LA SALLK AUX CENT COLONNES
L'art perse, nous l'avons prouvé, a son module, c'est-à-dire qu'il maintient des relations plus ou moins définies entre les dimensions des différentes parties de l'édifice * ; on a donc pu calculer, avec une suffisante approximation, la hauteur des colonnes, quoique celles-ci soient toutes renversées et brisées. Les bases ont 1",77 de haut et le diamètre du fût est de 0",94 *. En adoptant les proportions que fournissent les Propylées et la Salle hypostyle de Xerxès, on obtient une colonne qui aurait eu, à très peu de chose près, 11°, 50 d'élévation. Il n'est pas douteux que le chapiteau n'ait appartenu au type le plus complexe, à celui qui insère la corbeille et les consoles entre le fût et le chapiteau. On a retrouvé dans les décombres des débris de toutes les parties de cet ensemble ^
Notre vue perspective de l'intérieur, une coupe opérée derrière le premier rang de supports (pi. VIH), donne l'idée de l'effet que pouvait produire l'édifice lorsque, après avoir soulevé un des rideaux qui enfermaient l'entrée, le visiteur s'arrêtait sur le seuil et qu'il promenait son regard, de nef en nef, entre les cent colonnes disposées en quinconce. L'impression devait être forte et inoubliable; nulle part, excepté à Karnak, il n'y a, dans l'antiquité, un monument où les murs enfermassent un aussi vaste espace et où la toiture reposât sur un pareil nombre de fûts, où les splendeurs du décor répondissent mieux à l'énormité des dimensions*. Surpris et charmé, l'œil commençait par suivre les files de ces blancs troncs de pierre qui s'élançaient si hardiment vers le comble et il s'essayait vainement à en faire le compte; puis, quand il atteignait les parois qui limitaient le vaisseau, quand il s'abaissait vers le sol ou qu'il remontait vers les chapiteaux et les plafonds, partout il ne rencontrait que couleurs riches et douces, fondues en une merveilleuse harmonie par le jour tempéré qui tombait de haut et qui s'atténuait encore dans les parties de la salle les plus éloignées du centre. Suivant que l'on rabattait ou que l'on relevait les tentures des portes, les jeux de l'ombre et de la lumière devaient varier d'une heure à l'autre et les aspects changer, mais en laissant toujours à l'édifice sa profon-