‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 354 sur 381 · Hérodote, H · texte numérisé non relu

Hérodote, H

Googl(

duit d'Éphèse à Phocée; Tautre, sur celui de Sardes à Smyrne. Elles représentent, Tune et Tautre, un homme de quatre coudées et demie de haut *, tenant de la main droite un javelot et de la gauche un arc : le reste de son équipement est de même en partie égyptien et en partie éthiopien. Sur la poitrine, d'une épauleà Tautre, est gravée une inscription en caractères sacrés de FÉgypte, conçue en ces termes : « J'ai conquis ce pays par la force de mes épaules. » Sésostris ne dit pourtant pas ici ni qui il est, ni de quel pays il est, tandis qu'il Ta indiqué ailleurs*. Quelques-uns de ceux qui ont examiné cette figure conjecturent qu'elle représente Memnon, mais ils sont fort éloignés de la vérité. »

On remarquera que l'origine égyptienne de ces figures ne paraît pas à Hérodote aussi certaine que celle des bas-reliefs accompagnés d'hiéroglyphes qu'il avait vus en Syrie; il en parle sur un autre ton; il se rend compte que l'aspect des monuments de l'Ionie n'est pas tout à fait le même que celui de ces stèles de la Palestine qu'il en rapproche; cependant l'idée qu'il se fait de la puissance et des conquêtes de Sésostris l'engage à écarter ces doutes. Il y a peut-être encore une autre raison de cette sorte d'embarras qu'il semble éprouver. Les stèles élevées en Syrie par les conquérants égyptiens, il les avait vues de ses propres yeux: c est ce qu'il atteste en termes formels; quant aux basreliefs voisins de Smyrne, il ne fait, je le crains, que répéter ce qu'on lui en a conté dans cette ville ou ailleurs.

Si, comme il y a lieu de le croire, on a retrouvé l'une au moins des deux figures qu'il mentionne, on est obligé de constater que sa relation ne répond pas de tout point à ce que l'on voit aujourd'hui. Supposez-le témoin oculaire, il a mal regardé, ou sa mémoire l'a trahi ; reproduit-il seulement une note prise en causant, c'est sur ceux qui l'ont informé que la faute retombe. Qu'il est d'ailleurs facile de se tromper et de faire des confusions quand on ne décrit une œuvre d'art que d'après les dires d'autrui! Au contraire, quand on l'a aperçue, ne fût-ce qu'un moment, comme le langage devient plus précis! La nuance d'hésitation que l'on sent ici et les inexactitudes que l'on relève s'expliqueraient donc par l'absence de ces souvenirs personnels que rien ne saurait remplacer.

Quoi qu'il en soit, c'est en 1839 que Texier transmettait à l'Aca-

1. Voir la note de Schweighauser sur le sens de Texpressioii {léycOa; 7:c';x-ttj; a-'Oa;xfï;, que plusieurs traducteurs, et entre autres Larcher, ont mal comprise.

2. Voir Hérodote, H, § 102. Les inscriptions de Sésostris que Thistorien avait vues en Syrie, ce doit être ces bas-reliefs du Naàr-el-Kelb dont nous avons eu l'occasion de parler dans les tomes II et 111 de cet ouvrage.

Googl(

TU LES HÉTEENS.

demie des inscriptions le premier dessin du bas-relief qui depuis lors a été visité par -nombre de voyageurs et a provoqué bien des discussions. Il se trouve au sud du village de NymphiOj le Nymphaeum des Byzantins, sur la rive droite d'un torrent qui va rejoindre le Nif-tchai, affluent de THermus ; dans cette gorge, à laquelle une maison isolée donne son nom de Karabéli^ passe un vieux chemin, que suivent encore parfois les caravanes; il met en relation la vallée de THermus et celle du Caystre. Le monument est taillé dans une sorte de piton calcaire qui, à Test du torrent, ressort sur le flanc du Mahmouddagh et domine de 50 ou 60 mètres le creux du ravin (fig. 360). Sa masse d'un blanc grisâtre se proflle en silhouette tranchée sur le fond de verdure que forment les arbustes qui couvrent tout ce versant de la montagne. La face où se trouve sculpté le bas-relief est perpendiculaire à la route ; elle regarde le midi et le personnage est tourné vers Test. On n'aperçoit pas la sculpture quand, en suivant le sentier, on se trouve au pied même du rocher qui la porte : celui-ci domine de trop près la route; mais, dès que Ton s'avance un peu plus loin vers le sud, on a l'aspect que donne notre vue d'ensemble.

