Flandin p[ (V^ste, Perse ancienne, [)I
ration des édifices d'autrefois? Ce placage qui semble avoir la prétentioa maladroite d'habiller à la mode de Persépolis cet édifice construit en moellons, c'est, comme les tableaux ciselés dans le flanc des rocs, comme les consoles de Châpour à forme de taureaux, comme le crénelage du Tagh, une allusion au passé glorieux de la Perse, un expédient imaginé pour se réclamer de ces souvenirs et pour bénéficier de leur prestige.
Pour se donner ainsi Tair de biltir dans le même gofttque les Darius et les Xerxès, il suffisait d'introduire dans son œuvre quelques-uns de ces ornements rapportés; mais ceux-ci ne suffisaient pas à changer le caractère général de l'édifice. Le principe de l'architecture dont relèvent Firouz-Abad et Sarvistan n'est pas celui de l'architecture royale des Achéménides, qui ne se sert point de la voûte ; il n'est pas non plus celui de l'architecture assyrienne, qui emploie pourtant plusieurs variétés de lare à voussoirs. On ne rencontre pour ainsi dire pas de salles carrées dans les édifices de Calach et de Ninive, et rien ne nous prouve que, là où Ton croit en reconnaître, elles aient été couvertes d'un dôme ; on n'y trouve pas non plus ces porches énormes, ces larges galeries cintrées qui traversent Tédifice dans toute son épaisseur. Les ouvriers qui ont bâti ces deux palais ne sont point les élèves et les continuateurs immédiats de ceux qui ont travaillé pour les derniers princes ninivites, comme il y aurait lieu de l'admettre si l'on acceptait la date que l'on propose aujourd'hui d'assigner à ces édifices; ils construisent beaucoup moins bien et en même temps ils osent davantage; ils ont de plus hautes ambitions. Leur modénature, leurs procédés de décoration ne sont plus les mêmes. Ces différences sont très sensibles; entre Khorsabad et Firouz-Abad, on devine un intervalle de temps assez long, pendant lequel le monde et l'art ont marché.
En l'absence de toute inscription et de tout renseignement historique, on ne saurait dire en quelle année ni même au cours de quel siècle ont été érigés les mystérieux édifices du Fars; mais ce qui est certain, c'est que si l'on entreprend de les comparer à des monuments dont la date est à peu près connue, ceux qui offrent une incontestable analogie avec les types sur lesquels porte ici la discussion sont tous postérieurs, et de beaucoup, au commencement de Tère chrétienne. Parlons d'abord du plan. Ce qui le caractérise surtout, c'est la forme rectangulaire de l'enceinte où sont renfermées toutes les pièces de l'édifice, c'est la place qu'y occupe la cour intérieure par laquelle les appartements publics sont séparés des appîirlements privés; c'est l'impor-
tance qu'y prend la porte, une porte qui, située sur un des petits côtés du parallélogramme, est, à Firouz-Abad, le seul passage par lequel on puisse pénétrer dans un enclos sévèrement fermé sur les trois autres faces (fig. 354). Or voyez le palais sassanide de Mashista, en Syrie, dont la construction est attribuée à Chosroès II Parviz (590-628), et dont Tornementation porte la marque certaine de cette époque*. 11 offre la même figure de rectangle, et n'a, lui aussi, qu'une seule entrée, dont la position est la même qu'à Firouz-Abad; si, par rapport à la dimension totale de l'ensemble, la cour est ici plus grande, elle sépare de même les deux groupes de bâtiments. Du TakhtH-Khosrou^ le magnifique palais que Chosroès I" Anushirvan (531-579) avait élevé dans sa capitale, Ctésiphon, il ne subsiste plus aujourd'hui qu'une imposante façade, qui se dresse encore dans toute sa hauteur au milieu du désert-; mais ce qui permet de croire que le plan de cet édifice ne devait pas différer sensiblement de celui que nous avons décrit, c'est le rôle que joue, dans cette façade, le porche haut de 28 mètres qui se continue, dans l'intérieur du bâtiment, par une galerie voûtée, large de 22 mètres, longue de 35 mètres (fig. 372). Les dimensions sont ici bien autres qu'à Firouz-Abad, mais la disposition est la même. Cette baie démesurée, qui s'arrondit et se creuse ainsi au milieu d'une façade massive, est restée le trait le plus original de l'architecture perse; on l'y retrouve aussi bien dans les édifices qu'elle a bâtis sous ses souverains nationaux, que dans ceux qu'elle a érigés depuis la conquête arabe. Une grande arche, c'est ce qui reste du Tagh-i-Bostan (fig. 343) et du Takht'i'Ghero^, monument dont l'âge ne peut faire l'objet d'un doute, et c'est encore cette arche qui attire tout d'abord l'attention, lorsqu'on se place devant les mosquées, les maisons, les caravansérails
1. Tous les renseignements que l*on a sur ce monument se trouvent dans l'ouvrage de H. B. Tristram, The Uind of Moab, Murray, 1873, in-8, pp. 195-215; c'est d'après ce voyageur que Fergusson a donné une description du palais et en a reproduit, avec le plan, différents aspects (HUtory of architecture in ail countrieSy 2« édition, 1. 1, pp. 387-393).
2. Flandin et CosTE, Perse ancienne j pi. 216-218, Texte, p. 175. La tradition qui attribue à Chosroès 1°' l'érection de ce palais est confirmée par l'histoire. Un auteur byzantin, Théophylacte de Simocatta, fait mention de la construction de cet édifice, et prétend que Chosroès employa des ouvriers grecs à le bâtir et à le décorer (Hvitoire, V, 6). Si l'on ne parle pas ici du Tag-Eivan, ruine d'un important édifice sassanide situé en Susiane, entre Amarah et Dizful, c'est qu'il n'est encore connu que par quelques mots et par une vue pittoresque du voyage de M"*^ Dieulafoy {la Perse, pp. 643-645). 0 y avait là, nous dit-on, une nef voûtée, au centre de laquelle s'élevait une coupole jetée au-dessus d'une pièce carrée. M. Dieulafoy donnera probablement plus de détails sur ce monument dans la cinquième partie de son ouvrage, qui n'a pas encore paru.