‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 344 sur 381 · Barth, Rei^e von Trapezunt nach Scutari, p · texte numérisé non relu

Barth, Rei^e von Trapezunt nach Scutari, p

Googl(

plètement plié; le coude fait saillie en arrière du buste. A lasili-kaïa, la tunique courte dessine partout ce mouvement; à Euiuk, on le devine sous le manteau ou la chasuble (fig. 328). Ayant trouvé ce moyen commode de montrer à la fois les deux bras, Tartiste s'y est tenu ; il n'a pas pris la peine d'en chercher d'autre. Les prêtresses ont les cheveux pendants sur les épaules/ à Boghaz-keui (fig. 313) comme à Euiuk (fig. 328). La série des sculptures d'Euiuk étant incomplète et mal conservée, il est certains éléments du costume qui ne se rencontrent qu'à Boghaz-keui; c'est le cas pour la tiare haute et pointue dont sont coiffés la plupart des personnages, et pour l'épée courte à poignée semi-lunaire que les plus importants d'entre eux portent sur la hanche (pi. VIII, fig. 314, 321).

Ce qui achève de donner aux monuments de la Ptérie un cachet à part, c'est le caractère même du travail, c'est Tensemble du style. Dans les deux suites de bas-reliefs que nous venons d'étudier, l'exécution est plutôt rapide et sommaire que très appuyée et très ressentie; il ne semble pas que la musculature ait jamais été indiquée par d'aussi fermes accents que dans la sculpture assyrienne; mais, si le modelé est simpUfié, ce n'est pas, comme en Egypte, par raffinement et parti pris; ici, c'est plutôt ignorance et timidité. Comme l'art assyrien, celui-ci ne voit le corps qu'en gros, sous le vêtement; mais il en saisit assez bien la masse et les grandes lignes ; le mouvement général ne manque pas de justesse et de franchise. D'ailleurs pas de scènes de chasse et de combat, lacune qui tient peut-être, en partie, à la destination des édifices où se trouvent les bas-reliefs, mais qui s'explique aussi par l'inexpérience du sculpteur. Celui-ci ne parait pas s'être jamais hasardé, en Ptérie, à l'imitation des attitudes violentes et tourmentées; en revanche, là où il multiplie les personnages, il les groupe bien; il a le sentiment du rythme plastique. Parfois trapues, les proportions des figures sont presque toujours un peu lourdes; ce sont à peu près celles qu'a adoptées la sculpture chaldéo-assyrienne.

Si, à quelques lieues de distance, les sculptures de Boghaz-keui et celles d'Euiuk offrent assez de rapports pour qu'il y ait lieu de les rapprocher et de les considérer comme l'œuvre d'un même peuple et d'une même école, elles se distinguent pourtant par des nuances assez sensibles pour que l'on puisse affirmer qu'elles ne sont pas de la même main ni du même temps. La différence ne tient pas seulement à la matière; sans doute la pierre d'Euiuk, une sorte de granit, est plus difficile à travailler que le calcaire de Boghaz-keui; cependant certains

Googl(

bas-reliefs de la Syrie septentrionale, taillés dans des roches aussi dures, prouvent que cette difficulté n'était pas insurmontable, que Ton possédait les instruments nécessaires pour en triompher. La vérité, c'est que les ouvriers qui ont décoré Euiuk étaient moins habiles, que leur éducation était moins avancée. Leurs ouvrages sont d'une facture très inégale. Dans les béliers qui marchent à lautel, dans le taureau qui baisse le front pour frapper de la corne, la silhouette de Tanimal est rendue avec vérité, et même avec une certaine puissance (fig. 334, 339) ; cette dernière figure ne déparerait pas un bas-relief assyrien. Rien de plus gauche au contraire que certaines figures du cortège. Passe encore pour le prêtre et la prêtresse, quoique dans celle-ci le mouvement des bras soit d'une insigne maladresse (fig. 328); mais on ne peut rien imaginer de plus barbare que les musiciens et les bateleurs (fig. 331 et 332); on les dirait dessinés par un enfant, et par un enfant en bas âge. De cette série à celle des bas-reliefs de Boghaz-keui, il y a certainement un progrès; ceux-ci sont d'un faire plus aisé, plus correct et plus libre. Si, dans le bas-relief central de la grande cour, les animaux, qui ne jouent là qu'un rôle tout héraldique (pi. Vlll, E), sont dessinés avec une certaine négligence, les bustes de lion qui décorent le trône sont modelés d'une main ferme, quoique un peu lourde (fig. 297, 298), et les deux têtes qui ornent les portes de la ville (fig. 303) sont bien supérieures à la tête de ce lion qui, à Euiuk, dévore un bélier (fig. 341); mais c'est surtout dans le rendu de la figure humaine que se marque la différence. 11 y a sans doute à lasili-kaïa quelque chose de conventionnel dans la manière dont les corps sont représentés et dans la monotonie des attitudes ; mais si ce n'est pas encore l'œuvre d'un art complètement émancipé, ou ne rencontre plus ici cette naïveté grossière qui fait sourire en face de quelques-unes des images d'Euiuk. Certaines figures, comme le groupe du couloir et le colosse vers lequel il est tourné (fig. 320 et 321), ont déjà un commencement de beauté; l'artiste y a rendu sa pensée, l'idée qu'il se faisait de la majesté divine et de la dévotion sacerdotale, par une disposition et par des contours qui ne manquent pas de noblesse et de pureté.

