I. JosÈPBK, Ant. jud,, XI, viii
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nauté de race et de langue, étaient tout naturellement désignés pour servir aux Hébreux de maîtres et d'initiateurs. Nous sommes mal renseignés sur le sort ultérieur du palais ; mais le temple devint le centre d'un mouvement religieux profondément original, ce qui lui valut non seulement d'être entretenu pieusement et de durer, mais encore de continuer à se développer, en s'adjoignant des annexes dont l'étendue el l'importance s'accrurent de siècle en siècle, si bien qu'une fois renversé par les Chaldéens, l'édifice garda une sorte d'existence idéale et ne cessa pas de grandir dans la mémoire et dans l'imagination des Israélites. En Egypte et en Mésopotamie, les Juifs, dépaysés par la fuite ou la transportation, éloignés de tous ces sanctuaires locaux où la plupart d'entre eux avaient l'habitude de sacrifier, s'accoutumèrent à tourner de toutes parts leurs yeux et leurs pensées vers un seul point de l'espace, vers cette colline dont le sommet portait les ruines de la maison où lahvé était venu s'établir auprès des rois fils de David et dont il avait fait son séjour de prédilection. A force de concentrer ainsi sur le temple détruit tous leurs regrets et tous leurs espoirs, ces exilés finirent par être dupes d'une étrange illusion ; ils se figurèrent que, dès le lendemain de l'inauguration du temple, il avait été interdit à tout Israélite fidèle d'adorer le dieu de ses pères ailleurs qu'à Jérusalem, sur le Moria. Lorsque, à Babylone et après leur retour en Palestine, les Juifs achevèrent la rédaction définitive de leurs annales, les scribes qui les revisèrent y introduisirent la théorie de l'unité de sanctuaire ; ils l'antidatèrent avec une naïve assurance. C'est un vrai contresens historique ; jusqu'au sixième siècle avant notre ère, pour nous arrêter à cette date, lahvé, aussi bien que les autres dieux syriens qui lui disputaient les hommages de son peuple, avait eu, dressés un peu partout, d'un bout à l'autre du territoire occupé par les Hébreux, des autels où les plus pieux des fils d'Abraham ne se faisaient aucun scrupule d'apporter leurs prières et leurs offrandes*.
Dans l'Idumée, dans la Palestine trans et cis-jordanienne comme dans la Phénicie et dans toute la Syrie, les temples ne se multiplièrent qu'après le triomphe de l'hellénisme; il n'y en avait guère eu, avant ce moment, que dans ces grandes villes commerçantes qui entretenaient avec l'Egypte d'étroites relations. Dans l'intérieur des terres, on n'en signale qu'un seul, celui de Jérusalem, et là cette création s'explique
1. On consultera avec fruit, sur ce sujet, un mémoire publié dans la Beuue (ie /'Awtoire des religions, t. I, p. 57-82, sous ce titre : r Unité du sanctuaire israélite. C'est un exU^t de la Geschichte Israéls, de Wellhausen, du tome I, qui a paru en 1878.
par l'impression que firent sur l'esprit de David et de Salomon l'art et l'industrie des cités phéniciennes. Salomon n'alla-t-il pas jusqu'à essayer de donner à son peuple, à un peuple de pâtres, de bûcherons et de laboureurs, le goût de la navigation et des courses lointaines? Il n'avait pas de ports sur la Méditerranée; il voulut se dédommager du côté de la mer Rouge. L'entreprise ne devait pas avoir de suite; si elle attire l'attention de l'historien, c'est surtout par le jour qu'elle jette sur les ambitions qui saisirent alors la royauté juive. Salomon avait construit une flotte pour imiter son allié Hiram, qui s'enrichissait par le commerce maritime; ce fut dans la même pensée et sous la même influence qu'il travailla sans relâche à orner sa capitale d'édifices qui pussent rivaliser avec ceux de Tyr et de Sidon. Pour les bâtir, pour les décorer et les meubler, il fit peser sur ses sujets des charges qui les mécontentèrent et qui préparèrent ainsi le démembrement de la monarchie; mais, en revanche, comme le témoigne la légende qui s'est formée autour de son nom, il frappa vivement l'imagination de ses contemporains par le déploiement de tout ce luxe exotique, par l'effort tenté pour introduire chez les Israélites l'appareil d'une civilisation supérieure. Ce temple, auquel l'âme juive s'est attachée plus tard avec tant de passion, n'avait donc été, au début, qu'un pastiche qui pouvait sembler destiné à bientôt disparaître, que le monument, sans avenir assuré, d'une fantaisie de despote.
