‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 37 sur 412 · Histoire de l'Art, t. IV, p. 651, note · texte numérisé non relu

Histoire de l'Art, t. IV, p. 651, note

3. Voir G. CuRTius, Grunchiiyc der Gricchischen Efytnoloyie, 3° édilion, \\ n» 309.

L'AIICHITECTUHE FUNKRAÏKh:. S9

« Alys... a consacré... au roi Midas » ("At-/);... Mt5a... avastri |6Y)>tev) *.

On lie saurait récuser le témoignage de cette inscription : ce travail considérable a été exécuté en l'honneur du roi Midas; c'est ce que n'ont pas hésité à admettre tous les voyageurs qui, de Leake à M. Ramsay, ont visité ce canton, tous les philologues qui ont étudié les textes phrygiens. En revanche, on n'est plus d'accord sur la question de savoir si Ton est là en présence d'un tombeau proprement dit, qui aurait jadis reçu la dépouille mortelle du prince , ou si ce n'est là qu'une sorte de cénotaphe, un monument commémoratif destiné à conserver la mémoire d'un ancêtre mythique, d'un héros éponyme adoré comme un fondateur et comme un dieu.

Naturellement, la première hypothèse qui se présente à l'esprit, c'est celle d'une sépulture, où les dimensions et la décoration de la farade s'expliqueraient par la souveraine dignité du mort enseveli dans les flancs de ce rocher; mais si c'est là une tombe, où est la chambre funéraire? Un des premiers explorateurs de la nécropole phrygienne, Texier, avait été porté d'abord à voir, dans la cavité que forme la fausse porte (fig. 49), une niche autrefois fermée et cachée par une dalle, niche où le corps aurait été déposé. Après réflexion, il a paru renoncer ensuite à cette idée, en observant que la profondeur de la retraite n'est, au tombeau de Midas, que de 0'",84, ce qui est bien étroit pour qu'on ait placé là un cadavre ^ Ajoutons que, si le corps avait été, tant bien que mal, déposé ou plutôt serré dans cette niche, il n'aurait été protégé contre les tentatives de violation que par une dalle nécessairement très mince, dont les joints auraient été bien vite aperçus; c'était mal prendre ses précautions contre la curiosité, contre l'avidité des générations futures. Enfin, s'il y avait eu là une plaque destinée à masquer ce creux, la roche aurait gardé la trace de la feuillure et du scellement; or on n'y voit rien de pareil, pas le moindre vestige d'un mode quelconque de clôture.

Voici d'ailleurs qui achève de lever tous les doutes : une porte simulée, dont la disposition est toute pareille, existe dans la façade

I. Pour plus lie détails sur les conjectures que Ton peut former à propos des mots inexpliqués et sur les raisons que Ton a de chercher dans edaes une troisième personne «l'an temps du passé, voir Ramsay, Hislorical rdations of Phryfjia and Cappadocia, p. 29-30.

1 Tesier, Description, t. I, p. i54. Texier dit pourtant ailleurs, après avoir décrit le monument de Midas et deux autres monuments voisins, de style analogue : « S'il est I«!jsil)le de regarder la niche centrale du premier comme ayant pu servir de tombeau, rii»n ilr semblable ne se présente chez les autres (p. 158). »

MO LA PHKYGlt.

d'un tombeau qui est certalnemenl l'œuvre du même peuple c monument de Midas et qui relève du même art. Ce tombeau esl que Ton appelle Delikli-tach, <( la pierre percée » (fig. 50) ; il se t près A'Harmandjih'y dans la moyenne vallée du Rhyndacos. C plus occidental de tous les monuments phrygiens. Comme une nelle avancée, il est seul de son espèce sur ces pentes de TOI mysien où, sur une indication donnée par un de nos prédéccss nous avons été le chercher pour Tétudier avec lattention qu'il i tait'. C'est ici qoe nous le décrirons; il aide à comprendre q idée on est tenté de se faire du monument de Midas lorsqu'oi obligé de renoncer à voir dans la niche un caveau funéraire.

