Les bassins mobiles, restitution de Mangeant
seau. Le texte est assez vague pour que Ton puisse en tirer le thème de plusieurs restitutions sensiblement différentes. Celle que nous proposons a deux avantages : mieux qu'aucune autre, elle permet de comprendre comment on mettait ces machines en mouvement; elle a aussi ce mérite de se prêter tout particulièrement à recevoir une riche décoration : elle offre des surfaces qui permettent de trouver place pour tous les ornements dont le chroniqueur fait mention.
Aucun des archéologues qui ont entrepris de restituer cet appareil ne paraît s'être préoccupé de savoir comment s'exerçait la poussée qui
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devait lui donner le branle. Tous ont Tair de croire que, pour agir sur les roues, le serviteur appuyait sur les montants de la caisse. En s'y prenant ainsi, il n'aurait pas été à main : il aurait mal dirigé la marche du train; celui-ci devait être assez lourd, quand le vase était plein. De plus, ces contacts, à force de se répéter, n'auraient pas manqué d'user le bronze ; ils auraient fini par effacer les ornements délicats donl étaient couvertes ces parois. Nous avons supposé des bras, d'épaisses barres de métal, très résistantes, que des ferrures maintenues par de forts rivets attachent au couvercle de la caisse rectangulaire et au corps du vase cylindrique. Nous attribuons ainsi à ces tiges une forme coudée qui répond bien au sens propre du mot que les traducteurs ont rendu par montants; le terme hébreu veut dire, littéralement, épaules, La partie inférieure et verticale de ces bras est détachée de la caisse ; elle s'en tient à une certaine distance ; les hommes de manœuvre ont ainsi toute facilité soit pour tirer, soit pour pousser, suivant la direction du mouvement qu'ils veulent imprimer à l'appareil. En même temps, quelque force qu'ils déploient, ils ne risquent pas de gâter par le frottement les ciselures qui décorent les panneaux de la caisse d'airain.
L'ornementation dont nous avons assuré ainsi la durée et l'intégrité se compose de motifs que nous avons déjà rencontrés soit dans d'autres ouvrages orientaux, soit dans le temple même. Ce sont des « lions et des bœufs », c'est-à-dire des lions qui poursuivent ou qui terrassent des bœufs, thème cher à l'artiste phénicien* ; ce sont ces keroûbs que nous avons cherché à nous représenter à propos de la décoration du temple; quant à ce que l'on traduit par guirlandes et par festons^ nous avons entendu par là les deux rangées de grosses perles ou de fruits ronds que nous avons disposées sur le rebord et autour du col du bassin, puis la bande ornée de dents de loup qui règne au bas de ce col, à l'endroit où il s'engage dans le couvercle de la caisse. Les palmes indiquées par le texte sont appliquées, à intervalles réguliers, sur la périphérie du cylindre, et elles y introduisent ainsi cette division en panneaux qui est spécifiée pour la caisse. Le seul détail que nous ayons pris sur nous d'ajouter, ce sont ces bouquets de papyrus que nous avons placés entre les keroûbs ; ils ont paru très propres à remplir les espaces étroits et hauts que laissait libres, sur chaque face, la division que nous avions adoptée. Tous ces motifs ont d'ailleurs été esquissés,
\, Histoire de VArt, t. Hl, ttg. ori;i, 624. 039.
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dans la gravure, d'une main légère; on a seulement voulu marquer la place qu'ils avaient pu occuper. Ce que Ton se proposait surtout ici, c'était de donner une idée de l'ensemble. L'appareil est d'un aspect plus satisfaisant que dans les restitutions où l'on a remplacé la caisse fermée par une cage à jour, composée de montants verticaux que relient des barres horizontales*. En adoptant cet arrangement, on a voulu alléger le train et le rendre plus mobile ; mais de cette manière on rétrécit outre mesure la place dont on dispose pour les ornements ; ceux-ci ont beau se multiplier et se serrer les uns contre les autres ; le dessin du meuble garde toujours quelque chose de grêle et de sec qui n'est pas dans l'esprit de cet art'robuste et bien étoffé. Les panneaux pleins pouvaient être faits de plaques métalliques très minces, qui n'augmentaient pas beaucoup le poids de la machine ; ils livraient au décorateur un champ plus spacieux et ils offraient h l'œil des lignes plus amples et plus fermes.
Les appareils exécutés par Hiram sur ce modèle étaient au nombre de dix ; chacun d'eux avait 6 coudées de haut et 4 de côté. On ne nous dit pas à quels offices ils étaient destinés ; ce qui paraît le plus probable, c'est qu'ils avaient été construits surtout en vue du service de l'autel des holocaustes, qu'il fallait laver à grande eau après chaque sacrifice. Quand on les avait roulés tout contre l'autel, le haut du vase se trouvait presque au niveau de la plate-forme sur laquelle se tenaient les prêtres chargés de ce soin ; avec un seau attaché au bout d'une perche, ceux-ci pouvaient aisément puiser dans le bassin. Nous avons représenté l'un de ces trains, ainsi arrêté auprès de l'autel (fig. 174); dans le fond, à gauche, on aperçoit la mer d'airain. J'imagine d'ailleurs que ces appareils compliqués n'ont pas dû être longtemps en état de servir : exposés à l'air, sous le climat assez rude de Jérusalem, ils se seront bientôt rouilles et les roues auront cessé de tourner. Condamnés à l'immobilité , on ne les en admirait pas moins pour leur savant mécanisme et pour leur élégante décoration; cinq étaient rangés du côté droit et cinq du côté gauche de la cour intérieure, en avant des portiques.
Ces meubles montés sur roulettes étaient au nombre des articles que les Phéniciens exportaient avec le plus de succès; on en trouve la trace chez les peuples qui étaient leurs clients ordinaires. Dans les objets mobiliers que les poèmes homériques décrivent comme des
i. C'est là le parti que Stade a pris, flans les deux restitutions entre lesquelles il donne le choix.
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LA JUDEE.
auvrages de cet Héphaestos en qui se personnifie Thabileté technique, on devine des produits de Tindustrie phénicienne, des pièces rares qui, par leur complication et leur beauté, avaient paru ne pouvoir sortir que des mains mêmes d'un dieu. Tels sont ces trépieds à roues que le divin artisan achevait de façonner, dans sa forge de Lemnos, quand il y reçoit la visite de Thétis. Us étaient munis de roues d'or, qui devaient leur permettre, sur un signe du maître, de faire, comme des esclaves obéissants, le service de la salle où se réunissaient les
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17 i. — Âutcl des holocaustes, reslitution de Mangeant.
dieux*. Ailleurs il est question d'une corbeille à ouvrage qu'Hélène a rapportée d'Egypte; elle est en argent, et les bords en sont dorés; grâce aux roulettes dont elle est pourvue, elle passe, toute pleine de laine et chargée d'une lourde quenouille, d'une chambre dans une autre; poussée par le doigt d'une servante, elle suit la fîleuse là où il lui plaît d'aller s'asseoir-. A Olympie, parmi ces bronzes d'une époque très reculée qui ont été recueillis dans l'Altis, on a signalé de nombreux débris de roues; plusieurs de celles-ci, d'après leur faible rayon, paraissent avoir appartenu plutôt à des meubles de ce genre qu'à des
i. Homère, Iliade, xviii, 375-378.