‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 280 sur 381 · LKS DÉCOUVERTES RÉCENTES DANS LA SYRIE SEPTENTRIONALE · texte numérisé non relu

LKS DÉCOUVERTES RÉCENTES DANS LA SYRIE SEPTENTRIONALE

En 1812, le célèbre voyageur Burckhardt, au moment où il apprenait l'arabe en Syrie pour se préparer à visiter la Mecque sous le costume du pèlerin musulman, passa par la ville de Hamath sur TOronte, que Ton appelle aujourd'hui Hamah; il y vit, il signale une pierre encastrée à l'angle d'une maison, dans l'un des bazars, et couverte de figures et de signes divers ; dans ces images il reconnut des hiéroglyphes, mais des hiéroglyphes différents de ceux de l'Egypte*. La relation de Burckhardt fut lue de quiconque s'intéressait à la Syrie et voulait en connaître soit l'ancienne histoire, soit l'état actuel. Les voyageurs qui parcoururent après lui ce pays rendirent hommage à leur devancier, à ses dons d'attentif et sagace observateur, à sa parfaite véracité; personne cependant, parmi ceux mêmes qui prétendirent entreprendre l'exploration méthodique de cette contrée, ne fit attention à ce passage et n'essaya de retrouver le monument. Il y a quelques années, on lisait encore dans les meilleurs Guides qu'il n'y avait pas d'antiquités à Hamath^.

Ce fut seulement en 1870 que, passant par Hamath, deux Américains, M. J. Augustus Johnson, alors consul général des États-Unis à Damas, et un missionnaire protestant, IVÎ. S. Jessup, entendirent parler dans cette ville, non seulement de la pierre qu'avait aperçue Burckhardt, mais encore de plusieurs autres inscriptions du même genre. Ils tentèrent d'en prendre des estampages, mais ils ne purent y réussir. Nulle part les mahométans ne sont plus fanatiques et plus bornés que dans cette partie de la Syrie ; la foule s'amassa, menaçante, autour des étrangers ; elle leur aurait fait un mauvais parti s'ils ne s'étaient décidés à plier bagage et à vider la place. Le consul n'osa pas répéter l'épreuve ;, il s'entendit avec un barbouilleur arabe, qu'il appelle, peut-être un peu pompeusement, un mintre indigène^ et celui-ci, bien payé, s'appliqua

i. Burckhardt, Travels in Syria, p. 146.

2. Uandbook de Murray pour Ja Syrie, édition de i868, t. H, p. 588.

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488 LES HETEENS.

de son mieux, une fois la première émotion apaisée, à dessiner des copies de tous ces textes, copies qu'il expédia bientôt à Damas. En 1871, dans le premier numéro du recueil édité par la société qui s'était fondée en Amérique pour l'exploration de la Palestine, M. Johnson publiait un fac-similé de Tune de ces inscriptions*. La copie était très imparfaite ; mais elle excita une vive curiosité ; elle eut cet heureux effet de provoquer d'autres tentatives qui devaient, à bref délai, être enfin couronnées de succès.

Dès l'année suivante, la puissante société anglaise qui est connue sous le nom de Palestine exploration fund envoyait tout exprès à Hamath un des hommes qui connaissaient le mieux ce pays et ses habitants, M. Drake, l'auteur du curieux livre intitulé la Syrie inexplorée^. Drake savait manier les Arabes; à force d'adresse, il réussit à photographier et à estamper le plus important de ces textes; mais le bruit s'en répandit en ville, et, devant l'émeute qui grondait, il dut renoncer à en faire autant pour les autres pierres. Le capitaine Burton, alors consul d'Angleterre à Damas, fit une nouvelle tentative; il réussit à voir tous les monuments et à en relever avec précision la place et les dimensions ; mais il fut obligé de s'en tenir à des calques faits par un chrétien de cette ville et, en les publiant dans la Syrie inexplorée, il avertissait que par endroits la fantaisie du copiste s'était donné libre carrière. Burton avait voulu acheter une des pierres; on lui en avait demandé 2000 francs. Il ne s'était pas décidé; quelque temps après, à de nouvelles offres les propriétaires répondaient en annonçant des prétentions encore plus exagérées. La spéculation s'en mêlait; des brocanteurs levantins se portaient acquéreurs, avec l'idée de revendre ensuite aux musées de l'Europe. On pouvait craindre que les convoitises ainsi éveillées et surexcitées ne fussent fatales à ces monuments que les siècles avaient épargnés. Ne venait-on pas de voir, à l'autre bout de la Syrie, les Arabes du pays de Moab briser, en se la disputant, la fameuse stèle de Mésa? Peut-être encore quelques violents prendraientils le parti de marteler ces pierres maudites, de les réduire en poussière; ne serait-ce pas le meilleur moyen de désappointer les Frenghis, ces infidèles que Dieu confonde? C'est ce qui est arrivé à Alep; en 1872, .Drake et Smith y avaient copié une belle inscription du même type, gravée sur une dalle de basalte; l'année suivante, au moment où l'on

\ . First quarterly statement of Ihc Amencan Palestine exploration society, 2. Unexplored Syria, by Richard F. Burton and Charles F. Tyrwhilt Drake, 2 vol. in-8S Londres, 4872.

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