‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 79 sur 412 · I. Hhtoire de VArt, t. II, p. 319, fig · texte numérisé non relu

I. Hhtoire de VArt, t. II, p. 319, fig

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tons et les fleurs, il y a encore ici progrès; la double volute qui remplace le pétiole de la feuille donne à Tornement plus d'ampleur; il y a déjà là quelque chose de ces enroulements, parfois très compliqués, dont les peintres de vases feront en Grèce un si fréquent usage, (le motif, tel que nous venons de le reproduire, dérive-l-il d'un modèle oriental? Oui peut-être, dans une certaine mesure; il y a quelque chose de très particulier dans Talternance d'un élément étroit et d'un élément large ainsi que dans le mode de liaison, et la ressemblance s'explique mieux par une imitation que par une rencontre; d'ailleurs la rosace, qui est trois fois répétée dans le tympan et à son sommet, est un des lieux communs du répertoire des artistes de la Mésopotamie. C'est quelque étoffe de fabrique chaldéenne qui aura donné au décorateur la pensée de mettre là le rinceau et la rosace ; mais ce qui appartiendrait à l'ouvrier phrygien, ce serait le parti qu'il a pris de remplacer le lotus, la fleur des eaux tièdes du Nil, par des formes végétales qui fussent familières à Tœil de ses compatriotes, par la feuille et le fruit du chêne, du chêne qui partout se mêle au pin dans les vallées du Rhyndacos et du Sangarios. Quant à ces spirales qui s'arrondissent à la base de la feuifle, peut-être l'idée en a-t-elle été suggérée par les vrifles des plantes grimpantes qui, dans maints districts du nord de l'Asie Mineure, montent à tous les troncs et s'accrochent à toutes les branche?. Je me souviens de tel canton, sur le cours moyen du Sangarios, où, lorsque nous y voyagions au printemps, on respirait partout le flu et doux parfum que répandaient les fleurs de la vigne sauvage.

Dans ce développement du motif et dans cette substitution du chêne au lotus comme dans ce mélange des formes du bois et des dessins de la tapisserie qui a paru caractériser la décoration phrygienne, il y a donc une part d'invention et d'originalité, mérites qui seraient sans doute bien plus sensibles encore s'il était arrivé jusqu'à nous quelque chose des produits de l'industrie phrygienne, de ses meubles et de ses armes, de ses bijoux et de ses étoffes. Par malheur, la sculpture, chez ce peuple, n'était pas assez avancée pour tracer sur le roc l'image fidèle et durable de tous ces instruments et de tous ces objets, comme elle l'a fait en Egypte et en Assyrie.

La seule des industries locales dont nous puissions nous faire quelque idée à l'aide des reliefs dont la pierre est ornée dans les frontispices de la nécropole, c'est c^lle de la tapisserie. Si l'on est fondé à croire que l'ouvrier qui a décoré le monument de Midas y a copié un des tapis que, de son temps , on tissait dans les villages phrygiens, il

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faut admettre que ces tentures étaient bien plus simples que celles de rÉgypte et de la Chaldée. Les tapisseries qui sortaient des ateliers de Babylone et des autres villes de l'Asie antérieure étaient à personnages ; on y voyait, souvent dans des bordures de fleurs et de feuillages, ces files ou ces groupes d'animaux réels ou imaginaires que les Orientaux ont toujours tant aimés; ici, au contraire, dans ces produits delà maind'œuvre domestique et rurale, le dessin géométrique faisait tous les frais de la composition; tout au plus, comme le donne à penser une des tombes (fîg. 59), l'ornement végétal y occupait-il une place restreinte. Aujourd'hui, dans cette contrée, se sont les femmes qui seules, sous le toit du Turc sédentaire ou sous la tente en poil de chèvre du nomade, exécutent ces tapis que, depuis quelques années, on recherche si fort en Occident; il devait en être de même dans l'antiquité. Le métier dont elles se servaient ne pouvait guère différer de celui qui est encore en usage dans la péninsule : on en observe deux variétés. Le plus élémentaire, celui que l'on emploie pour les ouvrages les moins compliqués, est un métier dit de haute lisse (fig. 129)* ; il est fait de deux montants plantés dans le sol et de deux rouleaux qui leur sont perpendiculaires, l'un, celui d'en haut, simplement posé dans deux entailles , l'autre , celui d'en bas , engagé par ses deux extrémités dans des trous qui traversent les poteaux. Les deux cylindres sont mobiles; à mesure que le travail avance, la pièce s'enroule autour du cylindre inférieur. Des bâtons de croisure, placés à peu près au milieu de la nappe, tiennent écartés les fils de la chaîne, entre lesquels l'ouvrière fait passer avec le doigt les fils qui jouent là le rôle de la trame, fils qu'elle prend, au fur et à mesure, dans des pelotes de laines variées, dont les unes sont posées près d'elle sur le sol, tandis que d'autres sont suspendues à une corde tendue en travers, à portée de sa main; avec ces fils de couleur, elle fait des noeuds dont chacun enlace deux des iils de la chaîne.

De temps en temps, elle s'interrompt pour battre et tasser son

i. Nous tirons celle figure d'un ouvrage auquel nous aurons Toccasion de faire plus d'un ennprunt, du tome I des ReUen in Lykien und Karien beschrieben von OUo Benndorf und George Niemann, f^, Wien, 1884. C'est dans les environs de Cnide que les explorateurs ont pris une photographie de ce métier; il servait à une famille turque établie dans un endroit isolé. La planche VIII des Reisen montre un métier de ce genre, dressé en plein air près d'une tente de lovrouks. Nous avons tiré parti des observations techniques que ce dessin a suggérées au professeur Karabacek, qui a particulièrement étudié Tart et les procédés de la tapisserie orientale {Reisen, p. 19). Nous avons aussi consulté à ce propos Pcxcellent manuel de M. Muntz, la Tapisaerie, in- 12, Quantin {Bibliothèque, de renseignement des Beaux-Arta],

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