La Marmora, Voyage, II, p
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LES NOURAGHES. 51
s*élève, et cepeadant le bâtiment paraît tout d'une venue et ne porte pas trace de raccords *. Ce qui paraît probable, c'est que Ton n'est arrivé qu'après une longue pratique de ce genre de travail à construire des édifices aussi vastes et aussi compliqués que ceux de Sarecci ou (fOr/w. Les nouraghes simples, à un seul étage, monuments dont beaucoup peuvent d'ailleurs être assez récents, nous représenteraient la première période de cette architecture, tandis que nous en aurions la seconde dans les grands nouraghes agglomérés, où les chambres se multiplient, soit en plan, soit dans le sens de la hauteur. Sans rien affirmer, nous attribuerions volontiers ces chefs-d'œuvre de l'architecture sarde aux temps de la domination carthaginoise; c'est alors que, par leurs relations constantes avec un peuple civilisé, les indigènes ont dû être le mieux pourvus d'outils et le plus adroits à s'en servir, le plus aptes à entreprendre de pareils ouvrages, dont l'idée pouvait d'ailleurs leur être suggérée par les fortifications de ces villes grecques et puniques que les mercenaires avaient l'occasion de voir dans leurs campagnes de Sicile et d'Afrique.
Est-ce pendant l'occupation romaine, est-ce au moyen âge que s'est perdue la tradition de ces procédés de construction? Les renseignements nous manquent à ce sujet; mais ce qui est curieux, c'est que, si l'on ne bâtit plus aujourd'hui de nouraghes en Sardaigne, on en construit encore en Italie, dans les deux provinces de Bari et de Lecce. C'est ce que l'on appelle dans le pays iruddhuy du latin trulhim^ altération qui est conforme aux lois du dialecte local*. Nous plaçons sous les yeux du lecteur les dessins de deux truddhi de la terre d'Otrante et de la Fouille, qui en reproduisent les types les plus ordinaires (fig. 34 et 35).
La description que l'on nous donne du truddhu suffit à montrer combien est frappante la ressemblance. « C'est une sorte de tour massive et conique, formée d'un amoncellement de pierres sèches à peine taillées, que revêt un parement extérieur appareillé avec un peu plus de soin , mais toujours d'une manière irrégulière. Dans l'intérieur du massif est ménagée une chambre ronde, en forme de tholos, dont la voûte conique a été formée par une succession d'assises circulaires
1. La Marmora, Voyage, II, p. 65, 66, 78. Voir particulièrement le nouraghe de Nieddu (fig. ^8).
2. Ces renseignements et Jes deux figures ci-jointes sont empruntées à Fr. Lenormant, Note$ archéologiques sur la terre d'Otrante, dans la Gazette archéologique, 7* année, p. 32-39 : specchie et truddhi.
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avançant en encorbellement les unes sur les autres. Une porte basse, surmontée le plus souvent d'un gros bloc qui fait linteau, donne accès à cette chambre. D'ordinaire il n'y en a qu'une seule, dans la partie inférieure du massif. Quelquefois cependant, lorsque le truddhu est plus grand que d'habitude, une seconde chambre de même forme est superposée à la première et constitue un étage supérieur. On y accède dans ce cas par d'étroits degrés accolés au flanc de la tour, degrés qu'on ne manque jamais d'ailleurs d'établir dans le parement extérieur, même