‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 389 sur 412 · Plutarque, Cimon, X, ii · texte numérisé non relu

Plutarque, Cimon, X, ii

été apposés que sur l'or et l'argent. La monnaie d'or parait avoir été frappée surtout pour subvenir à la paie de l'armée de terre, et celle d'argent pour couvrir les dépenses de la flotte phénicienne; les indications que fournissent à ce sujet plusieurs textes anciens sont confirmées par celles que donne l'étude même des pièces ^ Le type qui se rencontre le plus souvent sur le revers des sicles, c'est une galère (cul-de-lampe à la fin du chapitre). Il y a là une claire allusion au caractère du service public dont la marche devait être assurée par l'émission de ces espèces, par les versements que les trésoriers royaux faisaient aux commandants des escadres. Les matelots tyriens et sidoniens, les mercenaires grecs auxquels était comptée cette solde la dépensaient dans la région où opéraient d'ordinaire les corps dont ils faisaient partie; aussi est-ce sur toutes les côtes du bassin oriental de la Méditerranée que l'on trouve en abondance ces dariques et ces sigles qu'il est si rare de rencontrer au delà de l'Euphrate, dans le cœur de l'empire. C'est de l'Asie Mineure, c'est surtout de la Syrie et de l'Egypte que viennent presque toutes les pièces de cette sorte qui entrent dans nos collections. Il arrive assez souvent que, dans ces contrées, on en découvre plusieurs centaines à la fois réunies en un de ces groupes que les numismatistes appellent des trésors.

La fabrication des dariques dut commencer vers 516, quand Darius, enfin débarrassé de ses concurrents, se donna tout entier à l'administration de son vaste empire ; elle ne put que se développer sous ses successeurs, quand la royauté perse se fut plus étroitement mêlée aux affaires de l'Occident, et elle parait s'être prolongée, tout au moins pendant quelque temps, même après la chute de la monarchie fondée par Cyrus; les conquérants macédoniens l'auraient fait continuer, à leur profit, jusqu'à ce que leur propre monnaie fût assez connue pour pouvoir remplacer, dans l'intérieur de l'empire et en dehors de ses frontières, celle de leurs prédécesseurs*. Cette fabrication a donc duré au moins deux siècles, et elle s'est poursuivie sous dix rois; mais toutes ces pièces, dariques et sicles, étant dépourvues de légendes, il est impossible d'en faire le départ entre les difTérents princes^ On s'est demandé s'il n'y avait pas moyen d'arriver à des attributions probables par une autre voie, au moins pour quelques-uns de ces princes; on

\, Fn. Lenormant, La monnaie dans Vantiquité, t. I, pp. 137-138.

2. On a lieu de croire que les doubles dariques, pièces d'îiilleurs assez rares, n'ont élv frappées que sous Alexandre (Barclay V. Uead, liistoria numorum, p. 700).

3. C'est ce que déclare, on se séparant de Lenormant, Barclay V. Head, qui a étudié avec tant de soin toutes ces pièces {Tfie coinagc of Lydia and Persia, p. 28).

507.' — Siclc. Argent. Barclay Head, Coinage^ pi. I, fig. 27.

a comparé les types et Ton a prétendu, par exemple, distinguer Xerxès de Darius. Pour que la tentative eût quelque chance de succès, il aurait fallu d'abord que Ton possédât des portraits authentiques de ces deux souverains; or il n'y a rien de pareil à Persépolis ni ailleurs.

Moins portée à ne chercher que les traits généraux du modèle royal ou mieux conservée, la sculpture nous aurait transmis ces portraits qu'il serait encore bien difficile de les retrouver sur les monnaies. Examinez une suite de dariques et de sicles; entre tous les types que présentent ces pièces, vous ne constaterez qu'une seule différence. Elles ne portent d'image que d'un seul côté. Elles ont, au droit, l'effigie d'un archer, et au revers, un carré creux (fig. 507). Mais il y en a où le type a été exécuté par une main plus habile et plus sûre d'elle-même et où le carré creux est plus régulier; ce seraient, par conséquent, les dernières frappées (fig. 508).

Encore faut-il remarquer que les doubles dariques d'or, dont plusieurs portent des lettres grecques et qui paraissent émises après la chute de l'empire, ont encore, au revers, un carré creux des plus informes (fig. 509). Il n'y a donc point ici de critérium qui permette de ranger ces pièces en une série continue. Il en est de même pour les sicles d argent, qui offrent une plus grande variété; le revers y a son effigie, mais, là aussi, la facture reste h peu près la même pendant toute la durée de la période d'émission. Ce n'est pourtant point par ignorance ou par impuissance que l'on s'en est toujours tenu aux

types adoptes dès le début et que l'on a toujours continué de donner à ces pièces une physionomie archaïque. Il eût été facile aux Perses de demander des matrices nouvelles h des graveurs qui les eussent fait profiter des progrès partout ailleurs réalisés dans le courant du cinquième siècle; s'ils ne s'en sont pas souciés, c'est surtout qu'ils n'ont pas voulu risquer de dérouter leur clientèle ordinaire, ceux de leurs sujets et de leurs voisins qui étaient accoutumés à ces espèces et dont la méfiance se serait éveillée si elles avaient changé d'aspect. On sait comment les Athéniens, pour le même motif, ont continué à frapper

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