‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 276 sur 381 · LE TEMPLE SÉMITIQUE · texte numérisé non relu

LE TEMPLE SÉMITIQUE

qui devra Fhabiter, par cette image à laquelle un maître sculpteur a prêté les traits les plus nobles et les plus beaux qu'il ait pu concevoir. Les bienfaits et les triomphes de cette même divinité sont figurés par les groupes des frontons, par les bas-reliefs des frises qui courent en une bande continue sous le portique ou qui, dans Tentablement, remplissent ces cadres que Ton appelle les métopes. L'édifice est ainsi comme Tenveloppe, faite sur mesure, de la statue colossale, en bronze ou en marbre, en or ou en ivoire, qui trône dans la cella; par la merveilleuse histoire que racontent les sculptures et les peintures qui le décorent, il est comme le miroir où se réfléchit, sous ses aspects les plus variés, Tun des types divins qu'a créés le génie national. Ce concours de tous les arts, mis ainsi au service d'une seule idée, donne à chacun de ces édifices religieux une physionomie si particulière, une si franche originalité que, par là même, tout ce qui, dans l'enclos sacré, n'est pas le temple proprement dit se trouve relégué au second plan, réduit à la fonction de pur détail d'ornement, qui relève et qui varie le dessin du cadre architectural. Vestibule monumental construit en avant du téménos, chapelles consacrées à un héros ou à quelque divinité parèdi'e, longues files de colonnes offrant aux visiteurs l'ombre de galeries couvertes, toutes ces annexes ne font pas concurrence au temple, ne risquent pas de lui disputer l'attention; c'est à lui qu'elle va tout d'abord, c'est sur lui qu'elle se fixe, comme sur l'œuvre collective, à la fois inspirée et savante, de toute une génération, qui a disposé, qui a modelé toutes ces pierres de manière qu'elles exprimassent, dans la langue des formes, ses pensées les plus hautes et les plus personnelles.

Au contraire, le temple sémitique est, si l'on peut ainsi parler, un monument diffus. Sans avoir jamais atteint les mêmes dimensions que le temple égyptien, qu'un Louqsor ou un Karnak, il tend, comme lui, à croîtrepar la périphérie, à s'étendre indéfiniment en surface. Que le sanctuaire y renferme, comme à Jérusalem, un coffre qui cache à tous les yeux le symbole vénéré ou bien, comme à Paphos, une pierre conique exposée aux regards des fidèles, le sanctuaire reste toujours petit et d'une médiocre importance ; il peut être orné somptueusement, mais la statuaire ne vient pas lui donner la valeur expressive et ce que l'on peut appeler l'éloquence souveraine du temple grec. La cella, simple abri de l'emblème qui représente la divinité du lieu, n'est là que l'occasion ou, pour mieux dire, le prétexte du développement architectural. Celui-ci se produit du dedans au dehors; les cours succèdent aux cours, entourées de portiques sur lesquels s'ouvrent des salles nombreuses, des dépen-

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dances de toute espèce. Les portes, où siègent des gardes et où séjournent les oisifs et les mendiants, sont des édifices considérables, devant lesquels se dressent des tours élancées, qui montent bien au-dessus de la toiture du temple et qui dominent tout ce groupe de bâtiments. Ces tours, qui d'ailleurs ne se terminent pas partout de la même manière, ne sont qu'un accessoire, et cependant, par un naturel effet de leur élévation, elles forment le trait saillant de ces ensembles, celui qui frappe tout d'abord le spectateur ; c'est ce dont témoigne la place qu'elles occupent dans ces images sommaires de quelques temples syriens qui ont été conservées par les intailles et les monnaies; c'est ce que prouve aussi la mention expresse qui en est faite dans des descriptions comme celles qu'Ézéchiel et Lucien ont laissées, l'un de son temple de la future Sion, l'autre du temple de Hiérapolis.

Ce type d'édifice religieux est celui auquel s'en sont toujours tenus les peuples frères et cousins des Juifs, ceux que l'on nomme quelquefois les Sémites occidentaux ; ils en avaient arrêté les maîtresses lignes bien avant le temps où ils sont entrés en contact avec les Grecs, et ils l'ont reproduit, sans jamais s'en lasser, jusqu'aux derniers jours de l'antiquité, ou, pour parler plus exactement, jusque dans les premiers siècles de l'islamisme. Malgré ce qu'il comporte d'effets pittoresques et variés, ce type est certainement inférieur à celui que la Grèce a créé; il est l'œuvre d'un génie plastique moins puissant. Dans la suite de cette histoire, nous aurons à expliquer cette différence, à rendre compte de ce progrès. En attendant que le moment soit venu de reprendre et d'achever ce parallèle, il importait de bien définir dès à présent un des deux objets à comparer, le premier en date, celui qui, malgré son apparente complexité, a demandé le moindre effort d'invention, et c'est à peine si les monuments figurés ainsi que l'étude des ruines nous avaient fourni quelques vagues et rares données. Ces éléments qui nous manquaient, nous les avons trouvés dans la littérature hébraïque, et nous n'avons pas su résister à la tentation d'en tirer parti. Sans doute, s'il était un monument dont le nom seul suffît à émouvoir l'inaagination, c'était bien celui que nous avions rencontré sur notre chemin, le jour où nous avions quitté la Phénicie pour la Judée, celui dont le fantôme nous apparaissait sur la haute colline à laquelle se rattachaient de si grands souvenirs, au-dessus de la cité sainte où sont nés le judaïsme et le christianisme; cependant, vu l'état du site et les lacunes des documents, nous nous serions peutêtre abstenu, non sans regret, si le temple de Jérusalem n'avait été

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