Les nécropoles phrygiennes. Esquisse topographique
un peu partout sur la surface du terrain compris dans les s'est enfermé le dessinateur, ces tombes forment pourtant dei principaux, l'un au nord-est, l'autre au sud-ouest de ce c premier autour du monument où se lit le nom de Midas (n second dans le voisinage à'Ayazbm, d'où ces expressions aurons l'occasion d'employer après M. Ramsay, la nécropole la nécropole (TAyazinn. Elles n'ont d'autre raison d'être que d'indiquer par un seul mot celui des deux cimetières où il c( chercher le monument dont il est question. La nécropole septe celle de Midas, était connue depuis Leake; c'est la seule <
L'AKGIilTECTURE FUNÉRAIRE. 81
visitée par Texier, par Barth et par moi ; celle d'Ayazinn a été découverte par M. Ramsay et c'est à lui que nous emprunterons tout ce que nous aurons à dire des sépultures qu'elle renferme.
Si le canton que signalent à la curiosité de Thistoire tous ces monuments d'une civilisation originale n'a pas de frontières qui se puissent tracer sur une carte, il présente pourtant des traits particuliers qui le déterminent et le définissent avec une certaine précision, qui le distinguent du pays d'alentour. Partout la nature du terrain, formé d'agglomérations volcaniques où la roche est plus ou moins friable, y est propre aux excavations, les favorisait et provoquait à les entreprendre. Les ouvrages qui sont nés de cette espèce de suggestion ne sont pas tous pareils, beaucoup s'en faut ; on y remarque une diversité à laquelle on devine que bien des générations successives ont mis la main à ces hypogées, et cependant, de ceux que l'on juge les plus anciens à ceux qui sont les plus modernes, il y a encore des ressemblances assez marquées pour que l'on reconnaisse partout les produits d'un même art, d'un art national ou plutôt d'un art local qui, dans cette région reculée, parmi ces vastes forêts, est demeuré fidèle, pendant plusieurs siècles, aux formes et aux motifs qu'il avait adoptés tout d'abord; il les a défendus avec une ténacité singulière contre la séduction du style et du grand goût de la Grèce. Voici enfin ce qui achève de donner une importance exceptionnelle aux monuments qui se pressent dans cet étroit espace et ce qui les met à part : on y trouve d'assez nombreux exemples de l'emploi d'un alphabet et d'un idiome qui n'ont pas laissé la moindre trace en dehors des limites de ce canton et, comme l'avaient aussitôt soupçonné les voyageurs qui ont les premiers parcouru ces pittoresques vallées, il y a tout lieu de croire que ces inscriptions représentent l'écriture et la langue des Phrygiens, d'un peuple qui, s'il n'avait ainsi mis partout sa signature sur ces rocs où s'est joué son ciseau, aurait risqué de paraître appartenir à la fable plutôt qu a l'histoire.
§ 3. — L'ARCHlTKCTUnE FUNÉRAIRK
Un historien ancien, Nicolas de Damas, raconte que les Phrygiens n'ensevelissent pas les cadavres de leurs prêtres, mais qu'ils les placent debout sur des pierres de dix coudées*. Il n'a rien été trouvé en
