CHAPITRE VI
g 1. — LA SCULPTURE EN Ml^.DIE ET EN SUSIANE.
On n'a pas retrouvé jusqu'ici d'ouvrages de la statuaire qui aient servi à la décoration des palais de Cyaxare et d'Astyage ; le royaume mède n'a pas assez duré pour avoir eu le temps de créer un art indépendant. Les Mèdes n'ont d'ailleurs point eu de rapports ni avec la Grèce ni avec l'Egypte; la seule influence qu'ils aient subie, c'est celle de l'Assyrie. Ils ont été d'abord ses vassaux et ses tributaires; puis, alors même qu'ils en eurent pris et détruit la capitale, ils ont dû rester les clients des cités industrielles de la Mésopotamie. Leur architecture a pu avoir son originalité ; ils disposaient de matériaux que n'a point la Chaldée; mais, pour la plastique proprement dite, pour cet ensemble de conventions que le sculpteur et le peintre appliquent à la représentation de la forme vivante, les Mèdes, s'ils ont modelé l'argile ou taillé la pierre afin de figurer leurs dieux et leurs rois, sont demeurés les disciples fidèles des artistes de Babylone et de Ninive. Les caractères des formes, les symboles et les types leur étaient donnés par les armes, les meubles et les objets fabriqués qu'ils tiraient des marchés de ce bassin de l'Euphrate dont toute la partie septentrionale était devenue une dépendance de leur empire. Si l'on découvre jamais, dans les ruines d'Ecbatane , quelque monument de la sculpture qui soit antérieur au règne de Cyrus, ce ne sera, selon toute apparence, qu'une copie plus ou moins habilement exécutée des bas-reliefs assyriens.
Il n'en est pas de même de la Susiane ; de ce côté, on peut espérer des trouvailles qui nous reportent à une haute antiquité, qui reculent les limites de notre horizon. Si dès le temps de Cyrus et peut-être même avant son avènement, cette contrée a été réunie à la Perse et en a, depuis lors, partagé les destinées, le peuple qui l'habitait, avant de
perdre son existence distincte, avait eu tout un long passé de vie autonome et brillante; on s'est quelquefois demandé si sa civilisation n'est pas antérieure à celle même de la Chaldée. Quoi que Ton arrive à penser des affinités ethniques de la race susienne, ce qui est certain, c'est que l'histoire monumentale de TElam ne commence pas avec les princes achéménides. Lorsque ceux-ci choisirent Suse pour une de leurs résidences favorites, il y avait de longs siècles qu'avait surgi au-dessus delà plaine cette forteresse royale que l'on voit déjà figurée dans les tableaux de bataille des conquérants assyriens (fig. 456). Ce sont les couches superficielles du tumulus qui ont livré à Loflus et à M. Dieulafoy les restes des monuments de Darius et d'Artaxerxès; mais l'énorme tertre renferme, profondément cachés dans ses flancs, les débris des constructions antérieures et des bas-reliefs en terre cuite qui les décoraient ; le plus récent explorateur croit même avoir mis au jour, dans quelquesunes de ses tranchées, des parties de muraille et des émaux qui appartiendraient à la période des anciennes dynasties nationales \ Dans l'ouvrage qu'il prépare, il indiquera les motifs sur lesquels il se fonde pour prêter un si grand âge à plusieurs des fragments qu'il a recueillis ; mais ce qui rend l'assertion vraisemblable, c'est que l'on a signalé, sur d'autres points de la Susiane, des bas-reliefs rupestres qui remontent sans doute à ces temps lointains. Tels sont ceux qui se trouvent sur le plateau de Malamir, non loin de cette ville, dans le site sauvage connu sous le nom de Kalé-Pharan ou forteresse de Pharaon '. Il y a là un ensemble de sculptures qu'accompagnent de longues inscriptions. Parmi ces monuments, nous en avons choisi, pour donner une idée du style très particulier qui les distingue, deux qui sont un peu moins frustes que les autres (fig. 463 et 464).
L'un et l'autre paraissent représenter un dieu qui reçoit les hommages de ses fidèles. On le reconnaît, comme dans le bas-relief syrocappadocien d'Ibriz % à sa haute stature, qui dépasse de beaucoup celle des hommes qui l'entourent. Dans les deux tableaux, le dieu est