Le vrai type héréditaire et national du sanctuaire chez les Hébreux et chez tous les peuples leurs parents ou leurs voisins, c'était, de temps immémorial, ce fut, jusqu'à la transformation plus ou moins complète qui suivît la conquête grecque et romaine, ce qu'Israël appelait la bâmâ, les bâmothy c'est-à-dire, comme on traduit ces mots qui reviennent si souvent dans les écrits de l'Ancien Testament, le haut lieu^ une enceinte sacrée, un haram ménagé d'ordinaire sur le sommet d'une montagne ou d'une colline et pourvu d'un autel où l'on sacrifie, devant un symbole ou une image quelconque de la divinité*. Le choix de l'emplacement qui fut adopté pour la plupart de ces sanctuaires s'explique
1. On a déjà signalé l'étroite ressemblance du mot sémitique hàmà et du grec po);xoî. Ce dernier mot a fini par prendre, dans la langue classique, surtout le sens d'autel: mais la langue avait conservé, grâce à Tépopée homérique, le souvenir d*un temps où pw;xo; désignait tout ce qui s'élève au-dessus du sol. Dans VlUade (vnr, 441) et dans VOdyssée (vu, iOO), ce terme a la significalion de socle, de piédestal; peut-être les Grecs Tont-ils emprunté aux Phéniciens, pour avoir entendu ceux-ci donner ce nom aux tertres ou aux biocà de pierre sur lesquels, dans tous leurs comptoirs, aussitôt après l'arrivée ou avant le départ du navire, ils offraient le sacrifice aux dieux des heureux voyages.
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par ce culte des montagnes qui remonte si haut et qui s'est maintenu si tard en Syrie * ; mais les sommets enveloppés de nuages n'ont pas été les seuls fétiches naturels qu'aient adorés les premiers habitants de cette contrée. Ailleurs, comme à Beerséba, c'est une source limpide et fraîche, ou, comme près d'IIébron, un groupe de beaux arbres séculaires, qui reçoivent des hommages du même genre et qui deviennent l'objet d'un culte local. Ainsi rattachés à quelque phénomène de la nature, la plupart des sanctuaires que nous voyons honorés par les Israélites sous les juges et sous les rois remontaient à la période qui avait précédé l'établissement des Hébreux dans la terre promise. Il en est dont le nom même trahit leur origine chananéenne; ainsi nous voyons figurer parmi les villes assignées aux Lévites Bethshémesh, la ville du soleil, et Ashtaroth Karnaïm, Astarté aux deux cornes. Pour quelques lieux de culte particulièrement fameux, la tradition popufaire avait conservé le souvenir très net d'une antiquité reculée; c'est ce qu'exprime à sa manière la légende hébraïque quand elle attribue aux patriarches l'érection des autels de Sichem, de Béthel, de Beerséba. Grâce à ce détour, elle peut avouer que ces autels étaient déjà fréquentés avant que les pères d'Israël franchissent le Jourdain; Abraham, Isaac et Jacob en avaient pris possession par avance. Ce fut sur le modèle de ces hauts lieux chananéens que les Hébreux en fondèrent à leur tour à Guilgal, à Silo, à Ophra, à Rama, à Gibéa, sur les points du territoire où ils s'établirent le plus fortement.
Entre la rive droite du Jourdain et la Méditerranée, ces sanctuaires primitifs n'ont laissé que de faibles vestiges. En Phénicie, ils ont été remplacés, au cours des derniers siècles du paganisme, par ces temples, de style gréco-romain, dont les ruines sont si nombreuses dans le Liban; en Judée, ils ont peut-être été détruits systématiquement, lorsque, après le retour de l'exil et surtout sous les Asmonéens, une orthodoxie rigoureuse entreprit d'effacer partout la trace de ce que l'on appelait alors les vieilles idolâtries, d'en purger aussi bien la surface du sol que les anciens livres nationaux, auxquels des mains zélées firent subir alors, dans ce sens, plus d'une correction et d'une retouche. Pour retrouver ces lieux de culte à peu près intacts, il faut aller plus loin, au delà du Jourdain, dans ces pays d'Ammon et de Moab où la culture hellénique n'a jamais pénétré que très faiblement et où le monothéisme juif n'a jamais été longtemps maître du terrain. Là de récents