‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 287 sur 381 · Le lac de Cadech, d'après Condor · texte numérisé non relu

Le lac de Cadech, d'après Condor

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rieux les Khiti, montés pour la plupart trois par trois, sur des chars de guerre ; le roi s'empare d'un grand nombre de prisonniers et recueille un riche butin. La légende qui accompagne le tableau porte ces mois : « Voici la race perverse des Khiti; Sa Majesté en a fait un grand massacre. »

Malgré ces vanteries officielles, malgré les épithètes méprisantes que la chancellerie thébaine ne cesse de prodiguer aux Khiti, les temps élaienl changés. Seti fut forcé de conclure avec le successeur de Sapalel, Môrousar, une alliance qui dura jusqu'à sa mort. Maîtres du Naharana, ou pays des deux fleuves, de TOronte et de TEuphrate, les Khili fermaient maintenant aux pharaons le chemin de la Mésopotamie ; la domination égyptienne, même sous les princes les plus heureux et les plus vaillants, ne s'étendait plus que jusqu'aux sources de l'Oronte, sur la Phénicie et sur la Palestine. C'est que la puissance des Khiti était alors à son apogée. Lorsqu'ils luttaient contre Toutmès, ils n'avaient pour alliées que des tribus syriennes ; lorsque, dans la quatrième année du règne de Ramsès II, la guerre s'est rallumée entre l'Egypte et les Khiti, ceux-ci se placent à la tête d'une grande confédération où l'on voit figurer, à côté des peuples syriens, des peuples qui appartiennent certainement à l'Asie Mineure, ceux deLé&a, lesLyciens,d'AA^rz7,lesCariens, de Masa^ les Mysiens, de Padasa (Pédasos en Troade), A'iliouna et de Dardana^ où l'on reconnaît les noms fameux d'Ilion et de Dardanos Ml y a là une différence qui a sa signification. Entre le règne de Toutmès et celui de Ramsès, les Khiti avaient dû, de manière ou d'autre, acquérir dans toute l'Asie Mineure une prédominance marquée. On ne saurait dire d'ailleurs s'il faut voir, dans tous ces auxiliaires asiatiques, des sujets ou même des vassaux de Khitisar, le nouveau roi de Cadecb. N'étaient-ce pas plusieurs des alliés volontaires qui accouraient de loin, attirés par l'appât du butin et l'espoir d'aller piller l'Egypte ?

Les confédérés avait 2500 chars de guerre; un d'entre eux, le prince de Khaloupou, aurait, à lui seul, mis 18000 hommes en ligne. Les historiographes égyptiens ont peut-être forcé les chiffres; il n'en reste pas moins vraisemblable que l'armée de la ligue était beaucoup plus nombreuse que celle de Ramsès; mais celle-ci était plus homogène et mieux exercée. La bataille dura deux jours; Ramsès

i. Tous ces noms onl élé lus et ces identiQcations proposées par M. de Bougé. M. Biaspero, dans la quatrième édition de son Histoire ancienne des peuples de V Orient, i88(, déclare (p. 221, n® {) qu'il ne voit aucune raison de rien changer aux lectures de son maître.

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avait d'abord été enveloppé; il faillit être pris; mais, le second soir, ses adversaires étaient en pleine déroute. Nul doute qu'il n'ait donné l'exemple et chargé dans la mêlée à la tête de sa garde ; on ne saurait cependant prendre à la lettre la merveilleuse prouesse que le poète de cour attribue à son roi quand il le montre « s'élançant dans les rangs des Khiti pervers, seul de sa personne, aucun autre n'étant avec lui », puis environné par des milliers de chars (fîg. 259), protégé par Âmmon, qui détourne de lui les traits, et enfin chassant devant lui la foule effarée des vaincus.

Le lendemain, Khitisar demandait la paix; mais ce ne fut qu'une courte trêve : bientôt toute la Syrie se soulevait derrière le vainqueur et la lutte continua, pendant quinze ans, jusqu'au moment où les rivaux, épuisés, se décidèrent à poser les armes. On a le texte authentique du traité; mais il est, par malheur, mutilé dans certaines parties. ChampoUion l'a trouvé à Karnak, gravé sur une grande stèle. Il est daté de la vingt-cinquième année du règne. La convention stipule une paix éternelle; égalité et réciprocité parfaite entre les deux peuples, alliance offensive et défensive, extradition des criminels et des transfuges, telles sont les conditions principales de cet acte international, que l'on peut considérer jusqu'à présent comme le plus ancien monument de la diplomatie ^

Une alliance de famille vint bientôt resserrer ces liens d'amitié. Ramsès épousa la fille aînée du prince de Khiti, et un peu plus tard, en l'an 33, invita son beau-père à visiter la vallée du Nil ; à l'occasion de ce voyage, on érigea à Thèbes une stèle où le prince syrien est représenté en compagnie de sa fille et de son gendre (fig. 260). Ce ne fut pas sans un étonnement mêlé de reconnaissance que l'Egypte vit ses ennemis les plus acharnés devenir ses alliés les plus fidèles, « et les peuples de Klmit n'avoir plus qu'un seul cœur avec les princes de Khiti, ce qui n'était pas arrivé depuis le temps du dieu Râ ». Sous Ménephtah, l'entente se maintient; mais bientôt ses successeurs, faibles souverains sans prestige, évacuèrent la Syrie ou du moins n'en gardèrent que les districts méridionaux.

