TOME V
qui porte ce même nom. En face d'elle s'élèvent des pentes abruptes que termine un piton qui domine de très haut le fond de la vallée. Sur cette cime s'étend une terrasse qui, du nord au sud, a environ cent pas de développement, mais dont la largeur ne dépasse point trois mètres; elle est formée de très gros blocs de rocher brut, dont l'aspect rappelle au voyageur l'appareil du Pélasgicon d'Athènes et des murs de Tirynthe*. Cette esplanade étroite , très éloignée de toute source et où il n'y a ni citernes ni vestiges d'habitations, ne peut marquer l'emplacement d'un château fort. Pourquoi d'ailleurs aurait-on cherché à défendre une crête dont la possession ne pouvait présenter aucun avantage? On s'explique au contraire ce travail considérable si l'on voit là un haut-lieu mède, une aire préparée en vue de ces sacrifices que les Perses aimaient à offrir « sur les montagnes les plus élevées ». De ce sommet, on découvre un vaste horizon; en face de soi, on a la tête neigeuse du Démavend; quel site pouvait être mieux choisi pour l'accomplissement de ces rîtes où la prière s'adressait à l'infini visible de l'espace lumineux ?
En Perse, on n'a jusqu'à présent rien trouvé de pareil; mais on y a signalé, sur divers points du territoire, des monuments que les habitants du pays désignent encore aujourd'hui sous le nom d'A/^cAgah ou » places du feu ». Les Atech-gak répondent très bien, par leur forme et leur aspect, à la destination que leur prête la voix populaire; sauf qu'ils sont de plus grande dimension, la donnée en est la même que celle des autels qui sont figurés, avec la flamme qui les couronne, dans le registre supérieur des tombes royales (pi. I).
Parmi ces anciens sanctuaires du feu, il en est un qui a l'apparence plus primitive que les autres, c'est celui qui se dresse, à Nakch-i- Boustem, sur la gauche de la nécropole (fig. 396). Il y avait là un massif de rochers qui dominait la plaine d'environ 4 mètres; le bas est resté à peu près brut, sauf que quelques marches y ont été ménagées sur la droite; celles-ci mènent à une plate-forme soigneusement aplanie, de laquelle se détachent, taillés eux aussi dans le roc vif, deux autels de grandeur inégale, plus larges à leur base qu'à leur sommet*. Sur les quatre faces, le ciseau a dessiné quatre arceaux en plein cintre, qui semblent reposer sur quatre colonnes engagées dans les angles du monument (fig. 397), lequel se termine par une table carrée, qu'encadre une ligne de merlon s triangulaires (fig. 398). Le milieu de celte table présente une dépression dans laquelle on reconnaît l'àtre d'où devait jaillir la