J. Nicolas de Danias, fr. i28 dans le tomo HI des Fragmenta historicoi^m grœcontm •le MaUer.
TO¥K V. il
Phrygie qui confirme cette assertion. Ce que Ton s altendni contrer, quand on croit, comme nous y inclinons, à l'id Phrygiens du Sangarios et du peuple qui a fondé le royaume ce sont des sépultures en forme de tumulus. En fait, on ne que ce type ne soit pas représenté dans la Phrygie méditer on y a relevé la trace de plusieurs de ces tertres artificiels description que M. Ramsay donne du seul qu'il ait pu exai quelque attention (n° 28 de la carte, dans un défilé, au su Kern) : « C'est un grand tumulus, qui est limité par un cer grosses pierres de taille, maintenant cachées par les tern eaux ont entraînées sur les flancs de la butte. Un indigène qu'il avait une fois vu des lettres sur une pierre que rcn tertre; pour vérifier le fait, je mis quatre hommes à Ton découvrit la pierre, et elle portait en efTet des caractères aux hiéroglyphes cappadociens*. »
De cette découverte d'une inscription hétéenne dans
d'un tumulus, on serait tenté de conclure que les monumc
genre qui se rencontrent en Phrygie sont antérieurs au tei
nation phrygienne s'est donné un alphabet dérivé de l'alpha
cien ; mais on ne saurait rien affirmer d'après un fait uniqt
vient d'attendre que les autres tertres semblables aient été e^
est regrettable aussi que la fouille n'ait pas été poussée assez
que l'on sache s'il y a des chambres funéraires dans l'intérim
buttes. Quoi qu'il en soit, les tumulus ne sont là qu'à l'éta
tion. Si les plus anciens maîtres du pays, les Syro-Cappado
après eux, les premiers groupes d'immigrants phrygiens
occupé ce district, ont pratiqué ce mode de sépulture, cette
n'a pas persisté. Toutes les tombes phrygiennes sont des hyj
De tous les monuments de ce district, le plus célèbre, c
qui depuis 1824 est connu des archéologues sous le nom de /
Midas (fig. 48, n° 9 de la carte). Sa situation, ses dimension
nalité de son décor, le nom qui s'y lit gravé, tout a contribué
sur lui l'attention. La plupart des autres monuments du mé
que renferme ce district sont cachés, parmi les pins, danî
anfractuosité de la colline et le roc n'y est ouvré que dans
supérieure; il est resté brut jusqu'à 7 ou 8 mètres au-dessus (
\, n.VMSAY, Journal of îhllenic StudieSy 1882, p. 18. 2. Ramsay, dans VAlhenaeum du 27 décembre 188t, p. 86o. On est M. Ramsay n'ait jamais publié cotte inscription.
L'ARCHITE(rTUHE FUNÉRAIRE. 8»
peiil passer à une faible distance ou même au pied de ces façades sans les apercevoir. Au contraire, le monument dont nous reproduisons rimage', placé sur le grand axe de la vallée, est aussi dégagé, aussi en vue que possible; point d arbres qui en masquent les abords; le cadre de sa devanture part de terre, ce qui donne ici à la surface ornée une ampleur qu'elle ne présente nulle part ailleurs. C'est donc vers lasilika'ia ou « la pierre écrite », comme les pâtres du voisinage appellent le tombeau de Midas, que se fait tout d'abord conduire le voyageur ; lorsque ensuite il s'en écarte, c'est pour y bientôt revenir. Il établit là son poste d'observation, son quartier général. Tout pressés que nous fussions, en 1861, d'atteindre cette ville d'Ancyre où nous attendait un si long et si important travail, nous avions déjà pris nos mesures pour passer la nuit dans une tombe toute proche de lasili-kaïa; nous nous étions décidés à consacrer une journée de plus aux monuments de la nécropole. Ce qui nous contraignit à abandonner ce projet et à continuer notre route vers l'est, ce fut un accident qui, au milieu d'une tempête de vent et de pluie, renversa notre appareil de photographie et le mit hors de service. Pour mesurer et pour dessiner à la chambre claire tous les tombeaux des environs, il nous aurait fallu plus de temps que nous ne pouvions en donner à une exploration qui n'était pas comprise dans le programme que nous avions accepté ; nous sommes donc partis en emportant le vif regret de n'avoir pu nous établir là, pour une semaine tout au moins, afin d'entreprendre cet exact relevé des lombes principales que la science archéologique, maintenant même, ne possède pas encore. Aujourd'hui, après vingt-cinq ans écoulés, me voici ramené, par la suite de cette histoire, dans les bois et parmi les rochers de ce district pittoresque ; malgré l'insuffisance des documents, il me faut essayer de définir et de caractériser, par ses flpuvres, l'art phrygien, son style et ses procédés ; or, cette fois encore, je ne saurais mieux commencer cette étude que parla description du monument dit le tombeau de Midas ; aucun autre ne se prête aussi bien à servir de point de départ pour qui s'engage dans cette recherche et ne lui fournit un terme de comparaison aussi commode, un critérium qui permette mieux de classer et de dater, d'une manière approximative, des tombes dont les plus anciennes remontent peut-être au huitième siècle, tandis que les plus récentes seraient contemporaines d'Alexandre et de ses premiers successeurs.
