PAR LES ROUTES DE TERRE
Nous avons étudié les Hébreux, en tant qu'élèves et clients des Phéniciens, dans les rares débris de leur plastique ainsi que dans les descriptions que leurs écrivains ont données des monuments disparus et particulièrement du fameux temple de Jérusalem. Nous sommes arrivés ainsi à combler certaines des lacunes qug nos recherches antérieures avaient laissé subsister, à nous faire une idée plus exacte et plus complète du rôle historique de la Phénicie, du caractère de son industrie et de son art. L'heure est venue de renoncer à suivre plus longtemps, sur mer et sur terre, la trace de ces marins aventureux, de ces fins négociants, de ces habiles ouvriers qui, des rives du Tigre aux plages de l'Atlantique, allaient s'établir ici dans les bazars des grandes cités populeuses, là dans les petits comptoirs fondés le long des côtes
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lointaines, en pleine barbarie, partout enfin où, en transformant la matière, ils pouvaient espérer gagner quelque argent. Nous leur disons adieu ou du moins au revoir, jusqu'au jour où nous les retrouverons en contact avec les Grecs et subissant à leur tour Tinfluence de ces peuples auxquels ils avaient jadis transmis les premiers éléments de la civilisation.
Les Phéniciens n'ont d'ailleurs pas été seuls à remplir, dans des temps fort reculés, ce rôle d'intermédiaires entre l'Orient et l'Occident ou, pour mieux déterminer le sens de ces mots, entre les peuples très anciennement civilisés des vallées du Nil et de l'Euphrate d'une part, et d'autre part les tribus encore sauvages qui habitaient les lies et les rivages de la mer Egée. Ce n'est pas uniquement par la voie de mer que s'est opérée la dissémination de ces germes qui devaient donner, sur le sol de la Grèce et de l'Italie, des fleurs si brillantes et des fruits si savoureux; si ces semences de l'avenir ont été portées si loin des lieux où des soleils précoces les avaient mûries, l'honneur n'en revient pas tout entier aux marchands de Sidon et à leurs barques agiles. Les habitudes de la vie policée, avec les métiers, les procédés et les goûts qu'elles supposent, se sont aussi propagées par les routes de terre, du côté où la diffusion n'en était pas arrêtée, comme vers l'Orient, par la barrière infranchissable des déserts sans eau, ou comme, vers le nord, par la hauteur des montagnes, par l'épaisseur de leurs massifs et par le climat rigoureux de ces plateaux dénudés que la neige recouvre pendant une partie de l'année. Vers l'ouest de la Mésopotamie, vers le nord-ouest de la Syrie, point de ces obstacles qui ralentissent ou qui même parfois arrêtent toute marche en avant, qui refoulent violemment tout commerce et qui ne laissent rien passer. Des gués de l'Euphrate au pied de l'Amanus et du Taurus, le pays est presque partout susceptible de culture, et certaines parties sont même d'une fertilité merveilleuse : voyez l'oasis de Damas. Ces plaines ont dû, de très bonne heure, attirer et retenir une population sédentaire; même avec un faible effort, l'homme y a vite conquis l'aisance, et avec elle cette liberté d'esprit qui est la condition du progrès. L'Amanus, malgré l'âpreté de ses roches, et le Taurus lui-même, malgré l'élévation de ses pics neigeux, se laissent franchir par plusieurs passes qui ont été pratiquées de tout temps. De l'autre côté des défilés, on ne rencontre pas ici, comme dans le Kurdistan, une formidable rangée de chaînes parallèles qu'il faut escalader successivement. Derrière les cols de l'Amanus, on voit s'ouvrir la vaste plaine cilicienne; quand on a franchi ceux du Taurus, on
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