Delikli-tach est à l'extrémité d'une petite chaîne de rochers, présente un aspect bizarre et tourmenté. Cette chaîne s'avance, coi une sorte de promontoire, vers le fond d'un vallon où coule un ruisseau, affluent du Rhyndacos; elle s'aperçoit d'une assez gn distance et domine le chemin qui va ^ Harmandjik à Mohim chemin qui doit correspondre à une ancienne route. Le massif q reçu la sépulture a été partagé, par les convulsions volcaniques ( tout ce terrain porte la marque, en trois fragments de grosseur ] gale et de forme irrégulière que des fentes profondes séparent l'un l'autre, au moins dans une partie de leur épaisseur. Les deux mas de droite et de gauche n'ont pas été touchées par le ciseau ; elles gardé leurs contours capricieux et leurs saillies naturelles. Au c< traire, le rocher du milieu a été taillé de manière à offrir aux yeux i sorte de façade qui se termine par un fronton aigu. Au tiers à peu p de la hauteur totale du rocher se dessine une porte simulée, éle^ sur trois degrés et encadrée d'un double et large chambranle ((ig. 5 L'ensemble est d'un bel effet. Les deux grandes masses qui s( restées brutes des deux cotés de la surface travaillée se marient hc reusement à ces formes architecturales très simples; on trouve réunis le pittoresque des accidents de la nature et l'intérêl qu e\ci toujours une œuvre d'art, où l'homme a mis quelque chose de son an et de sa pensée.

L'ouverture à peu près circulaire qui a été pratiquée dans champ de la fausse porte n'est pas autre chose qu'une dégradalio très postérieure et peut-être toute moderne; on l'a percée afin d pénétrer dans la chambre intérieure qu'on supposait devoir existe

i. Uamilton, Rrseanhrs, t. I, p. 97. Dans le livre d(* Haniillon, ce inonumeni e: «ledit en dix lignes et représenté par une simple vigneltc.

L'ARCHITECTURE FUNÉRAIRK.

|)ar derrière et renfermer des trésors. La forme irrégulière et Tétroitesse de celte ouverture suffiraient à prouver qu'elle n'est point dans le plan antique; elle a été percée précipitamment, et le travail a été suspendu aussitôt que cette espèce de lucarne a pu livrer passage à un enfant. Il suffit d'avancer la tôte par cette ouverture pour voir que la seule entrée de la chambre funéraire, celle par où le corps a été conduit à sa dernière demeure, se trouve à la KF^ partie supérieure de cette chambre ; le caveau où dut être placé le cadavre n'est autre ohosequele fond même d'une sorte de puits ou de cheminée qui a i',31 de hauteur et qui s'ouvre vers le milieu de la grande façade verticale. Comme le montre notre coupe perspective faite sur Taxe transversal (fig.

52), Torifice supérieur de cette cheminée avait été soigneusement clos, après qu'y avait été couché le mort duquel on avait voulu assurer le repos ; le puits était fermé par deux épaisses dalles, dont les scellements se distinguent encore et qui laissaient entre elles un vide de 60 centimètres. Dans le plan (fig. 53), des lignes ponctuées indiquent la place etla superposition des dalles ; la supérieure débordait sur l'inférieure. Les parois du puits n'ont été qu'imparfaitement dressées; dans cette partie du monument, soustraite aux regards, on n'avait point songé à l'apparence et à l'effet; on s'était contenté de chercher à donner au sépulcre le plus de solidité possible et de durée, en le défendant, contre toute visite indiscrète et toute profanation. I>e chaque cAté de la fausse baie, il y a ici, comme à Tavli-kala^

5J. — Delikli-tach. Détail de la porte. Dessin d'E. Ouillaumo. E.rploration archffoloffigue, pi. VI.

n LA PHiiYfiii!:.

double chambranle, le second, celui qui fornae le cadre intérieur, élanl

io""'""l, ^ li uy^

53. — Delikli-tach. Plan du loiiilieuu. Dessin d'E. Guillaume.

eu retrait sur le premier, lequel est lui-même en arrière du plan que forme la face du rocher. C'est la même disposition générale ; les différences se réduisent à deux.

