‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 27 sur 381 · LES TOMBES DES GEANTS, LES PIERRES LEVEES LES CERCLES DE PIERRES · texte numérisé non relu

LES TOMBES DES GEANTS, LES PIERRES LEVEES LES CERCLES DE PIERRES

En traitant des nouraghes, nous avons eu l'occasion d'indiquer que les sépultures du

peuple qui les a bâties . ^ -v.. ' :^

se trouvent dans le voisinage immédiat de ces édifices (fig.

32)*. Une sépulture complète se compose de trois parties : un hémicycle ouvert, qui forme une sorte de vestibule, une grande stèle, et enfin une fosse, qui a de 5 à 10 mètres de long et quelquefois plus (fig.

36). C'est la longueur de cette fosse, tellement supérieure à la taille de l'homme, qui a fait donner à ce genre de tombeau le nom sous lequel il est connu des paysans de l'Ile, sepoltura desm gigante^ ou , dans quelques districts, par abréviation, giganlinu.

1 . C'est ce que fait observer La Marmora, à propos de celles de ces tombes qu'il décrit (Voyage, H, p. 16, 21, 23, 27, etc.).

36. — Plan du nouraghe de Tamuli et des sépultures voisines. La Marmor», Atlas, j)!. III, fig. 1 bis.

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L'hémicycle est dessiné par un mur qui a deux ou trois assises en hauteur sur une ou deux pierres d'épaisseur. La stèle, qui a quelquefois plus de 3 mètres de haut, toujours ovale à son sommet, se rétrécit aussi parfois vers le bas, de manière à offrir h peu près la section d'un œuf (fig. 37). Du côté de l'hémicycle, elle est ornée d'un rebord en saillie, large d'environ 30 centimètres, qui en fait tout le tour ; une bande de la même largeur traverse la dalle à un tiers de sa hauteur, et forme à sa base un compartiment carré, au bas duquel se trouve une petite porte carrée ou semi-circulaire, décorée, comme la stèle, d'un bord saillant, mais qui est ici de plus petite dimension. Cette ouverture, par laquelle

passerait à peine un jeune enfant, communique avec l'intérieur ->^ du monument, avec

la fosse ; celle-ci était bordée tantôt par des dalles plates, fichées en terre les unes contre les autres, tantôt par un petit mur semblable à celui de l'hémicycle; la double ligne de ces dalles ou de ces assises parallèles constituait ainsi une sorte de corridor, dont la largeur moyenne est de 1"*,50. Cet espace est couvert par des pierres plus larges et plates, posées en travers comme toiture ; sur celles-ci était étendu un lit de terre (fig. 38). Quelquefois, du côté opposé à l'entrée, la fosse se termine par un bloc où est évidée une cavité arrondie qui a pu servir de chevet à la tête du squelette*; celui-ci aurait donc été placé tout au fond de cette espèce de caveau, tandis que le reste aurait été libre pour déposer auprès du mort les objets qui devaient le suivre dans sa dernière demeure.

La^ destination funéraire de ces monuments n'est pas douteuse. A quoi aurait pu servir, sinon à l'inhumation du cadavre, un souterrain dont la largeur et la hauteur ne dépassent guère un mètre? Point d'accès ; un homme ne saurait s'introduire par l'ouverture ménagée au pied de

I. La Marmora, Voyage, U, p. 10-U et 30, 31, pi. Ul, fig. 1 bis et 3, lettre i.

Tombe de géant. La Marmora, Atlas, j)]. IV.

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LES TOMBES DES GEANTS

la stèle ; eût-il pénétré dans ce corridor, il ne pourrait s'y tenir que sur le dos ou sur le ventre. La question est tranchée d'ailleurs par le fait que Ton a trouvé dans plusieurs de ces tombeaux des ossements humains, accompagnés d'armes en bronze et de vases grossiers en terre cuite * ? Comme on pouvait s'y attendre, d'après la forme même de la tombe, aucune trace d'incinération. Ces monuments sont orientés au même point de l'horizon, c'est-à-dire à l'est, 10 degrés au sud, ce qui esta peu près la direction du lever du soleil en hiver; les morts auraient donc eu la face tournée vers les premiers rayons de l'astre naissant ^

Ce qu'il y a de plus curieux ici, c'est cette ouverture de la stèle, par laquelle on pouvait allonger le bras dans la tombe pour y verser des libations ou y déposer des offrandes ; cette disposition est la marque certaine d'un culte des morts analogue à celui que nous avons constaté chez tous les peuples dont nous avons jusqu'à présent étudié la tombe. Il est probable qu'en temps ordinaire cette fenêtre était fermée par une pierre que l'on soulevait à certains anniversaires, quand les parents et les amis se réunissaient auprès du sépulcre.

Il semble que, comme les nouraghes, les tombes sardes aient attiré l'attention de quelques voyageurs grecs, par l'étrangeté de leur aspect, par la hauteur de la stèle, qui en signalait de loin l'emplacement et surtout par les dimensions inaccoutumées du caveau, ainsi que par certains rites traditionnels ; un mot d'Aristote semble faire allusion à un usage local dont il aurait entendu parler ^ On allait, paraît-il, dormir auprès de ces tombeaux, sans doute pour y avoir des songes que l'on acceptait comme des oracles ; c'était là, racontait-on pour expliquer cette brève allusion du philosophe, qu'étaient ensevelis

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