Euiuk est donc, selon toute apparence, antérieur à Boghaz-keui. De combien d'années ou de combien de siècles, c'est ce qu'il n'est pas aisé de deviner. Nous serions pourtant porté à croire qu'un assez long temps s'est écoulé entre la construction des deux édifices. Le progrès accompli, de l'un à l'autre, suppose le travail continu de plusieurs générations; mais ce qui nous suggère surtout cette conjecture, c'est le fait

Googl(

qu'il n'y a plus trace à Boghaz-keui de cette influence égyptienne qui est si marquée à Euiuk. Depuis le règne de Ramsès lll, les populations de rÉgypte ne paraissent pas avoir eu de rapports avec TÉgypte, tandis que, dans les deux ou trois siècles précédents, elles avaient pris part aux expéditions qui avaient été dirigées contre ses frontières ; au cours de ces luttes, elles avaient eu plus d'une occasion d'entrevoir ses cités et leurs superbes édifices; en tout cas, elles avaient envahi et occupé par moments cette Syrie méridionale qui, depuis le temps de Séti T^ était devenue comme une annexe de l'Egypte et où les Pharaons avaient bâti des forteresses et des temples. A la suite des batailles et des traités, bien des Hétéens avaient été emmenés dans la vallée du Nil comme prisonniers, y avaient servi comme mercenaires ou l'avaient visitée comme ambassadeurs; ils n'avaient pu manquer d'être saisis d'admiration en face des splendeurs de son architecture. C'est sous cette impression toute récente que les princes syriens et cappadociens ont dû s'essayer à reproduire, dans la mesure des ressources dont ils disposaient, quelque chose de ces magnificences; le palais d'Euiuk, avec ses sphinx et son allée de lions, serait ainsi contemporain des Ramessides. A Boghaz-keui, au contraire, c'est plutôt l'influence de l'Assyrie qui se trahit à divers signes; il suffira de rappeler les terrasses qui s'étagent en avant du palais (fig. 294) et les taureaux mitres qui occupent dans la devanture des édicules la même place que dans les façades de Nimroud et de Khorsabad (fig. 314, 321). Quand l'Egypte, affaiblie par de longues guerres, eut évacué la Syrie pour vivre désormais à l'écart, enfermée dans ses limites naturelles, l'Assyrie ne s'empara pas aussitôt de la place qui restait vacante; ce fut seulement dans le cours du neuvième siècle qu'après bien des combats sanglants elle commença de faire sentir son ascendant au delà de l'Euphrate et même du Taurus. Ce serait alors, pendant la période qui s'étend de la formation du second empire assyrien au règne de Cyrus, qu'auraient été exécutés les bas-reliefs d'iasili-kaïa. Peut-être sont-ils moins anciens que le palais et que les remparts de la cité voisine; peut-être venaient-ils d'être terminés, quand Crésus ravagea la Ptérie et y fit le désert. Plus on les étudie et plus on a le sentiment qu'ils n'appartiennent pas à une époque très reculée; ils représentent l'effort le plus heureux qu'aient fait, dans le domaine de la plastique, les premières tribus civilisées qui ont habité l'Asie Mineure ; ils sont comme le dernier mot d'un art dont la vie indépendante et le développement allaient être arrêtés par la rapide croissance de l'art grec et par son prestige vainqueur, par la

Googl(

704 LES HETKENS.

propagande irrésistible de méthodes et de types qui finiraient par s'imposer même aux plus rebelles.

