‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 279 sur 381 · L'INFLUENCE DES CIVILISATIONS ORIENTALES · texte numérisé non relu

L'INFLUENCE DES CIVILISATIONS ORIENTALES

débouche sur des plateaux où nulle part la vie n'est impossible, où, sur bien des points, elle est heureuse et facile, dans le steppe herbeux qui se prête à Télève des troupeaux, autour des grands lacs qui donnent le sel à profusion, le long des fleuves qui ont déposé sur leurs bords une terre grasse et féconde. Coupés par de spacieuses vallées, qui sont autant de chemins préparés par la nature, ces plateaux descendent en p6nte douce vers le couchant, comme pour laisser plus aisément glisser sur leur surface inclinée les hommes et les idées.

Par l'effet de cette configuration du sol, un courant s'établit qui avait son point de départ dans la Syrie septentrionale et qui allait aboutir vers les embouchures de l'Hermos et du Méandre, courant civilisateur qui, si loin même de sa source, avait encore assez de force pour traverser la mer Egée sans se perdre dans ses flots, assez de chaleur pour élever, si l'on peut ainsi parler, la température de tous les rivages que baignait son onde tiède et vivifiante. C'est ce que l'histoire a constaté, depuis qu'elle a su mettre en œuvre les données que lui livraient la linguistique, l'archéologie et la numismatique, depuis qu'à l'aide de tous ces secours elle a pu remonter bien plus haut dans le passé que ne la conduisaient autrefois ces textes des auteurs classiques qui ont été longtemps sa seule ressource. En Grèce, et particulièrement dans cette Grèce asiatique où le génie grec a pris pour la première fois conscience de sa force et de son avenir, on trouvait à signaler plus d'un élément de provenance étrangère qu'il paraissait difficile de mettre au compte des navigateurs phéniciens. D'autres influences, on le devinait, ont donc concouru à favoriser ce développement ; mais à quels signes reconnaître ceux qui ont rendu ce service et dont l'intervention a amené ce progrès? Des rives de l'Euphrate aux golfes où se jettent l'Hermos et le Méandre, il y a loin, et les Chaldéens comme les Assyriens, au temps de leur plus grande puissance, loin de franchir l'Halys, n'ont même pas dépassé le Taurus; d'autre part, ces emprunts sont bien antérieurs au siècle qui a vu un empire oriental s'étendre, par la conquête perse, jusqu'au Pont-Euxin, à la Propontide et à la mer Egée. Pour expliquer ces apports dont la trace se fait sentir si loin du point de départ, on parlait vaguement du commerce et de l'action qu'il exerce sur les mœurs et les idées des peuples auxquels il semble ne fournir que des marchandises. Sans le savoir, les conducteurs de caravanes auraient tout fait : c'est de leurs ballots, qui venaient s'entasser et que Ton ouvrait dans les magasins et sur les quais de Sinope, de Milet et d'Éphèse, que se seraient* échappés les types et les motifs plastiques.

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les inventions et les procédés dont la race ionienne, avec sa facilité brillante et sa curiosité, a tiré un si heureux parti.

Le commerce a sans doute joué son rôle dans ce mouvement de translation ; mais, quelque actif qu'on le suppose, il ne suffît pas à rendre raison de tous les faits sur lesquels Tattention des archéologues a été appelée par de récentes découvertes. Cette vaste étendue de pays qui sépare la vallée de TEuphrate des côtes où s'élevèrent les premières cités grecques qui comptent dans Thistoire, on ne saurait la considérer comme un espace vide et un terrain de libre parcours. Au contraire, dans toute cette région que le Taurus coupe en deux parties inégales sans interrompre cependant les communications, on relève aujourd'hui les vestiges d'une culture qui a eu son indépendance et son originalité. Partout là, dans la vallée de TOronte comme sur le plateau central de l'Asie Mineure, on signale les monuments d'un art qui, tout en ayant certains rapports avec celui de la Mésopotamie, s'en distingue pourtant par des traits qui lui sont propres ; sur ces monuments sont gravés des textes, parfois assez longs, où l'on reconnaît une écriture idéographique qui n'est ni celle de l'Egypte ni celle de la Chaldée. Ce système de signes semble avoir été en usage d'un bout à l'autre du territoire compris entre la rive gauche du cours moyen de l'Euphrate et les embouchures de THermos et du Méandre ; il y a lieu de croire que l'emploi s'en est perpétué, à l'est et à l'ouest du Taurus, jusqu'au jour où l'alphabet phénicien l'a fait tomber en désuétude. Symboles religieux, costume, armes, tout a un aspect très particulier dans les bas-reliefs qui accompagnent ces inscriptions ; plusieurs de ces sculptures laissent deviner des cultes et des rites d'un caractère étrange et spécial, dont le mystère pique la curiosité. Il y a donc eu là des peuples qui ne se sont certainement pas contentés de remplir, pendant un millier d'années, la fonction subalterne de convoyeurs et d'agents de transmission; ils ont marqué au coin de leur propre génie, de leurs pensées et de leurs mœurs les éléments qu'ils ont pu tirer de l'Egypte et de la Chaldée; ces éléments, ils les ont élaborés et transformés dans une certaine mesure; leur œuvre a comporté une part d'effort personnel et d'invention heureuse.

La question, une question qui s'impose aux méditations de l'historien, c'est de savoir où s'est surtout produit cet effort et laquelle, de toutes ces nations interposées entre Babylone et Milet, a eu l'esprit le plus inventif et mérite ainsi le mieux de donner son nom à cette civilisation secondaire dont nous allons essayer de classer et de décrire les monuments. Avant de nous engager dans cette étude, nous devons

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LES DECOUVERTES REGENTES. 487

appeler raltention sur les découvertes récentes qui nous paraissent de nature à suggérer une solution vraisemblable de cet obscur problème ; nous y insisterons d'autant plus volontiers, que jusqu'à présent on ne paraît pas en avoir saisi, du moins en France, tout l'intérêt et toute l'importance .

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