Perbot et Guillaume, Exploration archéologique, p
II s'est écoulé depuis lors bien des siècles, au cours desquels tout a paru changer plusieurs fois en Asie Mineure, la population qui habite cette contrée, les langues que Ton y parle et les religions qu'on y professe, tout l'ensemble enfin des mœurs et des usages; pourtant, combien de ressemblances imprévues et curieuses le voyageur y trouve encore entre le présent qu'il étudie et ce passé dont il cherche à reconstituer l'image! Visitez, à quelques lieues au nord du monument de Midas, dans la petite ville qui est aujourd'hui le chef-lieu de ce canton, l'édifice où est enseveli « le seigneur victorieux », Seid-elghazïy l'un des héros et des saints de l'Islam , et là, comme dans le caveau où les patriarches Abraham, Isaac et Jacob sont censés reposer sous la grande mosquée d'IIébron, sous le haram bâti peut-être par les Asmonéens, comme dans les turbehn où dorment, à Brousse et à Constantinople, les sultans de la race d'Othman, vous verrez la tombe couverte de tapis turcs ou persans et de châles de prix, cachée sous les plis moelleux et les riches couleurs de ces enveloppes somptueuses. Cet emploi de la draperie ne donne-t-il pas à penser que chez les Phrygiens aussi, sur ces cuves et ces lits funéraires que nous avons rencontrés dans nombre de sépultures, on jetait des tapisseries semblables à celles que le ciseau copiait avec tant de soin sur les façades des monuments?
Des appliques de métal concouraient peut-être aussi à la décoration de ces frontispices; nous avons cru en reconnaître la trace dans des trous de scellement qui sont visibles à Delikli-tach^ vers le haut de la façade*. Cette observation donnerait une certaine vraisemblance à la conjecture que nous a suggérée un texte qui ne paraît pas avoir jusqu'à présent attiré l'attention*; on peut se demander si des figures de bronze, analogues à celle qu'une épigramme grecque atteste avoir été faite pour le tombeau de Mides, n'ornaient pas le faîte de quelques-uns de ces monuments. Comme la question du rôle que la couleur a joué dans cette ornementation, celle de la part qu'y a prise le métal ne saurait être tranchée que par cette exploration minutieuse et complète qui, malgré les travaux des précédents explorateurs, réserverait encore, à qui aurait la patience de l'entreprendre, plus d'une découverte intéressante. On sait combien le goût de la polychromie est inné chez les peuples du Midi, et des indices encore, il est vrai, assez légers, donnent à penser que les Phrygiens n'ont pas fait exception à la règle ;
1. (i. Peurot etE. Guillaume, Exploratioti arcfiMogique, p. H2.