Histoire de rArt, t. III, p. 633, 738, pi. VIII
LES EMPLACExMENTS ET LES THÈMES.
Là où il y a encore une bien autre variété, c'est dans les objets que tous ces délégués s'apprêtent à offrir au roi. Ce sont des étoffes soigneusement pliées, peut-être des pelisses, des lapis, des housses piquées de fils d'argent ou d or, comme celles que l'on travaille encore dans tous les bazars de l'Orient, des vases précieux par les parfums qu'ils contiennent et par la matière dont ils sont faits, des bijoux, tels
476. — Perscpolis. Le chameau à deux bosses de la Bactriane. FJandin et Coste, Peive ancienne f pi. CVIII.
que des bracelets énormes, des armes, ainsi des haches à deux tranchants. Il est difficile de dire ce que peuvent être de grosses boules que tiennent, une de chaque main, deux de ces personnages. Faut-il y voir des lingots sphériques, ou des fruits qui auraient été particulièrement recherchés, soit parce qu'ils venaient de très loin, soit pour leur saveur exquise? Ce n'est pas sans étonnement que l'on aperçoit une de ces figures chargée d'une balance (fig. 473); va-t-on peser devant le roi les barres ou les anneaux de mêlai qui représentent le montant du tribut?
Si le registre supérieur n'était pas ici détruit presque complètement.
on aurait sans doute encore à signaler d autres variantes de celle même donnée; pour combler celte lacune, il n'y a qu'à chercher dans les palais d'habitation, tels que le palais de Darius, où ce thème reparaît, mais à une autre place, sur les murs qui forment les parements des
rampes (fig. 296). Là, entre les mains de plusieurs des personnages qui gravissent les degrés, on retrouve ces vases qui abondent dans le grand basrelief de la salle hypostyle ; mais certains de ces hommes portent un objet aux contours arrondis, qui ressemble à un cofTret; d'autres serrent un chevreau contre leur corps*. Ailleurs, dans le palais d'Ochus, ce sont des gens vêtus d'une courte tunique elles jambes nues, qui, les deux bras fléchis, soutiennent parle milieu, avec un effort marqué, un croissant dont un des bouts repose sur leur épaule.
Ce ne peut être qu'une défense d'éléphant (fig. 477). Avec les peaux de lion que vont offrir d'autres chasseurs de la même bande (fig. 478), l'ivoire indique sans doute le tribut de l'Inde. Le sculpteur s'ingéniait ainsi à innover dans le détail, à introduire, dans cette figuration, d'un palais à l'autre, des motifs nouveaux; mais il ne pouvait éviter qu'il y eût quelque monotonie dans cette succession de personnages qui, s'acquittant tous d'un même devoir, étaient ainsi condamnés à prendre tous, sauf les conducteurs d'animaux, à peu près les mêmes altitudes, à faire les mêmes gestes. La description des bas-reliefs de la Salle aux cent colonnes montrera quelles ressources il trouvait dans l'autre des thèmes qu'il avait adoptés, dans la représentation de la personne royale.
477. — Persépolis. Présentation des dents d'éléphant. D'après un moulage du Louvre.
i. Dans le palais de Xerxès on voit un homme qui conduit parla corne un bouquetin.
Les portes principales sont celles qui ouvrent sur le portique; aussi les bas-reliefs qui en ornent les ébrasements surpassent-ils les autres en étendue et en richesse de composition. Sur les quatre faces internes de leurs pieds-droits, le roi est figuré assis sur son trône (fig. 470). Il est coififé de la cidaris, cette tiare lisse, plus large à son sommet qu'à sa base, qu'il avait seul le droit de porter*. Sa barbe frisée, plus longue que celle de ses sujets, tombe sur sa poitrine. La candys de pourpre, la majestueuse robe médique, descend jusque sur ses pieds, que porte un tabouret.
D'une main, il tient le sceptre, et, de l'autre, une (leur. Debout derrière lui, un serviteur balance le chasse-mouches au-dessus de sa tête. C'est d'ailleurs surtout le cadre qui fait l'originalité du tableau. Le siège du roi est posé non sur le sol, mais sur une haute estrade ou takhtè, comme on dirait aujourd'hui en Perse, dont le plancher a pour supports, outre des montants d'un beau travail, quatorze figures qui, de leurs bras levés et de leurs têtes, soutiennent les traverses du meuble colossal. A la variété des costumes et dés types, on reconnaît ici ces représentants des divers peuples de l'empire qui, dans la décoration des soubassements, étaient mis en scène sous un autre aspect, comme porteurs de présents. C'est toujours la même idée, traduite d'une manière un peu dififérente. Le sens de ce tableau
n'est pas douteux. Darius a pris soin de l'indiquer lui-même, dans la grande inscription gravée sur la façade de son tombeau : « Si tu penses combien est grand le nombre des pays que Darius le roi a possédés, et que lu dises cela, regarde l'image de ceux qui portent mon trône, et tu le comprendras*. »
478. — Persëpolis.Présentation des peaux de lion. Flandin et Coste, Perse an' cienne^ pi. CXXX.
i. La forme de la cidaris est indiquée avec précision, malfjré la petitesse de l*iniage, dans notre figure 436.