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LA PHHYGIE.
ouvrage avec un peigne en bois, pesant outil qui se manie à l'aide d'une forte poignée (fig. 130). Ce que Ton obtient ainsi, c'est moin&, à proprement parler, un tissu qu\ine sorte de tresse, fkjnstruit avec des planches mal équarritis et des bois à peine dépouilles de leur écorec, ce métier paraît bien rudimen taire, et cependtint il ne ditïère que par son extrême simplicité de celui oii souveut , dans
129. -- Femme turque à son métier. Benndorl', Hiiscn, t. I, p. 18, flg. 12.
notre manufacture des Gobelins, sept ou huit artistes travaillent à la fois sur une même pièce, sur une de ces tapisseries qui comportent
des milliers de fils de nuances distinctes. Le métier moderne, avec ses jeux de lisses, avec ses calques du dessin fixés sur la chaîne, semble, comparé à Tautre, d'une extrême complication; mais, au fond, Tinstrument et le procédé sont les mêmes. Guidée par son instinct et par une tradition qui remonte à Tantiquité, la pauvre femme turcomane peut monter, sur sa machine imparfaite et branlante, telle merveille d'agencement et de couleur qu'un fin connaisseur préférera parfois à tel produit de nos ateliers qui aura coûté au trésor français, en matière première et en main-d'œuvre, une somme énorme.
On n'a jamais rencontré, figurés dans des monuments antiques, que des métiers verticaux ou métiers de haute lisse ; tel est celui que représente, en Egypte, une peinture de lieni-hassan^ et, chez les Grecs, un vase de Chiusi, qui montre Pénélope devant son métier*. Il
130. — Le peigne de louvrière en lapis. Reisen, 1. 1, fig. i3.
est pourtant probable que les anciens connaissaient aussi le métier de basse lisse, celui où la chaîne est tendue dans un plan presque horizontal et où des pédales permettent à l'ouvrière assise d'écarter et de rabattre les uns sur les autres les fils de la trame. Ce métier donne un tissu analogue à celui de la toile. De nos jours, il est employé, en Asie Mineure, à la fabrication des tapis, dans quelques villes où cette industrie a pris une certaine importance \
Les Phrygiennes étaient aussi d'habiles brodeuses ; on leur attribuait Tinvention de la broderie*. Maintenant encore, sur les côtes et dans rinlérieur de la péninsule, les femmes couvrent de charmants dessins, tracés à l'aiguille avec des fils de diverses couleurs, leurs chemises, leurs tabliers, les mouchoirs qu'elles s'attachent sur la tête, les serviettes que l'on présente avant et après le repas aux convives qui
!. ïïistoive de CArt, t. I, fig. 25.
2. Ce vase a été poblié par Gonze dans les Monumenti de Tlnstitut de correspondance archéologique, t. IX, pi. XLII, fig. 1. Il est reproduit par Muntz, la Tapisserie, p. 31.
3. La planche VII des Beisen reproduit une photographie faite d'après un de ces métiers; cette vue indique bien la disposition générale de Tappareil, mais il serait peutêtre difficile de la traduire en un dessin.
4. Pline, H, N., viii, 74. « Pictas vestes apud Hornerura fuisse (accipio), unde triumphalps natfp. Acu facere id Phrjges invenerunt, ideoquc Phrygionia» appellatœ sunL.. »
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viennent de se laver les mains, les pièces de toile que Tpn pose sur les coussins des divans. Beaucoup de ces dessins sont d'un goût exquis ; on y trouve, à côté de motifs géométriques, des feuillages et des fleurs, mais sans que jamais l'artiste ait visé au trompe-l'œil, ait eu l'ambition de copier servilement la nature ; il s'en est inspiré avec cette liberté d'interprétation qui est la première vertu du tapissier et du brodeur.