Une niche qui rappelle la forme d'un pylône sert de cadre ; la hauteur est de 2^^,50, la largeur en bas de l'",90 et en haut de 1",50. On y voit un personnage armé , qui se présente de profil et qui marche le pied gauche porté très en avant. Sa coifiTure est le bonnet conique que nous avons déjà rencontré si souvent; on devine sur le devant une saillie où l'état d'usure de la pierre ne permet plus de rien distinguer ; peutêtre y avait-il là quelque chose comme cet uréus que nous avons remarqué à Ghiaour-kalé , où la conservation est meilleure (fig. 352). La main gauche tient une lance, et la droite l'arc. La poignée semi-lunaire de la courte dague paraît sur le flanc gauche. Le vêtement est la tunique courte, qui laisse les jambes découvertes depuis le genou ; elle est ici rayée par des stries parallèles. La chaussure est le soulier à pointe recourbée. Tout cet ouvrage est taillé en méplat, sans modelé; la saillie que la figure fait sur le fond n'est pas tout à fait de 5 centimètres ;

1. Pour ne citer que les études détaillées, voir Tkxier, Description, t. H, pp. 302-308 et pi. \ 32 ; Kiepert, dans V Archœologische Zeitung, t. T, p. 33 ; De Mqustier, Voyage de Constantinople à Éphèse dans\e Tour du Monde, t. IX, p. 266. Ce dernier voyageur a pris le premier une photographie du monument; mais Tobjectif avait été placé non pas en face du monument, mais tout à fait de côté; dans le dessin qui reproduit son cliché, la figure est tout à fait déformée. M. Kiepert a été le premier à protester contre Thypothèse de l'origine égyptienne et à signaler les rapports de mouvement et de style qui rattachent le bas-relief de Karabéli aux bas-reliefs de la Ptérie, qu'il ne connaissait pourtant que par des dessins très infidèles. ,

Googl(

■EUCLIBRARÏ

.<-0^ LtNOX

Googl(

Faction des pluies a d'ailleurs fortement agi sur le rocher, qui offre aujourd'hui une surface très inégale. En face du personnage, entre la tête et la lance, il y a un groupe d'emblèmes * (fig. 361 et 362).

On voit dans quelle mesure l'image ressemble à celle que décrit Hérodote et par quels traits elle en diffère. La hauteur est sensiblement la même ; quatre coudées et demie équivalent à environ 2^,50 et l'on trouve ici 2™, 15. Le personnage a bien l'arc et la lance; mais, sur le basrelief, c'est la main gauche qui tient l'arc. Enfin, l'inscription annoncée ne fait pas défaut; mais elle ne se trouve pas sur la poitrine, où l'on n'a pas réussi, malgré un examen plusieurs fois répété, à en découvrir la moindre trace ^; elle est dans le champ. Ces divergences sont assez marquées pour faire croire qu'Hérodote n'a pas vu les figures dont il parle ; mais, d'autre part, certains détails offrent une concordance qu'il convient de prendre en sérieuse considération. Ce qui a plus d'importance encore que la similitude des dimensions, c'est la présence, ici, de l'arc et de la lance; nous n'avons encore rencontré ces armes dans aucune des sculptures rupestres que nous avons décrites ; on n'aurait pas eu l'idée de les prêter à l'un des fabuleux conquérants d'autrefois si on ne les avait pas vues quelque part, dans un de ces bas-reliefs où les contemporains d'Hérodole reconnaissaient, au caractère de la facture et à l'étrangeté de l'aspect, l'œuvre d'une race qui n'était pas la leur et qui les avait précédés sur le sol de l'Ionie.