Nous avons défini Fart ptérien ou cappadocien, comme on voudra rappeler ; nous avons signalé les emprunts qu'il avait faits aux grandes civilisations de l'Asie antérieure ; mais surtout nous avons travaillé à mettre en lumière les éléments qui lui sont propres, ceux qu'il a tirés de son fonds ; nous avons dit par l'emploi de quelles formes et de quels symboles, par quels caractères de son style il se distingue de ses aînés, l'art égyptien et l'art assyrien, dans quelle mesure enfin il peut prétendre à l'originalité. Une dernière recherche, un dernier problème réclament notre attention : y a-t-il, en dehors de l'Asie Mineure, des monuments qui ressemblent plus à ceux de la Cappadoce que ceux-ci ne ressemblent aux monuments de l'Assyrie ? y en a-t-il que d'assez étroites et assez particulières analogies rattachent aux monuments de la Ptérie pour qu'on soit fondé à les croire les uns et les autres l'ouvrage d'un même peuple ? Cette comparaison jette-t-elle quelque jour sur l'origine des anciens habitants de ce district, de ceux qui ont bâti ces palais et isolé ces bas-reliefs, permet-elle de rattacher les Ptériens d'Hérodote à quelque groupe ethnique déjà connu, à l'une de ces nations qui se sont partagé les rôles, dans le monde antique, jusqu^au jour où les Grecs sont entrés en scène?

Le premier indice révélateur, le premier trait de ressemblance, c'est, de part et d'autre, l'emploi du même système de signes. Nous avons appelé l'attention sur un caractère que l'on voit souvent revenir dans les inscriptions de Hamath et qui, légèrement modifié, reparaît à lasilikaïa, dans le champ des bas-reliefs, auprès des figures* ; mais quand nous avons photographié et dessiné ces bas-reliefs, on ne soupçonnait pas encore l'existence de ces hiéroglyphes syro-cappadociens dont les moindres vestiges sont relevés aujourd'hui par les explorateurs avec une curiosité si diligente. Nous ne nous sommes donc pas appliqué, comme nous le ferions maintenant, à la recherche de toutes les traces qu'ils ont pu laisser sur les parois de cette enceinte; ce qui prouve l'intérêt des découvertes que l'on peut encore faire sur ce terrain, c'est un croquis que me communique M. Ramsay (fig. 348); devant une des figures du cortège de droite (pi. Vlll, F du plan), il a copié un groupe que^nous^avions bien vu (fig. 3H), mais dont nous n'avions pas bien compris la composition ; on y reconnaît, oulre l'ovale barré que nous

i. Histoire de l'Art, t. IV, p. 636.

Googl(

GAllAGTERES DES MONUMENTS DE LA PTÉRIE. 705

avons reproduit dans notre dessin, un autre des caractères qui reviennent le plus souvent dans les inscriptions de Hamath et de Gargamich, la tête d'âne ou de mulet (fig. 256)*. Si, d'ailleurs, à Boghaz-keui, dans le sanctuaire rupestre, cette écriture n'est représentée que par des hiéroglyphes isolés, il n'en était pas de même de l'autre côté du torrent, dans la ville dont ce temple n'était qu'une dépendance. Là, au sud des restes du palais, après avoir contourné une légère èminence du terrain, on aperçoit, touchant au sol par son bord inférieur, une large surface de rocher qui a été taillée en talus légèrement incliné et soigneusement aplani. La partie supérieure du roc est restée brute^. Dans le champ long de 6"°, 50 et haut de 1"\70, on compte dix bandes horizontales séparées par un trait en relief. Dans chacune de ces bandes, il y a des signes également en saillie ; ils sont hauts d'environ 0'", 15. Lorsque, après notre découverte, nous examinions les traces très confuses que ces signes, rongés par la pluie et par le vent, ont laissées sur le gros bloc de calcaire, nous nous demandions si nous avions là sous les yeux une page d'écriture ou une série de petites frises sculptées, des images d'hommes et d'animaux ou les lettres d'un alpha- ^*^- - Groupe