§ 8. — LES TOMBEAUX DE LA PAPHLAGONIE
Le district dont nous venons de décrire les antiquités a des monuments qui lui appartiennent en propre, qui ne se rencontrent nulle part ailleurs ; ce sont ceux qui entourent le frontispice où se lit le nom de Midas, ce sont ces façades où des formes empruntées au bois encadrent un décor dont les motifs paraissent imités des dessins de tapisserie, façades qu'achèvent de caractériser les inscriptions où est employé cet alphabet que nous avons appelé l'alphabet phrygien. Si rien de pareil ne s'est encore rencontré hors de la Phrygie, en revanche, dans une contrée voisine, en Paphlagonie, un récent explorateur, M. Gustave Hirschfeld, a signalé plusieurs sépultures qui présentent une singulière analogie avec celles des tombes de la nécropole d'Ayazinn que précède un portique*.
On donnait le nom de Paphlagonie au territoire qui, dans la portion septentrionale de la péninsule, est limité au nord par le Pont-Euxin, à l'est par l'Halys qui le séparait de la Cappadoce, à l'ouest par le Parthénios, au delà duquel habitaient les Mariandyniens et les Bithyniens, au sud par le mont Olgassys"; celui-ci fait partie de cette chaîne des Olympes dont les sommets se dressent entre le plateau central et les basses vallées des affluents de la mer Noire. C'est une région toute
i. G. Hirschfeld, Paphtagonische Felsengràber, ein Beiirag zur Geschichte Kleinasiens, 32 pages et 7 planches (dans les Abhandlungen der K. Akademie der Wmenschaflen zu Berlin, 1883, 4»).
2. Xénophon étend davantage, vers rOrient, les limites de la Paphlagonie; pour lui, elle dépasse l'Halys, elle se prolonge au delà même de l'embouchure du Thermodon. C'est ce qui semble résulter du passage où l'ambassadeur de Sinope, Hecaionymos, énumérant aux Grecs, alors campés devant Gotyora, les difficultés qu ils auront à vaincre pour traverser la Paphlagonie, parait supposer qu'avant d'essayer de franchir le Thermodon ils auront eu une première rencontre avec toutes les forces des Paphlagoniens (Anabase, V, vi, 0). Ailleurs (VI, i, 1), Xénophon parle d'une collision qui a lieu, dans le voisinage do Gotyora, entre des maraudeurs grecs et des Paphlagoniens.
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montueuse et qui aujourd'hui encore est presque toute couverte de forêts; elle a pourtant quelques plaines très fertiles, sinon très étendues, comprises entre les chaînes secondaires qui courent parallèles au rivage et qui obligent les cours d'eau à faire de longs détours pour atteindre la mer ou pour aller se déverser dans l'Halys*. Sur la côte, depuis le huitième siècle, florissait la grande colonie milésienne, Sinope. Devenue métropole à son tour, Sinope avait fondé sur ce littoral plusieurs autres villes grecques, Sesamos, ou, comme on l'appela plus tard, Amastris, Kytoros, lonopolis ou Abonoutichos ; elle multipliait ainsi les havres où ses navires pourraient se réfugier et les marchés où se feraient les échanges avec les tribus de l'intérieur.
Perdues dans leurs bois, ces tribus ont très peu fait parler d'elles; il semble pourtant qu'elles aient été proches parentes des Cappadociens et qu'elles aient parlé comme eux un dialecte araméen, ce qui permettrait de les rattacher à la famille des peuples sémitiques*. Quoi qu'il en soit, elles étaient moins sauvages que leurs voisines, les peuplades des Tibaréniens et des Mossynoeques ; c'est ce qui résulte du témoignage de Xénophon, le seul des historiens grecs qui ait visité cette région avant la conquête macédonienne. Les Dix Mille, il est vrai, n'ont pas fait route à travers la Paphlagonie; c'est par mer qu'ils en ont longé les rivages; mais dans leur camp de Cotyora ils ont reçu les députés que leur adressait, pour s'entendre avec eux, un chef paphlagonien, nommé Corylas, et ils ont admiré la richesse des vêtements que portaient ces envoyés, ainsi que la beauté des chevaux qu'ils montaient'. Ce Corylas était assez puissant pour qu'une ville comme Sinope eût intérêt à le ménager et que ses premiers citoyens prissent le titre d'hôtes du roi^. Les ambassadeurs de Sinope, qui avaient leurs raisons pour empêcher les généraux grecs d'entrer en relations avec Corylas et de traverser son territoire, exagéraient peut-être quand ils affirmaient que cette nation pouvait mettre sur pied cent vingt mille