‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 281 sur 381 · LES DECOUVERTES RÉGENTES · texte numérisé non relu

LES DECOUVERTES RÉGENTES

s'occupait de tout disposer pour en obtenir un moulage, on apprit que la pierre n'existait plus : elle avait été détruite par les musulmans.

Il y avait tout lieu de redouter, à Hamath, quelque accident de ce genre; Topinion y était très opposée à toute mesure qui aurait livré aux étrangers les pierres en question. Depuis qu'on les voyait si étudiées et si convoitées, on avait fini par les regarder comme des espèces de talismans; peut-être les signes bizarres dont elles étaient couvertes indiquaient-ils des trésors qu'il ne fallait pas abandonner à des mécréants. Ce fut alors que se présenta une occasion dont sut tirer parti M. William Wright, l'auteur d'un livre auquel, dans la suite de ces pages, nous ferons de nombreux emprunts*.

Attaché à la Société anglaise des missions, M. Wright habitait alors Damas, qui sert de résidence au vali ou gouverneur général de la Syrie. Ce poste était occupé, vers la fin de l'année 1872, par Subhi-Pacha, et celui-ci. Grec d'origine, se trouvait être, par le plus grand des hasards, à la fois un très honnête homme et un esprit très ouvert. Possesseur d'un beau cabinet de médailles et de pierres gravées qui a depuis été vendu à Londres, il était entré en relations, à ce propos, avec plusieurs savants de l'Occident; il comprenait la valeur des documents lapidaires; il avait une idée des services qu'ils rendent à l'histoire. Ce fut ce qui décida M. Wright et le consul anglais, M. W. Kirby Green, à accepter l'offre que leur fit le pacha de l'accompagner dans une tournée qu'il entreprenait à travers sa province . On devait s'arrêter à Hamath ; les deux Européens comptaient profiter du séjour que l'on ferait dans celte ville. Leurs espérances se réalisèrent; après avoir réussi, non sans peine, à découvrir l'emplacement de toutes les pierres qu'avaient signalées les voyageurs précédents, ils obtinrent du ^'âf/^ qu'elles fussent retirées des bâtiments où elles étaient engagées, pour être portées au sérail ou palais du gouverneur; mais la population turque paraissait prête à se soulever pour empêcher ce rapt, et, après même qu'il fut accompli, tout ce qu'il y avait dans Hamath de turbans verts et blancs, de prétendus descendants du Prophète et de hadjis^ à! ulémas influents, fît une dernière démarche auprès du pacha pour obtenir la restitution de ces blocs de basalte que l'on ne pouvait se résigner à voir sortir de la ville. Il faut lire ce récit dans l'ouvrage de M. Wright; c'est tout

\. w. Wright, The empire of the Hittites, with deciphernient of hittite inscriptions, hy prof. A. H. Sayce, a inap, by cqI. sir Charles Wiison, and a complète set of hittite inscriptions, revised by M. W. H. Rylands. 2* édition, Londres, Nisbet and C^, 1886, i vol. in-8®, 1X1111-2*6 pages et 27 planches.

TOilE IV. (i2

Googl(

490 LES HETEENS.

un drame qui finit par tourner en comédie ; on y verra par quel habile mélange de fermeté et d adresse Subhi parvint à éviter Témeutequi fut, pendant deux jours, sur le point d'éclater el où auraient certainement péri ces vénérables restes d'un passé si lointain ; l'auteur raconte avec agrément les émotions par lesquelles il passa tant que l'agitation ne fut pas apaisée et qu'il eut à craindre pour le sort des inscriptions. Aujourd'hui les cinq textes qui forment le groupe le plus important des monuments de cette étrange épigraphie sont déposés à Constantinople au musée de Tchinili-kiosk *; mais, avant de les laisser partir, M. Wright avait pris une précaution utile. Plus d'une antiquité qui, de Cypre ou d'ailleurs, avait été embarquée pour le musée impérial, n'était jamais arrivée à destination ; elle s'était égarée en route. M. Wright, à tout hasard, avait donc fait de toutes les inscriptions un double moulage en plâtre qu'il avait expédié en Angleterre ; quoi qu'il arrivât désormais, les savants de l'Europe avaient entre les mains des fac-similés qui valaient les originaux *.

L'inscription du même genre que l'on avait signalée à .Alep n'eut pas la même chance : elle fut anéantie, comme nous l'avons raconté, en 1873. Au moins les médiocres copies que l'on en possédait suffisaient-elles à prouver que ce n'était pas seulement à Hamath qu'il fallait chercher les monuments de cette écriture ^ Bientôt après on les retrouvait plus à l'est, sur la frontière même de la Mésopotamie. En 1874 et 1875, M. Skene, consul de la Grande-Bretagne à Alep, visitait des ruines situées sur la rive droite de l'Euphrate, à six heures de marche en aval du village de Biredjik, qui figure sur les cartes. Ces ruines avaient été vues et décrites par Maundrell et Pococke; plus récemment, d'autres voyageurs les avaient aperçues, mais on n'avait pas devirïé ce que cachait le nom sous lequel les désignent les Arabes, celui de Kalaat Djerablus^^ ou « forteresse de Djerablus ». Djerablus est, vraisemblablement, une corruption du grec Hiérapolis, la ville sainte, qui eut, à l'époque romaine , un des temples d'Astarté les plus célè-

{. Voir Sal5mon Reinach, Catalogue du musée impérial d'antiquités, 1882, p. 83.

2. De ces deux séries de moulages, i*une fut placée au Musée Britannique, et Tautre donnée au Palestine exploration fund. C'est d'après ces épreuves que M. Wright a reproduit ces monuments dans les planches i-iv de son livre.

3. Ces copies ont été reproduites dans les planches v, vi et vu de l'ouvrage de M. Wright.

4. Kalaat Djerablus pourrait se traduire par la fwteresse de Hiérapolis. U est possible qu'à l'époque romaine il y ait eu là une lête de pont fortiQée, un château sur l'Euphrate qui couvrait le grand sanctuaire syrien contre les tentatives de passage et les incursions des Parthcs, puis des Sassanides, maîtres de l'autre rive du fleuve.

Googl(

Page 1