‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 77 sur 412 · Histoire de l'Art, t. V, p · texte numérisé non relu

Histoire de l'Art, t. V, p

on inclinerait donc à se figurer ici des monuments revêtus tout entiers de teintes vives et gaies, qu'aurait relevées le sombre éclat du métal. On se représente ces surfaces multicolores se détachant avec vigueur sur le bleu du ciel, sur les tons mats du roc, sur le vert clair ou foncé des feuillages qui les entourent; mais, pour savoir si Ton n'est pas dupe d'une illusion, il faut attendre que ces façades aient enfin été examinées de tout près, à l'aide d'échelles ou d'échafaudages qui permettraient d'en atteindre même les parties les plus éloignées du sol, de promener son doigt sur la pierre là où ne suffit pas le témoignage des yeux et de saisir ainsi jusqu'aux moindres marques des intentions et des dispositions primitives.

Ce qui caractérise les monuments que nous venons d'étudier ou du moins ceux d'entre eux dont le vrai type est le monument de Midas, c'est la réunion, dans un même ensemble, des motifs qui ont été suggérés au décorateur par les formes de la construction en bois et de ceux qu'il a dérobés au tisserand et au brodeur. Nulle part encore, hors de rÉgypte, nous n'avons rencontré, nulle part ailleurs nous ne rencontrerons, aussi étroitement rapprochées, ces deux catégories de motifs, et s'il y a ce que l'on peut appeler une ornementation phrygienne, c'est par là qu'on peut la définir, c'est cette alliance qui en fait l'originalité. A côté de ces éléments qui sont nés des habitudes locales et des industries indigènes, il y en a quelques autres que l'on peut considérer comme d'importation étrangère, comme ayant été transmis aux Phrygiens par l'intermédiaire de leurs voisins, les habitants de la Cappadoce. C'est l'art oriental qui leur a donné l'idée de placer à la porte des demeures royales des figures d'animaux, dont il ne s'est conservé qu'un débris, le lourd et informe bélier de Ktimbet (fig. 115, 116); on lui a emprunté ses lions rampants ou passants, et l'on a appris de lui à les dresser deux à deux et front à front, séparés par un piher, par un vase ou par quelque autre objet; nous avons vu l'Assyrie et la Chaldée prodiguer ces groupes symétriques sur les murs de leurs palais et sur ces étoffes qu'elles exportaient dans toutes les directions. Le sphinx empenné provient du même fonds, et, avec ses ailes qui se recourbent en avant (fig. 109), il rappelle plutôt les sphinx de l'Asie antérieure que ceux de l'Egypte.

Il serait particulièrement intéressant d'étudier en détail les formes architecturales que renferment certains de ces monuments; mais il faudrait avoir des dessins à plus grande échelle que ceux dont nous disposons, pour bien juger du caractère de ces formes. Ce qui prêterait

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surtout à des remarques curieuses, ce serait ces chapiteaux qui nous ont paru présenter certains rapports avec les chapiteaux ionique, dorique et corinthien, sans être pourtant copiés sur aucun des types canoniques de Tarchitecture grecque. Sont-ils antérieurs au temps où celle-ci a distingué et fixé ces types, ou n'en sont-ils que des déformations plus ou moins barbares? Nous pencherions pour la première hypothèse. Dans toutes ces façades, les profils des moulures ont plutôt le caractère archaïque que celui du style de la décadence (fig. 127); un autre signe de haute antiquité, c'est Tinclinaison très marquée des jambages de la porte ffig. 75, 79, 92). Si d ailleurs on peut hériter pour

ce chapiteau calathiforme qui se retrouve dans des monuments très postérieurs (fig. 97) et pour ce chapiteau très simple qui rappelle de très loin le chapiteau dorique (fig. 92), il n'en est pas de même pour les chapiteaux dont les formes se rapprochent de celles qui sont propres à l'ordre ionique. Ceux-ci se rencontrent dans des tombes qui, comme le caveau delajmldak (fig. 75), appartiennent au groupe des hypogées les plus anciens que renferment ces nécropoles. Là, audessus de la porte qui va de la seconde chambre à la troisième, il y a une colonnette dont le chapiteau est à double volute; mais ce chapiteau n'a pas été décrit avec précision par le voyageur dont il a pourtant attiré l'attention, et dans son croquis il est à peine indiqué*. Quant aux chapiteaux de la nécropole A'Ayaz'mn (fig. 93-96), il est difficile d'y voir une imitation des modèles classiques; on serait plutôt disposé à les ranger dans la catégorie des formes que nous avons appelées proto-ioniques^ formes dont nous avons rencontré les premiers éléments en Chaldée et en Assyrie; ils prendraient place dans cette série à la suite de ceux qui ont figuré dans les édicules d'Iasili- Aaïa, en Ptérie*. Ainsi s'augmente chaque jour le nombre des monuments qui confirment une hypothèse déjà émise par plusieurs archéologues; les Grecs d'ionie auraient trouvé un peu partout, dans la

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127. — Tombe de la nécropole d'Ayarinn. Chanihranlo de la porte et profil des moulures. Journal, 1882, pi. XXVI.

\, Bauth, Kei.se von Trapezunt^ p. 93 et 94.

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