LES MONUMENTS DE L'ART HÉTÉEN DANS L'ASIE EN DEÇÀ DE L'HALYS
§ 1. — - PLAN DE l'Étude.
Les traces de leur passage et de leur civilisation que les llétéens ont laissées dans la région qui s'étend au nord du Taurus et de ce côté-ci de THalys sont de deux espèces : il y a des restes de constructions, des bas-reliefs dont les uns sont taillés dans le roc et les autres ciselés dans des dalles de pierre, des restes de statues modelées et d'inscriptions gravées dans cette même matière; il y a aussi les petits objets, tels que cachets en forme de cylindres ou de cônes, sceaux en argile, qui ont conservé l'empreinte de cachets perdus, figurines en bronze, bijoux. Les monuments de la première catégorie se retrouvent encore aujourd'hui dans l'endroit même où ils ont été exécutés; quant aux autres, on ignore la plupart du temps où ils ont été recueillis, et d'ailleurs, par leur nature même, ils étaient susceptibles d'être portés assez loin des lieux où ils avaient été fabriqués ; ils étaient faits pour voyager. Nous indiquerons d'abord les principaux de ces monuments que l'on peut appeler des monuments fixes ; leur présence sur un point donné atteste que le peuple auquel nous les attribuons a séjourné pendant un temps plus ou moins long dans le canton où se voient aujourd'hui ces débris. Quant à ces monuments mobiles dont la provenance reste toujours incertaine, il y a cependant lieu d'en tenir compte, quand ils reparaissent, quand ils se montrent souvent dans les mêmes parages ; nous ne saurions prétendre les reproduire tous, d'autant plus qu'il en est beaucoup dont le caractère reste assez douteux; nous ferons un choix, et nous ne présenterons ici que les plus intéressants de ces objets, ceux dont l'origine hétéenne nous paraîtra le mieux attestée, soit qu'on y distingue quelques-uns des signes que renferment les
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inscriptions de la Syrie septentrionale, soit que Ton y reconnaisse les types et les motifs que nous ont rendus les sculptures de la Ptérie.
LES MONUMENTS HETEENS DE LA l'HUYOlE.
Quelques-uns des monuments que nous avons à décrire se ti'ouvent dans les contrées que, vers la fin du second siècle avant notre ère, on commença d'appeler Galatie, après que les bandes galates, battues par les rois de Pergame, s*y furent établies. Nous n emploierons pas ici ce terme, qui appartient à une nomenclature très postérieure ; il n'en était pas question pendant le cours de cette période primitive, dont nous ne voulons pas dépasser ici les limites. Ce sera donc par le nom de Phrygie que nous désignerons tout le pays qui s'étend de la rive gauche de l'Halys jusqu'au cours moyen du Sangarius, de l'Hermus et du Méandre, jusque vers le rebord occidental du plateau de TAnatolie. Hérodote dit que l'Halys sépare les Cappadociens des Phrygiens*, et les plus anciennes traditions rattachaient à la vallée du Sangarius les vagues notions que les (îrecs avaient du royaume phrygien*; or c'est justement dans le bassin de ce fleuve que se trouvent les monuments qui seront décrits dans ce chapitre.
Ancyre, qui devait, à l'époque macédonienne, devenir la capitale de la Galatie, passait pour avoir été fondée par Midas, c'est-à-dire par les Phrygiens^; mais il est possible que, bien avant le temps où ces tribus thraces vinrent se répandre et s'établir dans la péninsule, on eût déjà occupé la haute colline isolée, si facile à fortifier et à défendre, qui porte encore aujourd'hui sa citadelle^. Ancyre a été sous les Romains et est restée jusqu'à nos jours une des villes les plus peuplées de l'Asie Mineure; les anciens matériaux y ont été bien des fois remployés; aussi n'avons-nous pas trouvé, dans la ville même, une pierre qui remonte au delà de ïa conquête romaine. Le seul monument qui appartienne à l'âge précédent est celui que nous avons eu le bonheur de découvrir dans le voisinage d'Ancyre (fîg. 350;. C'est un lion marchant. La dalle où il a été sculpté en bas-relief a servi, dans ces derniers temps, avec d'autres blocs antiques, à construire une fontaine, sur une
i . Hérodote, I, 72.