher). J'avoue n'avoir pas été convaincu par les raisons qu'il donne pour admettre que l'auteur de la Meghillah^ comme les Juifs appellent ce récit, avait sous les yeux le palais de Suse encore debout; ciucune des rares et vagues indications que contient cette narration n'est telle qu'elle ne puisse s'appliquer aussi bien à un palais oriental quelconque. Je ne comprends pas conimenU à propos de ces mentions jetées en passant, M. Dieulafoy a pu employer le terme de description (pp. 18, 20).
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par leur nature même, étaient \oués à une certaine et prompte destruction, les boiseries, les appliques de métal et d'ivoire, les tentures de tonte espèce. Quant aux terres émaillées, aucun historien n'y fait allusion à propos des palais de la Perse ; mais, avant même de les y avoir retrouvées parmi les ruines, on était fondé à supposer qu'elles avaient contribué, dans une large mesure, à la décoration de ces bâtiments. L'emploi en était attesté, pour Babylone, par une assertion de Ctésias que les découvertes des plus récents explorateurs ont pleinement confirmée*, et pour Ninive, par le résultat des fouilles ^ Or nous avons déjà montré, par plus d'un exemple, quels liens étroits rattachent l'architecture perse à celle de la Chaldée. D'ailleurs la Perse, avec les bleus revêlements de ses mosquées et ses beaux vases de faïence que se disputent aujourd'hui les galeries de l'Europe, n'est-elle pas restée, jusqu'au siècle dernier, comme la terre classique et la patrie même du charmant art de l'émail? Était-il vraisemblable que le goût et les procédés de cette industrie ne se fussent introduits dans l'Iran qu'au moyen âge ? La Perse est un des pays sur lesquels le temps a eu le moins de prise ; malgré les invasions et les conquêtes, malgré les changements de dynastie et même de religion, elle est restée obstinément fidèle à sa manière de penser et à ses traditions nationales, à toutes ses habitudes, aux meilleures comme aux pires^ On pouvait induire de cette observation générale que si l'émailleur persan avait su mettre en œuvre si habilement, depuis l'hégire, toute la gamme des tons que comporte le mieux ce genre de peinture, c'est qu'il avait été initié à ce métier, difficile et délicat entre tous, par une éducation très prolongée, dont les débuts remontaient à l'âge lointain où les rois de Perse régnaient sur toute l'Asie Antérieure; mais les restes de PersépoHs n'avaient pas, jusqu'à présent, fourni la confirmation de cette spécieuse hypothèse. C'est à peine si l'on avait signalé, d'une manière assez vague, une trouvaille qui aurait démontré que les architectes par qui ces résidences ont été bâties ont eu recours à ce genre d'ornement. La mission allemande [dirigée par M. Stolze aurait recueilli sur l'esplanade du Takhi-i-Djernchid des plaques de faïence bleu clair ^
1. DioDORE, II, VIII, 6. Voir Histoire de VArt, t. II, pp. 297-300.
2. HUloire de VArt, t. Il, pp. 301-310, 703-707, et planehos XIII, XIV, XV.
3. Personne n*a plus insisté sur cette vérité et ne l'a mieux mise en luniif*re que le comte de Gobineau dans les deux pénétrantes études qu'il a consacrées à la Perse : Trois ans en Asie, de IS.-io à 1858 (Paris, Hachette, 1850, 8°) et les ReWjions et les philosapkies de l'Asie centrale (Paris, Didier, in-18, 1866).
4. DiEULAFov, VArt antique, III, p. 18. CVst ce qui résulte des renseignements qui