‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 3 sur 381 · Polybe, III, xxiii · texte numérisé non relu

Polybe, III, xxiii

3. L'occasion qui servit de prétexte aux Romains pour s'emparer de la Sardaigne ne fut pas une insurrection des tribus indigènes, mais une révolte de l'armée de mercenaires que les Carthaginois entretenaient en Sardaigne (Polybe, I, lxxix). C'est seulement quand ils voient cette force désunie et débandée que les indigènes se soulèvent et rejettent en Italie ces mercenaires. L'Ile est alors livrée à l'anarchie, et les Romains y interviennent, appelés peut-être aussi par les colons phéniciens, pour y rétablir l'ordre, pour y défendre les viUes menacées.

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ment à rinfluence de celte civilisation supérieure qui les enveloppait de toutes parts.

Lorsque de quelque temps il n'y avait pas eu de bagarre sur les limites des possessions phéniciennes, lorsque Ton ne s'était pas tout récemment dérobé d'esclaves ou de bestiaux, les montagnards, vêtus de ces capes en peau de chèvre qu'ils portent encore aujourd'hui, descendaient faire leurs provisions dans les villes du littoral ; ils y apportaient leur lait et leurs fromages, leurs cuirs et leurs laines ; ils en rapportaient certaines matières dont l'homme ne sait plus se passer dès qu'il en a découvert les usages ; ils y achetaient quelques produits ouvrés et des instruments ; ils y apprenaient à se servir des outils les plus simples. Dans ces conditions, ils ne pouvaient demeurer de purs sauvages. Ce qui concourut encore à les dégourdir, comme on dit familièrement, ce fut le service militaire ; on nous signale des Sai'des, c'est-à-dire des gens de ces tribus, dans les armées carthaginoises* ; ils tenaient garnison en Afrique ; ils gueiroyaient en Espagne, en Italie, surtout en Sicile. Cantonné dans les casemates des épaisses murailles de Carthage ou d'Utique, le soldat étranger ne se mêlait guère à la vie de la cité. Quand il faisait campagne, il jouait le rôle d'un agent de trouble et de destruction au sein de ces sociétés à travers lesquelles le déchaînaient les ambitions de Carthage ; il n'y paraissait que pour promener le fer et la flamme dans les champs et dans les villes. Les luttes les plus acharnées ont cependant leurs répits, leurs trêves forcées. On ne pouvait courir ainsi le monde sans éprouver, un jour ou l'autre, le désir d'imiter ce que l'on voyait tout autour de soi, de s'approprier quelques-unes des ressources, quelques-uns des moyens d'expression dont disposaient les nations policées.

C'est par ces contacts et ces relations que s'expliquent des faits dont le caractère et la portée n'ont pas été bien saisis au premier moment. Dans l'intérieur de l'île, où les Phéniciens ne se sont jamais établis,

,\. Les Sardes sont mentionnés, parmi les peuples qui fournissaient des mercenaires à Carthage, dans un passage d'IlÉnoDOTE (vu, i6o), à propos de Ja campagne qui se termina par la bataille d'Himère (480), et par Dïodoue de Sicile (XIV, xcv, 1), quand il raconte les guerres de Carthage et de Denys TAncien (392). Slrabon fait aussi allusion au concours que les Sardes auraient prêté à Curthage dans ses guerres contre Rome (V, ii, 7). A propos du premier de ces textes, M. Pais montre bien que Ton a eu tort de vouloir chercher, dans les ilap^ovioi d'Hérodote, les Sordones, peuple de la Gaule méridionale; il fait d'ailleurs remarquer que, si les Sardes ne sont pas mentionnés plus souvent parmi les mercenaires que soldait Carthage, c'est peut-être qu'on les confondait avec les Libyens. On lira avec intérêt tout l'article de M. Pais, Sardi o Sanloni, qui ouvre le pi'emier volume de la seconde série du Bidlctlino archcologico aardo (1884).

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sur bien des points de ce pays montueux dont les Sardes , comme on les appelait, sont restés les seuls maîtres jusqu'au temps de Tempire romain, on a trouvé de très nombreux restes d'édifices parfois considérables par leur masse et par la place qu'ils occupent sur le terrain ; on a recueilli beaucoup de statuettes qui représentent des dieux, des hommes et des animaux; on a ramassé des armes, des instruments, des modèles de barques et d'autres objets en bronze, ainsi que des poteries. Comme on l'a reconnu tout d'abord, ces constructions, ces figurines, ces divers produits de l'industrie du métal et de la céramique se distinguent aisément des monuments de l'époque romaine qui se rencontrent aussi par groupes dans la même région. Procédés d'exécution et style, tout diffère.

En revanche, dans cette architecture, dans cette sculpture, dans ces ouvrages de tout genre, on a remarqué certaine traits, certains caractères qui rappellent à quelques égards l'art phénicien. Aussi, il y a quarante ans, un archéologue éminent, comme Gerhard, a pu, sans soulever de protestation, attribuer à la Phénicie ces toui*s d'une disposition très particulière que l'on appelle les NouraffheSj ainsi que les simulacres variés qui sont sortis des fouilles pratiquées sous leurs décombres ou dans leur voisinage*. C'est qu'alors on ne connaissait pas bien la civilisation phénicienne, pour ne pas l'avoir étudiée dans ses ruines les plus authentiques, dans celles que garde encore le sol de la Syrie. D'autre part, beaucoup des bronzes sardes que l'on faisait entrer en ligne de compte étaient l'œuvre de faussaires* (fig. 3).

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