Ibidem, pp. 735 et
Googl(
LES ARTS INDUSTRIEJ.S.
itil
juive dans un petit vase que possède aujourd'hui le Louvre. Il est en pâte de verre blanche et présente laspect d'un biscuit (fig. 252). Le centre a la forme d'un prisme hexagonal, décoré de six métopes contenant chacune un fruit modelé en haut-relief; la base est ornée de pétales. Les coutures qui existent sous le pied font voir que la pâte a été moulée dans un creux divisé en trois pièces. Les fruits se répètent deux fois chacun; la grenade et la grappe de raisin sont facilement reconnaissables ; le troisième paraît être une coloquinte à écorce rugueuse ou plutôt un gros cédrat*.
Tout ce qu'on sait de la provenance du vase, c'est qu'il a été acquis en Syrie par Peretié; c'est d'après le choix des ornements qui le décorent que l'on a pu conjecturer qu'il avait été exécuté par eux pour un Juif, bien après le retour de l'exil. Nous n'insisterons pas sur les chevrons qui ornent la partie inférieure du vase ; c'est là un motif tout oriental qui se retrouve à la fois et sur les coupes de bronze découvertes à Ninive et sur maints de ces petits vases en terre émaillée qui
ne sont pas rares dans nos collections et que nous avons attribués à la Phénicie*. Ce qui est significatif, ce sont les fruits figurés sur la panse. Ces mêmes fruits sont au nombre des rares éléments décoratifs qui restèrent à la disposition de l'ornemaniste juif, lorsqu'il lui fallut se conformer aux exigences de l'orthodoxie désormais maîtresse du terrain et renoncer non seulement aux symboles idolâtriques, mais encore à toute représentation de l'homme ou de l'animal. La grenade, le cédrat et les grappes de raisin se rencontrent sans cesse sur les monnaies des Asmo-
232. — Flacon de verre. Grandeur de l'original. Louvre. Dessin de Saint-Elrae Gautier.
i. Nous empruntons cette description et les considérations qui suivent à une notice de Longpérier {Vase juif antique, dans Œuvres, t. I, pp. 192-195).
2. Layard, a seœnd séries of monuments of Nineveh, pi. lvii, E, lix B et C; Histoire cle l'Art, t. UI. pi. v. fig. 1 et 4.
Googl(
néens et de leurs successeurs (fig. 157); on les retrouve dans les sculptures qui décorent ces tombeaux de la vallée de Hinnom et de la vallée du Cédron qui nous ont paru dater de la même période (fig. 159). Nous n'oserions garantir que ce vase ait vraiment l'origine que lui a prêtée une ingénieuse hypothèse; mais supposons un Juif pieux, fidèle observateur de la loi, qui commande pour son usage personnel un flacon à odeurs : il n'aurait guère trouvé à y mettre d'autres ornements que ceux qui font l'intérêt de notre vase du Louvre.
Comme le luxe de la vaisselle peinte et des verres aux riches couleurs, le luxe du mobilier n'apparaît chez les Hébreux qu'après Salomon. C'est alors seulement que le cyprès et le cèdre fournissent les planches des lambris et les solives des plafonds, dans les maisons des riches *; c'est alors que les princes et les grands, par ostentation, font exécuter des meubles comme le palanquin que décrit un des chants du Cantique des cantiques^ :
Le roi Salomon s'est fait faire
Une litière de bois du Liban,
Aux colonnes d'argent,
Au dossier d'or.
Le siège est d'argent,
L'intérieur un tissu en couleui's.
Ces riches tissus qui enveloppaient les coussins de ces hts de parade et des divans sur lesquels les grands personnages s'étendaient à demi couchés, comme le font aujourd'hui les pachas turcs, on les tirait des pays voisins ; Damas en fournissait aux nobles de Samarie'. C'est à la Phénicie que Ton demandait ces tapis « parsemés de keroubs » que ï Exode place dans le Tabernacle*.
Vers le même temps l'ivoire devient à la mode, cet ivoire que la Phénicie tirait à la fois de l'Inde et de l'Afrique, pour le ciseler et l'expédier ensuite, sous forme de plaques qui comportaient bien des usages divers, à tous ses clients des îles et du continent. Des appliques d'ivoire décoraient le trône de Salomon ^ et Amos, au commencement du huitième siècle, reproche aux nobles d'Israël les lits d'ivoire y c'est-àdire incrustés d'ivoire, sur lesquels ils s'étendent^.
j. Cantique des cantiques^ r, \1, Pour le temple, voir plus haut, pp. 3I0-3H.