. . T » 1 d'hiéroglyphes,

bet qui nous était inconnu. L embarras que nous éprou- à lasiii-kaïa. vîons était bien celui que l'on ressentirait en présence d'un texte hétéen qui serait dans l'état où nous avions trouvé le monument de Boghaz-keui; par les exemples que nous avons donnés (fig. 254, 255, 256), on a vu combien ce système graphique renferme de figures qui sont des copies plus ou moins exactes d'êtres vivants ou d'objets ouvrés, armes et ustensiles divers. D'ailleurs, quoique

{. Sayce, The monuments of the Hittites, p. '250-209, a réuni tous les symboles que l'on distingue, d'après les planches de Texier et les nôtres, sur les parois d'Iasiii-kaïa ; il les rapproche des figures analogues que l'on rencontre dans les inscriptions de la Syrie. Il a raison de croire qu'un de ces groupes se trouve devant le personnage de droite de notre figure 311, contre sa main; par malheur, ne saisissant pas alors l'importance de ce détail, nous ne l'avons pas copié avec assez d'exactitude. Aujourd'hui que le moulage de ces bas- reliefs existe au Musée de Berlin, il y aurait une nouvelle étude à entreprendre pour relever tous les caractères dont quelque trace a pu se conserver dans le c^amp de la sculpture.

2. Exploration archéologique de la Galatie, p. 3o. On ne saurait compter, pour arriver à des résultats plus certains, sur un examen nouveau et plus approfondi du monument. Avec notre planche sous les yeux, on ne sera guère moins avancé que si l'on avait fait le voyage. LVpreuve photographique, prise par un soleil frisant qui faisait ressortir toutes les saillies, présente peut-être un aspect plus net que la face môme du rocher, toute couverte de taches et de moisissures.

TOIIK IV. 80

Googl(

70H LES HEÏKENS.

Fusiire de la surface ne permette pas ici de distinguer et de reconnaître un seul des signes, de l'identifier avec aucun de ceux qui sont connus par les monuments syriens, ce qui lève tous les doutes, c'est qu'ici, comme là-bas, rien n'est gravé en creux; tout est en relief, les signes et les barres parallèles qui servent à les aligner. Le parti pris, le procédé est le même; il en résulte que Taspect général, tout au moins à distance, rappelle celui de ces dalles où Ton cherche la main des scribes de Khitisar et de ses successeurs. C'est donc bien une inscription qui était là, dans le voisinage de la résidence royale, ciselée sur la face de Tun de ces rochers auxquels, de l'autre côté du torrent, on avait confié l'image des dieux nationaux ; l'écriture qui avait servi à rédiger ce document que nous ne lirons jamais ne devait guère différer de celle qui était en usage à Hamath et à Gargamich. Certains signes usitéà en Syrie ne se sont pas encore retrouvés dans les textes du même genre qui ont été recueillis en Asie Mineure: On pourrait expliquer cette différence par le petit nombre et par l'état de mutilation des monuments ; mais rien n'empêche d'admettre que cette écriture, comme celle qui est dérivée de l'alphabet phénicien, ait eu ses variétés locales. Malgré ces nuances toutes secondaires, les ressemblances restent assez frappantes, du bassin de l'Oronte à celui de l'Halys, pour ne pas exclure l'hypothèse d'une origine commune, d'une civilisation puisée aux mêmes sources et pourvue des mêmes moyens d'expression*.

Ce n'est d'ailleurs pas seulement par cette voie que l'on arrive à distinguer et, si l'on peut ainsi parler, à toucher du doigt le lien étroit

\. A Euiuk, dans les fragments jusqu'ici dégagés, pas d'hiéroglyphes appartenant au système hétéen. Les seules inscriptions que l'on ait recueillies à Euiuk sont écrites en caractères alphabétiques, analogues aux caractères des inscriptions phrygiennes (Ha- MiLTON, ResearcheSy t. I, p. 383; Ramsay, Historial relations, pi. UI, i3); elles sont probablement postérieures à la construction du palais et des derniers temps du royaume cappadocien, de la fln du septième siècle ou du commencement du sixième siècle. Il est vraisemblable que ce fut par l'intermédiaire des Grecs de Sinope qu'un alphabet dérivé de l'alphabet phénicien s'introduisit en Cappadoce et en Phrygie ; or Sinope, détruite par les Cimmériens en 670, ne fut rétablie et ne reprit ses relations avec les tribus de l'intérieur qu'en 630 (Ramsay, Historical relations, pp. 25-28). Dans la traduction française où sont résumées toutes les découvertes que M. Schiiemann a faites en Troade {Ilios, ville et pays des Ti^oyens, in-8<», Didot, iSSo), il y a une étude de M. Sayce intitulée Appendice II, les inscriptions trouvées à Hissarlik. Il y étudia tous les textes ou fragments de textes écrits avec ces alphabets qu'il appelle asianiques, alphabets qui lui paraissent contenir des éléments dérivés du système hétéen et, dans cette étude, il consacre quelques lignes à l'inscription trouvée par Hamilton à Euiuk ; il y retrouve quatre des lettres cypriotes et la traduit ainsi : « Rispu (fils) de Smaovos (suis) je. » Elle doit se lire, selon lui, de droite à gauche.