L'Egypte était réduite à la défensive. Une confédération nouvelle s'était formée, où dominaient des tribus qui venaient du fond de l'Asie Mineure; il ne parait pas que les Khiti, cette fois, en fussent les chefs:

i . On trouvera la traduction complète de ce traité, par M. de Bougé, à la suite de l'ouvrage d'Egger, intitulé : Études historiques sur les traités publics chez les Grecs et les Romains, 1886, in-8'», pp. 243-252.

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510 LES HETEENS.

mais, de gré ou de force, ils avaient suivi le flot; tous ces peuples se ruaient sur la riche proie qui leur semblait promise. Ce fut sur la frontière même, près de Péluse, que Ramsès III, le dernier des grands souverains de l'Egypte, attendit l'ennemi ; la civilisation et la discipline triomphèrent encore de la barbarie ; les envahisseurs furent repoussés. Ramsès rentra vainqueur en Syrie; mais, menacé, à l'ouest du Delta, par les Libyens, il n'alla pas chercher vengeance sous les murs de Cadech. Il lui suffît, ainsi qu'aux derniers Ramessides, de garder dans sa dépendance les Philistins et les Phéniciens. Dès lors l'Egypte, vieillie et fatiguée, cesse, pour plusieurs siècles, de s'intéresser aux événements qui s'accomplissent derrière les monts de la Judée.

Il semblait que cette abdication de l'Egypte laissât le champ libre aux Khiti; s'ils n'en profitèrent pas pour conquérir toute la Syrie, c'est que, juste vers le temps où TÉgypte se repliait sur elle-même, l'Assyrie grandissait et commençait à rêver de conquête. C'était de l'est désormais que viendrait le péril. Cadech n'était plus menacée; c'était Gargamich qu'il faudrait défendre, Gargamich qui commandait le meilleur gué de l'Euphrate. Dès qu'ils tourneraient leurs regards vers l'occident, les rois de Calach et de Ninive ne pouvaient manquer de convoiter une position qui présentait de tels avantages.

Dès la fin du xii" siècle, Teglathphalasar V franchissait le fleuve et traversait la Syrie septentrionale; il atteignait, auprès d'Arad, la Méditerranée. Avait-il occupé , avait-il tourné Gargamich? On l'ignore , toujours est-il que son petit-fils fut battu près de cette place parles Khiti. Près de deux siècles s'écoulèrent sans que ceux-ci fussent inquiétés de nouveau; mais, vers 877, Assournazirpal envahit les districts entre l'Euphrate et rOronte. Les Khiti n'obéissaient plus alors, comme du temps des guerres contre l'Egypte, à un chef unique; la sécurité rétablie avait favorisé le morcellement. Le péril commun ne suffit pas à resserrer des liens qui s'étaient trop relâchés. Le roi de Gargamich, Sangar, ouvrit les portes de sa forteresse; la plupart des autres chefs l'imitèrent; ceux qui tentèrent de résister furent écrasés. Ainsi découverte, la Phénicie tout entière se soumit au conquérant. Salmanasar III consolida le pouvoir que son père avait déjà exercé sur cette région. La seule résistance fut celle que lui opposa Benhadad, le roi de Damas, à la tête d'une coalition où figuraient les Juifs de Samarie, des contingents arabes et des mercenaires égyptiens; les dix mille fantassins de Hamathque mentionnent les récits assyriens devaient être des Khiti. La bataille eut lieu près de cette dernière ville; Salmanasar fut vainqueur (854). Pourtant plus

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d'un siècle s'écoula encore avant que Damas fût pris et son peuple dé-^ porté en Mésopotamie.

Bien avant la chute de ce dernier boulevard de la Syrie, ce qui restait encore des Khiti avait perdu toute importance. Les prophètes juifs font allusion à rabaissement de « Hamath la Grande », comme ils l'appellent; Pisiris, prince de Gargamich, est inscrit sur la liste des tributaires, sous Teglathphalasar 11. Quand il y eut à Ninive un changement de dynastie, Pisiris crut le moment favorable pour reconquérir son indépendance ; mais il avait compté sans le nouveau roi, Sargon, qui, accouru aussitôt, entra dans la ville et la pilla, chargea Pisiris de chaînes et transporta ses sujets au delà de TEuphrate ; il les remplaça par des Assyriens (717).

Le bruit de la chute de Gargamich retentitjusqu'en Judée. Isaïe exalte les triomphes de l'Assyrien, « qui est la verge du Seigneur. N'en a-t-il pas été, s'écrie-t-il, de Calno comme de Gargamich? N'en a-t-il pas été de Hamath comme d'Arpad? N'en a-l-il pas été de Samarie comme de Damas ^ ? »

Gargamich ne périt pourtant pas ; grâce aux avantages de sa situation, elle eut bientôt repris son antique opulence. Incorporée h un grand empire, elle devint plus que jamais l'entrepôt principal de tout le commerce entre les pays riverains de la Méditerranée et l'Asie au delà de l'Euphrate ; sa mine, le maneh de Gargamich, était, dans toute l'Asie antérieure, l'étalon de poids le plus usité; mais le peuple qui avait fondé cette ville et qui l'avait si longtemps occupée n'est plus pour rien dans cette prospérité. Pisiris est le dernier fils de la race de Het dont nous

260. — Le roi Khitisar. Lepsius, Denkmuler, partie III, pi. clxlvi.

L Amos, VI, 2.

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