‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 288 sur 381 · Isaïe, x · texte numérisé non relu

Isaïe, x

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514 LES HETEENS.

sachions le nom; avec lui elles bannis qui le suivent sur les chemins de Texil, les Hétéens disparaissent de Thistoire.

Le peuple énergique et vaillant dont s'achevèrent ainsi les destinées est-il Tinventeur du système de signes dont les monuments ont été retrouvés pour la première fois au cœur de son territoire, à Hamath? On ne saurait le démontrer, mais il est difficile de ne pas le croire. Point de voie par laquelle on puisse avoir quelque chance de remonter au delà de celte race qui, vers le xv* ou le xvi* siècle, forme déjà, dans le nord de la Syrie, une masse assez compacte et assez fortement constituée pour tenir en échec tout Tefifort de la valeur et de la discipline égyptiennes. Pour réussir dans celle entreprise, pour réunir en un seul faisceau, contre les conquérants thébains, toutes les forces de TAsie occidentale, celte nation devait avoir les ressources d'esprit que suppose une création comme celle qu'on lui a attribuée. Dans cettecontrée, versle temps où commence à blanchir la première aube de Thistoire, pourrait-on indiquer un autre peuple qui ail joué un rôle comparable à celui des maîtres de Cadech et de Gargamich?ll y adonc,en faveur des Hétéens, présomption et possession d'état.

Nous savons d'ailleurs, par les documents égyptiens, que les Khili faisaient usage de l'écriture; comme les pharaons, leurs princes avaient des scribes royaux, une chancellerie qui les suivait en campagne. Parmi les personnes de distinction que les Khiti perdent dans la bataille de Kadech, avec l'écuyer de Khitisar et le chef de ses eunuques, il y a Khalepsar, « l'écrivain des livres », comme on traduit le titre que lui donne la relation égyptienne; c'était sans doute l'annaliste officiel chargé de transmettre à la postérité le récit des exploits de son souverain *. Quinze ans plus tard; un successeur de Khalepsar rédige la minute du traité qui devait établir une paix durable entre Khitisar et Ramsès. Les clauses en avaient été discutées et arrêtées entre les représentants des deux souverains; une ambassade hétéenne vient en Egypte le faire ratifier par Ramsès et elle lui en ofifre un exemplaire gravé sur une plaque d'argent; dans la copie qui existe àKarnak, cette plaque est

i. On trouvera la figure de Klialepsar, avec rinscription qui indique sa fonction, dans la planche 165 do Leipsius, DenkfnwleVj partie III. Elle est vers le milieu, au-dessus du registre inférieur, sous le ventre du cheval de Ramsès.

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figurée sous la forme d'une stèle oblongue avec anneau à sa partie supérieure (fig. 261). Il n'est pas dit en termes exprès, mais il résulte clairement de tout le contexte que le projet de convention soumis àRamsès parles envoyés du roi de Cadech était écrit dans la langue des Hétéens et avec leurs caractères. Voici qui indique bien que ce document, œuvre d'une main éti'angère, offrait un aspect tout particulier, qui avait frappé les Égyptiens. A la suite des stipulations que nous avons résumées, il y avait dans la rédaction égyptienne une courte description des images qui ornaient l'instrument diplomatique expédié de Cadech; toute cette partie dé l'inscription a beaucoup souffert; on y lit pourtant encore ces mots : « Au sommet de la tablette d'argent, il y a d'abord, d'un côté, une figure à la ressemblance de Soutekh, qui tient embrassée la figure du grand prince Khiti. » Quel coup de partie ce serait de retrouver un jour en Egypte, dans ce sol qui conserve tout ce que n'a pas détruit la main violente et brutale de l'homme, la feuille même de métal où le burin du scribe hétéen avait gravé, au-dessous des ||

images de son roi et de son dieu, les clauses de l'alliance projetée! Les différences ne pourraient être que dans les di7tra^itV ^ protocoles, qu'il serait facile de distinguer et d'isoler; quant aux dispositions du traité, elles seraient pareilles dans les deux documents et s'y suivraient dans le même ordre. On aurait ainsi une véritable inscription bilingue, où le texte égyptien jouerait le rôle que le texte grec joue sur la fameuse pierre de Rosette.

