‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 126 sur 381 · Histoire de l'Art, t. lU, ch. ii · texte numérisé non relu

Histoire de l'Art, t. lU, ch. ii

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de la jeunesse; c'est nécessairement d'après ce type qu'il conçoit et qu'il se représente son temple idéal, dans les parties mêmes de son projet où il enchérit sur son modèle en lui donnant plus d'ampleur et de régularité. On aura donc le droit d'utiliser, en vue d'une restauration de cet édifice, le peu que Ton sait, par d'autres sources, des manières de faire qui étaient propres au constructeur phénicien; il sera légitime d'introduire ici les formes qui caractérisent les rares monuments de cette architecture dont il subsiste quelques débris ou dont l'image nous a été conservée. Dans le même ordre d'idées, il y aura aussi quelque parti à tirer de certains monuments juifs que le temps a épargnés, tels que le grand édifice quadrangulaire d'Hébron et les tombeaux de la vallée du Cédron; ils sont d'une date très postérieure; mais ils n'en témoignent pas moins de la persistance d'habitudes locales qui remontent très haut. 11 n'est d'ailleurs pas facile de choisir entre ces éléments, de provenance si diverse, de ne pas les entasser ici sans discernement, de n'y admettre que ceux qui s'adaptent naturellement à ce cadre et d'en placer chacun à l'endroit où il convient le mieux. Ce sera, pour rarchitecte, affaire de tact et de goût; s'il veut mener à bien cette tache délicate, il doit, par une longue étude, s'être assimilé les pensées de ses confrères orientaux, de ses prédécesseurs d'autrefois, s'être profondément pénétré de leur esprit et redevenir l'un d'eux, à force de science et d'art.

On comprend maintenant à quoi tendent toutes les réflexions qui précèdent et quelles sont nos visées. Ce qui nous lente, ce que nous nous proposons de restituer, ce n*est pas le temple de Salomon, édifice de grandeur médiocre, qui, durant un siècle ou deux, ne joua dans la vie religieuse d'Israël qu'un rôle assez secondaire ; ce n'est pas non plus le temple détruit par Nabuchodonosor, celui des derniers rois de Juda, CDsemble déjà bien plus compliqué, mais dont nous connaissons mal la disposition irrégulière et confuse; c'est le temple d'Ézéchiel, unique et curieux mélange de réalité et de fiction, c'est cet édifice ou plutôt ce groupe d'édifices que le prophète présente à ses compatriotes comme la consolation et la revanche des malheurs du passé, comme le symbole et le gage de la nouvelle aUiance qui va être conclue, pour durer à tout jamais, entre Israël et son dieu. Dans son spacieux périmètre, ce temple de l'avenir embrasse le vieux sanctuaire, tel qu'il était lorsque lahvé est venu s'y établir, las d'errer, avec l'arche, d'une frontière à rautro, à travers le tcrriloire des tribus d'Israël; il embrasse, mais mises au large et distribuées dans un ordre savant, loules les (lé|)eii-

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dances qu'avait force d'ajouter au noyau primitif le développement du culte et la multiplication du clergé. Ce temple, agrandi et transfiguré par une indomptable espérance et par la méditation solitaire, au lendemain même de la catastrophe où le modèle avait disparu, c'est le dernier mot de l'ambition sacerdotale; c'est aussi le plus puissant effort que le génie hébraïque se soit imposé pour traduire ses idées par des formes sensibles, par une combinaison de lignes assujetties aux lois du nombre; c'est sa plus belle œuvre d'art; on peut même dire que c'est la seule qu'il ait produite. S'il en est ainsi, s'étonnera-t-on que nous ayons cédé à la tentation d'entreprendre le travail qu'a interdit aux Juifs renvoyés à Jérusalem par Gyrus l'étroitesse de leur fortune réduite, et nous saura-t-on mauvais gré d'avoir voulu ressusciter le monument grandiose dont l'image, flottante entre ciel et terre, avait si souvent passé devant les yeux du voyant, au cours des longues rêveries de l'exil?

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