‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 377 sur 412 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

a là deux ou trois rangs de personnages qui, de leurs bras levés, souliennenlle bâti de charpente; la position qu'ils occupent, les uns audessus des autres, entre les montants du meuble colossal, ne correspond à rien de réel; mais on se l'explique si on les suppose ayant tous les pieds posés sur le sol et y formant des files parallèles, comme ces statues qui, àTéhéran, supportent aujourd'hui sur leurs épaules la plateforme où le roi vient s'asseoir dans les grandes cérémonies (fig. 4351 L'artiste a pensé que le spectateur ferait de lui-même cette correction, que

son esprit verrait juxtaposées dans le plan horizontal les figures que son œil aperçoit superposées dans le plan vertical. Il est encore plus facile de rétablir, par la pensée, le véritable aspect des choses là où le sculpteur s'est contenté, par une sorte de paresse, d'en simplifier outre mesure la représentation. Ainsi, dans le bas-relief si souvent répété du lion qui terrasse le taureau, il n'a donné à celui-ci qu'une seule corne, celle que l'on voit étant censée recouvrir l'autre et la cacher au regard (fig. 491). Il en est de même des deux béliers qui appartiennent au cortège des tributaires et d'une antilope qui provient d'un autre palais (fig. 493 et 494). Si, au terme de cette étude, on essaye de définir l'impression que l'on garde des ouvrages qui ont été passés en revue et des réflexions qu'ils ont provoquées, voici, ce semble, à quel jugement on aboutit, quelle idée on arrive à se faire des mérites et des défauts du sculpteur perse. Son œuvre est très soignée ; il a été bien servi par la qualité de la pierre qu'il employait, un calcaire qui, sans être trop dur à tailler, a presque le même grain que le marbre. Tous ceux qui ont vu les originaux s'accordent à vanter le fini d'une exécution qui dans certains morceaux, par exemple dans les ailes des grands taureaux dressés au seuil des portes et dans celles des griffons qui luttent contre le roi, rappelle le travail du bronze (pi. II, fig. 487) * ; mais celte précision minu-

1. Texier, Description de V Arménie et de la Perse, t. H, p. 168, 170. Flandin, Relation, t. II, p. 167.

49i. — Persépolis. Bas-relief du palais de Xerxès. Flandin et Coste, Perse ancienne, pi. CXXXVI.

lieuse, qui peut être d'un effet heureux dans le rendu de maints détails, ne va pas sans quelque sécheresse, et celle-ci se fait sentir surtout dans le contour, qui reste toujours un peu maigre. Si le dessin manque d'ampleur et d'accent, il est en général correct, au moins dans les figures principales; mais, parmi les secondaires, il y en a bon nombre qui sont manifestement trop courtes ; la tête y est trop grosse pour le corps (lîg. 495). On peut donc dire, en un certain sens, que Tartiste est plussavanticiqu'il neFétait en Egypte ou en Assyrie. On n'aperçoit nulle part, à Persépolis, ces dislocations bizarres, ces membres mal attachés au buste et comme brisés que l'on rencontre fréquemment dans les peintures et même parfois dans les sculptures égyptiennes*. On ne trouve pas non plus ici cette exagération violente des saillies de l'os et du muscle qui, danslesplusanciensouvrages assyriens, par exemple dans les bas-reliefs d'Assour-nazir-habal, va jusqu'à la difTormité. Ici, quel

. , ^ *î) ■». — Persépolis. Salle hypostyle de Xerxès.

que soit le mouvement, les Bas-relief. Daprèa UQ moulage du Louvre.

J. Histoire fie VArt, t. ï, fig. 4, 13, iO, 01, 08, olc

su LA PERSE.

figures, comme dirait un peintre, sont presque toujours bien ensemble, et ce que Ton voit du corps ou ce que Ton en devine sous le vêtement, est représenté avec exactitude, sans réduction ou grossissement de la forme réelle. 11 y a encore d'autres traits par lesquels se marque cet assouplissement de la main, ce progrès du métier. Sur les plaques sculptées des palais assyriens, la figure donne presque toujours une surface plane, où les détails sont gravés en creux. La tranche qui limite cette surface est coupée droit; elle est perpendiculaire au fond. Dans les plus importants tout au moins des groupes de Persépolis, par exemple dans ceux qui mettent en scène le roi luttant contre les monstres, il en est tout autrement {fig. 351, 352, 487). Il y a du modelé dans le relief, dont la saillie est assez forte. L'image n'a pas partout la même épaisseur; c'est par des surfaces courbes qu'elle se relie au champ. Il est enfin un dernier indice à signaler de cette éducation supérieure que possède ici l'artiste; c'est l'effort tenté pour tirer de Tétolfe des effets que nul jusqu'alors, en Asie, n'avait songé à lui demander, c'est l'introduction des plis dans le rendu de la draperie.

Ce qui est curieux, c'est que cette science est incomplète, c'est que cette habileté de facture, toute nouvelle dans l'art oriental, n'a pas empêché le sculpteur de commettre certaines maladresses qui ne laissent pas de surprendre. On dirait qu'il ne se sent pas capable de dessiner une figure de face ; je n'en vois qu'une dans toute son œuvre : c'est celle du lion qui dévore le taureau, sur la devanture des escaliers (fig. 491). Ce parti pris l'a conduit à un singulier résultat lorsqu'il a voulu diversifier un de ses tableaux, le défilé des seigneurs mèdes et perses, en y mettant des personnages qui se détournent pour parler à leur voisin (fig. 472). Ceux-ci ont la tête portée à gauche; leur corps se présente de face; leurs deux pieds ont la pointe dirigée vers la gauche. Essayez de prendre cette position; vous n'y parviendrez qu'au prix d'une véritable contorsion. Le sculpteur ninivite sait dessiner l'œil à peu près correctement, tel qu'il se dispose lorsqu'on le voit de côté'; mais dans les têtes perses l'œil est toujours de face dans une têle de profil, comme sur les plus anciens monuments de la statuaire et de la peinture grecque (fig. 485, 486). De ce chef, l'art perse retarde sur l'art assyrien.

11 n'y a qu'une façon d'expliquer ce mélange d'adresse et de gaucherie, cette timidité qui a reculé devant certains essais que l'artiste a

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