C'est peut-être trop demander, et cependant n'a-t-on pas recueilli en Assyrie, dans les fondations du palais de Sargon, des lames d'or et d'argent, aujourd'hui déposées au Louvre, sur lesquelles a été gravée en caractères très fins une longue formule de coifsécration*?Si l'Egypte doit nous faire un jour cette surprise, la justice voudrait que M. Sayce pût en profiter; il mériterait d'être le ChampoUion de la langue et de l'écriture hétéenne. Déjà il a fait les premiers pas dans le déchiffrement : c'est grâce à une inscription bilingue ; mais celle-ci est trop courte pour permettre d'aller bien loin; en voici la curieuse histoire.

Il y a environ vingt ans, on offrit au Musée Britannique une plaque d'argent dont la forme et la dimension étaient à peu près celles de la moitié d'une peau de toute petite orange (fig. 262) *. Sur la face concave, au centre, un guerrier debout, armé de la lance, et, des deux côtés de cette figure, des signes où il est difficile de ne pas voir ceux d'une écriture

\. Place, mnive et V Assyrie, t. II, pp. 303-306, et t. HI, pi. 77. 2. Le diamètre de la plaque est de 0™,04o.

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jusqu'alors inconnue. Le tout, image et signes, gravé à la pointe, était encadré par un anneau circulaire ; dans la bande qui séparait cet anneau du bord de la plaque, des caractères cunéiformes. L'étrangeté du monument le rendit suspect : on refusa d'acheter; mais, à tout hasard, M. Ready, l'habile directeur des ateliers de moulage et de réparation, prit une empreinte par la galvanoplastie.

Cette empreinte dormait oubliée dans un tiroir, quand, il y a cinq ou six ans, M. Sayce vit ce monument mentionné dans un mémoire du docteur A.-D. Mordtmann ; celui-ci avait cru reconnaître dans les caractères cunéiformes du pourtour les éléments de l'alphabet des inscriptions de Van. Ce qui frappa M. Sayce, ce fut la description du personnage représenté dans le compartiment central et des signes qui l'entouraient ; il y devina une figure qui ressemblait aux images sculptées sur les rochers de la Cappadoce et des signes appartenant à l'écriture dite hamathéenne, et sa joie fut grande quand il se fut procuré un dessin de la plaque qui confirmait ses conjectures; mais où était l'original? En existait-il des reproductions? Une lettre, adressée à XAcademy, posait la question; les réponses ne se firent pas attendre. Bientôt un des conservateurs du Musée, M. Barclay Head, racontait comment l'objet avait failli y entrer et en envoyait une empreinte; puis c'était M. François Lenormant, qui en expédiait une autre. 11 l'avait prise lui-même à Constantinople, où, vers 1860, il avait vu la plaque dans le riche cabinet de M. Alexandre lovanof, qui l'avait achetée à Smyrne. Depuis lors cette collection a été dispersée et l'original a disparu; mais les deux moulages, exactement pareils, peuvent le remplacer.

On s'est prévalu de cette disparition pour contester l'authenticité de l'objet ; mais le doute n'est vraiment pas justifié. En 1860, un faussaire, quelque ingénieux qu'on le suppose, n'aurait pas eu l'idée de créer le type du guerrier qui occupe le centre de la bosse ; l'attention n'avait pas été appelée sur ce genre de figures, sur les détails de costume et de pose qui les caractérisent; surtout il lui eût été impossible d'imaginer les signes qui entourent ce personnage^ On avait déjà fabriqué de fausses inscriptions cunéiformes ; mais personne ne soup-

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