Googl(

de parenté qui rattache les Cappadociens ou, pour mieux dire, les Ptériens aux Hétéens du Naharana ; on obtient le même résultat en faisant porter la comparaison sur le costume et sur ses accessoires, sur les procédés, les conventions et les particularités de style qui caractérisent les deux arts. Nous avons signalé la chaussure à pointe re courbée et relevée en arrière comme propre aux Hétéens, comme Tun des traits singuliers de leur costume national*; or, cette chaussure, elle est partout en Cappadoce, et nulle part Tétrangeté de sa forme n'est plus accusée que dans certains monuments de cette région (fîg. 337), En Syrie comme en Cappadoce, le vêtement présente, d'un monument à Tautre, une certaine diversité; mais il n'est presque aucune de ces variétés de Thabit qui ne se rencontre à la fois dans les ouvrages de l'art syrien et de Tari cappadocien. C'est, de part et d'autre, la tunique courte, qui s'arrête au-dessus du genou (fîg. 269, 279, 282, pi. Vlll, passim; fîg. 331, 332, 335); c'est le manteau de coupe assyrienne, qui laisse à découvert la jambe de devant (fig. 262, 277, 279, pi. Vlll, D, E) ; c'est la robe longue et traînante qui enveloppe tout le corps et descend jusqu'aux pieds (fig. 269, 276, 278, 282, 314, 321, 328, 333). 11 en est de même pour la coiffure ; dans l'un comme dans l'autre des deux groupes de monuments que nous avons décrits, on trouve la tiare droite et pointue (fig. 269, 276, pi. Vlll, passim, 319, 320) ou la calotte ronde (fig. 262, 269, 282, 314, 321, 328). Que nous nous représentions les Khiti de l'Oronte d'après les bas-reliefs égyptiens ou d'après les œuvres trop rares de leurs artistes nationaux, ils ne se montrent jamais que comme des soldats armés à la légère. L'armure défensive, qui a fini par prendre tant d'importance chez les Assyriens, paraît être toujours restée des plus élémentaires, chez ce peuple qui pourtant était si belliqueux. Devant Cadech, les Khiti combattent tête nue (fig. 259 et 349); en Asie Mineure, alors même qu'ils sont figurés dans leur costume de guerre (fig. 352), ils ne portent ni bouclier, ni cuirasse, ni cnémides; leur tête n'est coiffée que du bonnet de feutre.

Nous avons remarqué, dans certaines figures d'Euiuk, cette longue mèche qui s'attache sur le sommet d'une tête rasée et qui tombe sur la nuque (fig. 336) ; parmi les barbares qui combattent avec les Khiti contre les Ramsès, autour de Cadech, il y en a qui sont représentés par le sculpteur égyptien avec la chevelure ainsi disposée ; d'autres ont le

i. Histùire de l'Art, t. IV, pp. 562-564.

Googl(

front rasé; les cheveux sont abondants et longs sur Tocciput (fig. 349j. Le vêtement féminin est, à peu de chose près, le même dans les stèles de Marach (fig. 280, 281) et dans le cortège de lanli-kaia (pi. VIII) ; c'est un ample peplos, qui a Taspect d'une robe et qui, serré autour du buste, tombe jusqu'aux chevilles; sur la tête, une tiare cylindrique, assez haute. Même observation au sujet du mobilier; en Syrie et en Cappadoce, c'est sur les mêmes sièges élevés, pourvus d'un marchepied,

que Ton assoit les déesses ffig. 280, 337). Là comme ici , ces déesses portent à leurs lèvres la même tasse et tiennent de l'autre une fleur (fig.

