Histoire de VArl, t. III, pp. îiS-aO
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explorateurs ont signalé et relevé de nombreux monuments qui ne peuvent guère être autre chose que les bâmoths, où ont été jadis adorés « Kemos, Tidole des Moabiles, etMilkom, Tidole des Ammonites * ». Ces monuments sont d'une disposition très simple et d'une exécution très grossière ; ils ont pourtant tenu trop de place dans la vie religieuse des tribus sémitiques de la Syrie pour qu'il n'importe pas d'en donner au moins une idée par une description succincte et par un ou deux exemples choisis entre beaucoup.
L'élément qui constitue tous ces monuments, c'est la pierre brute ou à peine dégrossie, telle que l'homme l'employait avant d'avoir l'outil de métal ; tout au plus, avec un marteau fait d'une roche plus dure, tentait-il parfois de rendre les contours du bloc un peu moins irréguliers. Le bronze et le fer changèrent les conditions du travail; mais bien des siècles après que s'en fut répandu l'usage, on s'abstint de s'en servir, soit pour dresser les faces de l'autel, soit pour égorger la victime ; il semblait qu'il y eût une souillure dans l'intervention et le contact de cette matière récemment introduite, de ces instruments nouveaux. La pierre avait au contraire pour elle le prestige d'un long passé, des services rendus dans les âges reculés où s'étaient créés les premiers rites. On trouve chez plusieurs peuples la trace de ce préjugé, qui a dû être général. En Egypte, pour les incisions à faire aux cadavres, les embaumeurs n'employèrent jamais que des couteaux de silex-. Chez les Hébreux, c'est lahvé qui dit à son peuple : « Si vous voulez me faire un autel de pierres, vous ne le construirez pas en pierres taillées, car en y portant le fer vous le profaneriez ^ »
Si, au temps où fut rédigée la Loi, c'était encore une opinion accréditée chez les Israélites, au moins dans certaines parties de la Palestine, que la pierre taillée était moins agréable à lahvé, moins pure que la pierre brute, à plus forte raison est-ce cette dernière qui figure dans les récits par lesquels, sur différents points du territoire d'Israël, on expliquait la fondation des vieux sanctuaires et la vénération qui
L lîhois, xxirr, U.
2. Voir à ce sujet, outre Hérodote et Diodore, les observations de Mariette : Be Vàge de pierre m Egypte, p. 136 (dans Hemeildes travaux relatifs à la philologie et à V archéologie égyptiennes et assyriennes y t. VU, <88ft).
3. Exode, XX, 25. Cette défense se trouve dans ces chapitres xx à xxiii de V Exode qui sont peut-être la partie la plus ancienne de la loi dite mosaïque. On est assez tenté d'y reconnaître la thora du royaume du nord; dans le verset que nous avons cité comme dans quelques autres passages, il y aurait une protestation indirecte contre le temple de Jérusalem, contre les nouveautés dont Salomon avait donné l'exemple. La même prescription se retrouve d'ailleurs dans le Deutéronome, xxvn, 5 et 0.
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les entourait*. La pierre sacrée qui, à Béthel, recevait les hommages de la tribu de Benjamin n'était pas autre chose qu'un gros caillou, celui, raconte la Genèse, que Jacob avait posé sous sa tête, pour lui servir de chevet, le soir de cette nuit où l'Éternel lui apparut en songe et lui promit, pour sa postérité, la possession de cette terre sur laquelle il s'était endormi*. A Guilgal, près de Jéricho, il y avait un groupe de douze pierres levées qui parait avoir été, lui aussi, un centre religieux, où se célébrait un culte très antique et très populaire. Or, d'après la tradition, les pierres que l'on montrait à Guilgal avaient été ramassées par les Hébreux, sur l'ordre de leur chef, dans le lit du Jourdain^. Pour que cette légende ait pu paraître vraisemblable, il fallait que, dans les blocs qui composaient le monument, on reconnût à première vue d'énormes galets, du genre de ces quartiers de basalte ou de porphyre que l'Hermon et les autres affluents de la rive gauche arrachent aux flancs des montagnes de Moab et que polit le torrent qui les entraîne et qui les roule dans les grandes crues d'hiver*
Si, bien après que le temple avait été bâti sur le Moria en belles pierres appareillées avec le plus grand soin, la pierre brute était encore ainsi en honneur, à quelques lieues de Jérusalem, dans ce que Ton peut appeler les sanctuaires de la campagne, dans ceux qui représentaient le mieux la vraie tradition nationale, à plus forte raison demeurat-elle seule affectée aux constructions religieuses chez les tribus, apparentées de si près aux Israéhtes, qui habitaient à l'orient du Jourdain. Sur plusieurs points des pays d'Ammon et de Moab, on rencontre des monuments dans lesquels la pierre n'est pas travaillée ou ne l'a été que d'une manière très sommaire et très imparfaite. Un certain nombre doivent être des tombeaux ; on en devine à certains traits la destination funéraire, et nous en avons donné un échantillon (fig. 177); mais ailleurs il n'y a rien qui ressemble à un caveau et la pierre est plantée sur la roche vive, en sorte que l'on ne voit pas où le corps aurait pu être déposé.
Là où il en est ainsi, le doute n'est guère possible; on ne saurait donc refuser un caractère tout religieux à beaucoup, à la plupart peutêtre des monuments mégalithiques de cette région, tant ils répondent bien à l'idée que l'on est fondé à se faire, d'après les textes bibliques,
i . On consultera avec fruit, sur ce sujet, un intéressant article de M. Maurice Vehnes, intitulé : Les plus anciens sanctuaires des Israélites [Revue de Chisloire des religions, t. III, «882, pp. 22-48).