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LES NOURAGHES.
eoire le peuple qui a bâti les nouraghes et celui qui, en Grèce, sur le sol de TArgolide, de TAttique et de la Béotie, a, pendant un certain temps, adopté, dans ses tombeaux, des dispositions fort semblables; il n'en reste pas moins vrai que le nouraghe représente un type très particulier d'architecture élémentaire et primitive, type que les plus anciens habitants de la Grèce ont entrevu, mais sans y rester fidèles et sans le développer, tandis que ceux de la Sardaigne en ont tiré, dans leurs tours à trois étages, dans leurs nouraghes agglomérés, tout le parti qu'il comporte. Ce n'est d'ailleurs pas seulement en Sardaigne qu'on
33. — Talîiyot des Baléares. Plan, coupe, élévation. La Marmora, Atlas, j)l. XL.
le rencontre : il parait avoir été cher à plusieurs des tribus qui ont peuplé les lies du bassin occidental de la Méditerranée. On ne Ta pas signalé, que nous sachions, à Malte ni en Sicile; mais l'île de Pantellaria a ses sesi, tours en pierres sèches que les voyageurs comparent aux nouraghes et qui ont souvent aussi deux étages. Les Baléares surtout ont leurs talat/ots^, qui ressemblent si fort aux nouraghes, que Ton serait tenté de les croire bâtis par les mêmes maçons. Les talayots sont, eh général moins bien conservés, plus ruinés que les nouraghes; à cela près, c'est le même plan, la même forme de cône tronqué, le même appareil, la même disposition de l'entrée; même dôme obtenu par la pose d'une série d'anneaux qui vont toujours se rétrécissant jusqu'au sommet (fig. 30 et 33). On retrouve souvent ici jusqu'à des détails comme , les trois cellules s'ouvrant sur la grande chambre*. On aurait pu,
i. Le mot Talayot est un diminutif d'A/a/ayn, qui veut dire u tour d'obsen'ation ». 2. La Mabmoba, Voyage, \\, p. b4i.
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d'après les dessins de La Marmora, soupçonner entre les nouraghes et les talayots une différence qui aurait eu son importance. Dans les tours des Baléares, l'escalier aurait été extérieur, tandis qu'il est toujours intérieur en Sardaigne ; mais La Marmora indique lui-même qu'il n'y a là qu'une apparence dont il ne faut point être dupe. Les rampes tournantes qui sont aujourd'hui visibles du dehors n'ont été rendues telles que par l'écroulement d'une portion du massif, par la destruction du revêtement*. Plusieurs auteurs qui ont étudié les talayots avec plus de soin qu'il n'a pu le faire dans sa rapide excursion témoignent de l'existence d'escaliers intérieurs, conduisant soit à une chambre supérieure, qui presque toujours a disparu, soit à la plate-forme terminale ^.
Jusqu'à quelle époque a-t-on bâti des nouraghes en Sardaigne? Nous l'ignorons. Il n'y a rien à conclure du fait que près des ruines de Nora, au sud du golfe de Cagliari, les arches d'un aqueduc romain s'appuient sur le massif d'un nouraghe qui devait être dès lors à peu près dans l'état de dégradation où il se trouve aujourd'hui ^. Dans le voisinage d'une cité phénicienne, puis romaine, les nouraghes pouvaient être abandonnés depuis longtemps, alors qu'on les employait, alors qu'on en construisait encore dans d'autres parties de l'île. On ne dut pas renoncer aisément à des habitudes plusieurs fois séculaires. Il est évident, en effet, que les milliers de nouraghes qui existent en Sardaigne ne sont pas l'œuvre d'une seule génération. Nous ne savons s'il faut, comme on l'a quelquefois proposé, les répartir en deux catégories, regarder comme les plus anciens ceux où les pierres sont à peu près brutes, et comme plus modernes ceux où elles portent la trace du marteau. Ces différences peuvent tenir aussi soit à la nature des matériaux employés, qui, suivant les cantons, prêtaient plus ou moins de résistance à l'outil, soit à d'autres circonstances ; tels nouraghes ont pu être bâtis avec précipitation, et d'autres plus à loisir et avec plus de soin. Dans maints de ces édifices, on remarque que les assises sont de plus faible échantillon et mieux dressées à mesure que l'on
\. La Marmora, Voyage, H, p. 348.
2. Juan Ramis y Ramis, cité par La Marmora, Voyage, p. 551. Voir aussi Islas Baléares e nuraghes Sardes, apuntes arqueologicos de D. Francesco Marlorell y Pina ordenados por
% Salvador Sanpere y Miquel, Barcelona, 1879, p. 199 et 203. L'escalier intérieur est signalé particulièrement dans les talayots Cumia et Di punta Caja. Cf. Olio y Quadrado, Historia
' de la isla de Menorca, 1876, t. H, p. 37o : « Los talayots son alravesados por una escalera interior o una galeria simple o bifurcada con nichos o alcobillas a los lados. »