A Delikli-tach, il y a, sur le deuxième linteau, trois gros tores interrompus' ; ce même linteau, dépassant à droite et à gauche les pieds-droits , dessine ainsi une sorte de crossette (fig. 54 et 55) ; ni tores, ni crossettes à lasilikaia; l'agencement y est plus simple. 11 y a encore à signaler, dans le monument de Delikli-tach, une particularité qui mérite d'être relevée. On n'a pas du linteau sur le jam- apcrçu trace à lasili-kaia.

bai<e extérieur. Dessin . , i < i

d'R. Guillaume. Ex- m ^aus les tombcs VOISl-

ploralion archéaloqi- ugg d'uue décoratioU pol>-

chrome ; il n en est pas de même ici : de nombreuses parties du roc y sont encore revêtues d'un

r»4. — Delikli-tach. Profil du linteau sur le jambage intérieur. Dessin d*E. Guillaume.

Exploration archéologique , pi. VI.

r.5.~ Delikli-tach. Pi-olil

\, Dans la figure 51, le tore de gauche, (]ui irexiste plus, est restauré.

52. — DelikJi-tach. Coupe perspective sur l'axe transvewal. Dessin de Ch. Chipiez.

f;ar(:hitectuhe funéraire. 97

sluc assez épais, sur lequel on distingue les tons rouge, noir et blanc. Les vestiges de couleur rouge sont abondants, surtout sur la face verticale du linteau marqué F et sur le soffite marqué E (fig. 54). On reconnaît même encore sur le linteau supérieur plusieurs des grands anneaux rouges qui Tornaient autrefois ; mais c'est principalement sur le soffite, mieux protégé par sa situation, que cette peinture s'est merveilleusement conservée; une espèce de rinceau, d'un dessin assez élégant, court sur tout ce soffite (fig. 56). Il s enlève en blanc sur un fond noir, ou qui du moins est noir aujourd'hui. Des ornements rapportés paraissent avoir concouru à décorer cette façade; entre la petite niche circulaire qui se creuse au-dessus de l'orifice du puits (fig. 50) et la naissance du fronton, dans la partie du roc qui forme un léger eneorbelle-

çoit des fentes ■■:•'-;• .ZZ-^' ""■ -' ■ ^'^" ^'^

régulières pra- i^.' "- ^ ' \ ^- .';; 'ijrj tiquées à l'ou-

.. i £ ' ''^^' ~ Delilili-tach. Rioceau peint sur le soffite. Dessin d'E. Guillciume.

Ul; on est tente Exploration archéologique, pi. VI.

d'y voir des

trous de scellement qui auraient servi à fixer là des appliques de bronze. Les rochers qui environnent Delikli-tach présentent un assez grand nombre de petites excavations, en forme de niche, qui paraissent faites de main d'homme, mais qui ont trop souffert pour que l'on puisse mesurer aucune d'elles ou en dresser le plan. 11 est, par conséquent, difficile de deviner quelle en a été la destination. On distingue aussi, par endroits, les traces de marches; ainsi, dans notre vue d'ensemble (fig. 50), on aperçoit quelques degrés qui conduisaient vers la partie supérieure du groupe de rochers où avait été ménagé le tombeau. Nous n'avons pas découvert dans le voisinage le moindre vestige d'une ville qui aurait eu ici sa nécropole. Le secret que ne nous a pas livré 1 étude du terrain, on ne peut espérer l'arracher à l'inscription qui avait été gravée en creux, dans le chambranle de la porte simulée, sur le jambage intérieur de gauche. Elle paraît avoir été très courte, ne s'être composée que de quelques lettres, et, de ces lettres mêmes, il n'en reste que deux qui soient encore bien lisibles; nous les reproduisons au cinquième de l'exécution, d'après l'estampage que nous avons pris sur la pierre (fig. 57); on distingue encore des traces de couleur rouge au fond de ces caractères.

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