280,281, 337). Chez les deux peuples, c'est le lion qui est le motif favori du décorateur; dans la vallée du Pyramos comme dans le bassin de l'Iris et dans celui de l'Halys , on le dresse, la gueule ouverte , devant l'entrée des palais (fig. 275,340, 341, 342) ^ on attache son image au chambranle des portes de ville (fig. 301, 303); dans la demeure royale, il est l'ornement du trône (fig. 298), et, dans ces bas-reliefs qui représentent le monde idéal où habitent les dieux, il sert à ceux-ci de support et de vivant piédestal (fig. 313). A Saktchégheuksou^ le roi témoigne de sa vaillance en jetant au lion ses flèches redoutables (fig. 279). Le lion est partout dans cette sculpture hétéenne ; il semble que l'on entende sortir de toutes ces pierres, qui nous le montrent sous tant d'aspects différents, comme l'écho de son rugissement.

1. Voir aussi ce que nous disons des lions A\\.lhistnn ft. IV, p. Ti^rî).

. 349. — Deux combattants de l'armée des Khiti. Rosellini. Monumenti storici, pi. cm.

Ce qui ne frappe pas moins rarchéologue que cette exacte correspondance de maints détails, ce sont les rapports de facture; or, pour peu que Ton laisse à part quelques monuments syriens où Tinfluence assyrienne est plus sensible qu'ailleurs, rien ne se ressemble davantage que les stèles de Marach et les plaques d'Euiuk, que les bas-reliefs d'Iasili-kaïa et ceux de Sindjirli (lig. 269) et de Gargamich ; c'est de part et d'autre cette exécution rapide et très peu poussée que* nous avons tenté de définir à propos de la sculpture ptérienne ; c'est le même procédé abréviatif ; c'est la même tendance à l'atténuation du contour et à la suppression du modèle intérieur, tendance dont l'effet est de donner à toute cette sculpture, là même où elle reproduit des thèmes et des motifs empruntés à l'Assyrie, un caractère qui n'est pas celui de la sculpture assyrienne.

On pressent déjà la conclusion à laquelle nous conduisent les rapprochements que nous avons indiqués, les ressemblances que nous avons constatées : il y a un lien étroit de parenté entre ces Hétéens de la Syrie, dont nous avons pu restituer presque toute l'histoire à l'aide des documents orientaux, et ces premiers habitants de la Cappadoce qui ne nous sont connus que par quelques mots d'Hérodote et par les débris de leur plastique. Ces derniers, nous pouvons les appeler les Hétéens occidentaux; c'est une même nation, la nation syro-cappadocienne, que nous reconnaissons sur les deux versants du Taurus, nation dont une partie s'est fixée à l'est et au sud du Taurus et de l'Amanus, entre ces montagnes et l'Euphrate ou dans les vallées qui s'ouvrent sur la mer de Cilicie, tandis que d'autres groupes appartenant à la même race franchissaient les défilés ou les tournaient par le nord et allaient s'établir dans toute la moitié orientale du grand plateau de l'Asie Mineure, sur les hautes terres qui s'étendent entre les pentes occidentales du Taurus et la rive droite de l'Halys. Dans cette région, ces émigrants auraient surtout fortement occupé le pays montueux et facile à défendre qui sépare les sources de l'Iris du cours moyen de l'Halys, la Ptérie d'Hérodote ; c'est de là qu'ils seraient partis pour se répandre dans le reste de la péninsule. Aisément guéable sur bien des points, l'Halys ne forme pas un fossé assez profond pour avoir arrêté l'élan d'un peuple aventureux et guerrier; nous trouverons et il nous reste à relever, au delà de cette barrière, de nombreuses traces des expéditions que les Hétéens ont poussées vers l'ouest, au delà même des limites du plateau, et de l'ascendant que leurs cultes, leur écriture et leurs arts ont exercé, pendant un

Googl(

710 LES HETÉENS.

temps plus ou moins long, sur les tribus alors plus faibles et moins civilisées qui étaient répandues entre la rive gauche de THalys et les côtes de la mer Egée. C'est alors, mais alors seulement, que nous pourrons nous demander de quelle manière et pour quelle part ce peuple a contribué au progrès et au développement de la civilisation générale, ce qu'il a laissé de lui-même, comme intermédiaire ou comme inventeur, dans ce legs de la première et haute antiquité que la Grèce devait recevoir de ses devanciers pour le transmettre, agrandi et transformé, au monde moderne.

Googl(

Page 1