1. La figare a été dessinée en géométral, par M. Tomaszkievicz, d'après nne photographie de M. Rhint, le dessinateur .qui accompagnait M. Ramsay dans son second voyaf^e.
Le monument qui mérite cette place d'honneur n'est chose qu'un frontispice taillé dans la face verticale d'un ii volcanique ; le massif dans lequel il a été ciselé confine, d' une grande brèche par où passe un chemin, et de l'autre il rocs qui limitent au sud cette vallée sans eau que l'on appelle ^ déré'Si ou « la vallée du faucon ». La portion du roc qui est de main d'homme est séparée, par une rainure sans profon parties qui sont restées brutes ; elle forme une sorte de tal large que haut, un rectangle que surmonte un fronton triangi bas ; un motif composé d'une double volute couronne le se tympan. Tout le milieu de ce motif a disparu; le reste est d servation merveilleuse, aussi bien la décoration sculptée dans 1 du champ que les deux inscriptions qui ont été gravées ei l'une qui décrit sur la roche vierge une ligne oblique, presque au rampant de gauche du fronton, et l'autre qui court de hau à droite du spectateur, sur l'extrême bord du montant qui er ce côté tout l'ouvrage. Enfin, en bas et au milieu du rectangle .se creuser dans le roc une porte simulée, une niche qui a d'une porte dont le chambranle est fait de deux ou plutôt de li bages, légèrement inclinés vers le milieu de l'ouverture ; ces j sont en retrait les uns sur les autres, comme dans les portails et gothiques, et, à mesure qu'ils s'enfoncent dans l'épaisseur Us se rapprochent et rétrécissent la baie. Le second linteau porté par des espèces de consoles ou saillies rectangulaires (fig
Ce sont là les grands traits, ceux qui frappent tout d abor ce qu'on voit lorsque Ton regarde de plus près et qu'on obs détails. Dans les deux grands pilastres et dans le bandeau hc qui encadrent la façade, sur les rampants du fronton et dans le lui-même , il y a partout des ornements, les uns en creux, \ei en très léger relief. Sur tout le pourtour, ce sont des losan^ disposés quatre par quatre, forment une sorte d'étoile dont 1( est marqué par un tout petit carré ; dans le pignon, des losai
1. Nous avons tenu à donner la porte simulée à plus grande échelle, pari est assez mal représentée dans le dessin de Texier {Dnscription, f*, pi. 56), < reproduit dans beaucoup d'ouvrages. Cette planche est meilleure que la plupart qui composent cet ouvrage; on n'y trouve à relever que deux inexactitudes. placé rinscription verticale sur le roc vierge, tandis qu'elle est, en réalité, sui droit, le long de l'arête qui le limite; les ombres portées sont toutes trop fortei dessin de Texier; elles font paraître la niche trop profonde. De plus, la banq est indiquée n'a jamais existé ; enfin l'arrangement du méandre à droite et i de la porte est tout différent de celui qu'a tracé le crayon de Texier.
