TriicUlhn de Ja terre d'Olraiito
domestiques, d'exemplaires beaucoup plus considérables du même type, qui remontent à l'antiquité ; nous voulons parler de ces ruines qui, assez nombreuses dans ces mêmes provinces, y portent le nom de specchie ou tours d'observation, du latin spécula. Les specchie sont toutes à demi écroulées , et leur base est ensevelie sous un monceau de décombres ; on reconnaît pourtant que ce sont des massifs en pierres sèches, en forme de cônes tronqués, avec un parement extérieur plus soigné que le noyau intérieur, mais toujours d'un appareil irrégulier. Leur structure est conforme à celle des tniddhi modernes, et les matériaux sont pareils, mais d'un beaucoup plus fort échantillon. Les savants du pays discutent pour savoir si ces édifices étaient des tombes monumentales, des habitations ou des forteresses surveillant au loin
Googl(
le pays et la mer dont elles sont souvent voisines. Nous pencherions pour cette dernière hypothèse, qui est d'accord avec le nom que la tradition attache à ces débris. L'étendue que couvrent parfois ces restes semble aussi confirmer cette conjecture ; la specchia de Calone, sur la route de Lecce à Otrante, a 256 mètres de circonférence à sa base; du côté où elle est le mieux conservée, sa hauteur est encore de 17 mètres. En présence d'une pareille masse , on ne peut s'empêcher de songer à ces grands nouraghes agglomérés qui ont des dimensions analogues. Le plus simple serait d'entreprendre l'exploration de l'une de ces ruines ; les fouilles, si elles étaient bien conduites, jetteraient bien certainement quelque jour sur la disposition du bâtiment et permettraient peut-être d'en deviner la destination.
Les plus anciens habitants de cette contrée que connaisse l'histoire, ce sont les lapyges et les Messapiens, qui ne se civilisèrent qu'assez tard au contact de Tarente ; c'est donc à eux que l'on est tenté de faire remonter l'origine de ces pratiques et de cette tradition. Une fois ce type entré dans les habitudes locales, il s'y sera perpétué d'âge en âge, mais pour n'être plus employé que dans des constructions communes et rustiques , lorsque les Grecs , puis les Romains , eurent donné l'exemple d'appliquer aux édifices publics des formes plus nobles et plus variées. Y a-t-il lieu d'en inférer une parenté quelconque entre ces populations italiques et le peuple qui a bâti les nouraghes ? En aucune façon, du moins tant que nous ne connaîtrons pas mieux les specchie de la Fouille. Réduit à ce qu'il est dans le truddhu^ ce système de construction repose sur deux idées très simples : la première, c'est de donner à l'édifice, par l'inclinaison des murs, une base plus large et, par suite, plus de solidité ; la seconde, c'est de couvrir un vide au moyen de pierres posées en encorbellement. Il n'y a rien là qui n'ait pu se présentera l'esprit des hommes, dans des pays éloignés l'un de l'autre, sans aucun coqcert préalable, sans l'effet d'aucune affinité de race. Il en est autrement lorsque de ces deux idées est né tout un style, qui comporte des plans compliqués et des dispositions très particulières, témoignant d'une certaine force de réflexion et de combinaison. Si nous rencontrons ces mêmes dispositions à la fois en Sardaigne et dans les Raléares, si celte ressemblance est encore accentuée par la présence, auprès des nouraghes et des talayots, de tombes dont le principe est identique, alors, mais alors seulement, nous sommes fondés à croire qu'il y a là autre chose qu'une simple rencontre ; alors nous avons le droit de supposer que les deux peuples sont étroitement appa-
LES TOMBES DES GEAiNTS.
reniés, qu'ils ont été en relations suivies ou, quand l'histoire interdit cette hypothèse, qu'ils sont sortis d'un tronc commun, et qu'avant de se séparer ils avaient déjà réuni les premiers éléments du système de construction qu'ils ont appliqué et développé dans leurs nouvelles résidences.