LAHGHITECTURE FUNÉRAIRE.
plus fort calibre et des dents de scie. A Tintérieur du parallélogramme, le motif, un peu plus compliqué en apparence, reste toujours composé d'éléments aussi simples, tous rectilignes. C*est un méandre continu, qui dessine et qui limite des espaces rectangulaires, à trois ou quatre redans; au milieu de ces vides, il y a tantôt un carré, tantôt une croix doot les quatre bras sont égaux. La saillie de ces méandres et de ces croix sur le fond est de 0°',013. La largeur de la surface sur laquelle se développe cette grecque est de 12'", 55 et sa hauteur de 11°*, 74*. Nous
ir''T3-
■fl* ^ uj la
49. — Monument de Midas. La porte simulée. Dessin d'R. Guillaume. Exploration archéologique, p. 112.
oe garantissons pas la parfaite exactitude de ces cotes que nous n avons pas eu le loisir de vérifier ; elles ne peuvent cependant être très éloignées de la vérité. En partant de ces données, on obtient, pour le roc entier, une hauteur d'environ 20 mètres.
1. Ce sout les dimensions données par Texier, Descriptwn, t. I, p. 15(. Un croquis coté, de sir Charles Wilson, que me communique M. Ramsay, donnerait les dimensions suivantes, qui se rapprochent fort de celles de M. Texier : Largeur totale de la surface oofrée, avec les deux pilastres, 16™, 62; largeur de la surface remplie par le méandre, 12",39; hauteur de cette même surface, 12", 16 (ce chiffre doit être un peu trop élevé; d'après le croquis même, la différence de la largeur à la hauteur est plus sensible que ue Tindiquerait cette cote); largeur moyenne des pilastres, qui ne sont pas tout à fait paroils, 2", 13 ; hauteur totale du roc, 21 mètres.
A gauche de cette façade, au niveau du sol, se trouve une grossièrement taillée, qui a environ 1",60 de largeur et 0",75 \ fondeur; elle a, d'un côté, 1°',82 et, de l'autre, 1",36 de haute y voit, gravée en caractères qui ont 30 centimètres de hau l centimètre de profondeur, une troisième inscription phryj qui se lirait comme les précédentes, de gauche à droite. Ce n'< ici le lieu de chercher le sens de ces textes, ni de discuter lei prétations qui en ont été présentées; cependant, lorsqu'on se ] de déterminer le caractère du monument, il faut bien tenir tout au moins de la grande inscription, de celle qui est gravcM haut du rocher (fîg. 1). Tout concourt à appeler sur elle YMi la place qu'elle occupe, ses 13 mètres de développement, la \ la netteté des lettres, enfin ce que l'on croit y deviner dès que 1' familiarisé avec les signes de cet alphabet. Le texte, dont I mots sont séparés par des points, peut être ainsi transcrit ei tères latins :
Aies arkiaeFais akenanolaFos midai laFaltaei Fanakiei edaes Aies est certainement le nominatif singulier du radical alif celui qui représente le nom du dieu principal de la Phrygie que les écrivains classiques nous montrent étroitement lié à Ce nom se rencontre, comme nom propre, dans la dernière lydienne*, et, plus tard, on le voit porté, comme titre officiel grands prêtres de Pessinunte*. Nous laisserons de côté les de suivants, qui n'ont pas encore été expliqués d'une manière santé; mais le quatrième ne peut prêter à aucun doute : on y r tout d'abord le datif du mot Midas, Tun des deux noms roy portent les princes phrygiens. LaFaltaei, où Ton soupçonne u nymique, est au même cas, ainsi que Fanaktei; dans ce derr il est difficile de ne pas voir celui qui serait écrit en grec i datif d'aval, prince, roi. Edaes est la troisième personne du d'un verbe, probablement de celui qui, dans la langue pbi représentait une racine indo-européenne qui exprime l'idée i d'établir, celle que Ton trouve dans le sanscrit da-dhd-mi le grec Ti-67)-at ^ Faites abstraction des trois mots qui d< encore obscurs ; vous aurez une formule qui se traduirai
i. Hérodote, I, 34.