Les récits faits à Hérodote et qu'il a résumés se rapportaient donc à des figures qui ne pouvaient différer beaucoup du monument voisin de Karabéli; il est même très probable que celui-ci est bien un de ceux qu'ont désignés à l'historien les personnes qui lui ont fourni ses rensei-

1. La première de nos deux figures est l'exacte reproduction d'une photographie de M. Svoboda; on n'y apercevra pas tout ce que nous indiquons, ce qui s'explique par l'état du rocher et par la distance à laquelle il avait fallu placer l'appareil pour être bien en face du monument. Si, malgré l'inconvénient qui résulte ainsi de l'obscurcissement de certains traits, nous avons reproduit ce cliché, c'est qu'il indique avec plus de justesse les vraies proportions de la figure que ne le font les dessins de Texier et de Kiepert; le premier la représente trop élancée, le second trop courte, trop trapue. Nous avons tenu pourtant à donner celui de Texier, parce qu'il répond mieux à notre description. M. Kiepert parait avoir pris le contour de l'arc, qui est incomplètement évidé dans sa partie inférieure, pour celui du corps ; de là, dans son croquis, un épaississement sensible de la figure. C'est ce que nous avions indiqué lorsque, il y a vingt-cinq ans, nous avions publié un report de cette photographie (G. Pkrrot, le Bas-relief de Nymphi, d'après de nouveaux renseignements^ dans la Revue archéologique, nouvelle série, t. XIII).

2. Comme l'avaient remarqué les égyptologues, cette inscription sur la poitrine serait bien invraisemblable dans l'hypothèse d'une origine égyptienne; on n a jamais trouvé de texte hiéroglyphique à cette place sur les monuments des Pharaons.

Googl(

gneinents. Ce serait la « figure de Sésoslris », pour nous servir des termes mêmes d'Hérodote, qui se trouvait sur la route d'Éphèse à Magnésie, et, par Magnésie, à Phocée; pour traverser les contreforts

301. — Le has-rcliefde Karabéli. — G. Pei-rot, Mémoires d'archéologie, pi. i.

occidentaux du Tmolus, la ligne la plus droite, entre la basse vallée du Cayslre et la basse vallée de THermus, était celle qui passe par le col de Karabéli, entre le Nif-dagh et le Mahmoud-dagh, Quand on avait commencé à s'occuper de ce bas-relief, on Tavait, un peu étourdimeni.

pris pour celui-ci que Ton voyait sur la route de Smyrne à Sardes. Comme on s'en aperçoit bien vite sur le terrain et même en étudiant avec quelque soin la carte de Kiepert, qui, pour ce district, est d'une parfaite exactitude, la route de Smyrne à Sardes n*a jamais pu suivre le défilé de Karabéli ; elle franchissait le col de Bel-kayê, où est la ligne de partage des eaux entre la vallée de Bournabat et celle du Nif-tchaï, affluent de la rive gauche de FHermus ; elle passait le Nif'tchdi sur un pont dont les fondations antiques subsistent encore , et laissait même à droite le village actuel de Nymphi. Le bas-relief est à plus d'une heure de marche, à 5 ou 6 kilomètres vers le sud de cette route , dont la direction est indiquée et par la configuration même du terrain et par d'assez nombreux fragments d'une chaussée qui, d'après son mode de construction, pourrait bien être antérieure même à l'époque romaine. Quant à la seconde figure, on a cru la retrouver en 1876; la découverte appartient à M. C. Humann, celui-là même qui devait s'illustrer bientôt après par la part qu'il a prise aux fouilles de l'Acropole de Pergame *. Cet autre bas- relief (fig. 363) est moins bien conservé que le précédent; ce qui explique

\, Archœlogische Zeitung, nouvelle série, t. VHÏ, p. 50. Sayce, The Mom/men^s, p. 267-269.

302. — Le bîi.s-reliefde Karabéli. Texier, Description,, ]»1. cxxxii.

LES HETEENS.

celte différence, c'est qu'il était bien plus accessible, bien plus près du chemin; celui-ci pendant longtemps a dû passer devant; par suite de je ne sais quelle circonstance, on a pris Thabitude, à partir d'un certain moment, de contourner le bloc qui portait la sculpture, et celle-ci a bientôt été cachée par les broussailles qui ont poussé sur le sentier délaissé. Quand a eu lieu ce changement, le mal était déjà fait; il semble que toute la partie supérieure de la figure ait été martelée avec intention* : les jambes seules sont intactes ; le soulier à la poulaine se voit même mieux ici que dans le premier bas-relief. Si les dimensions

étaient un peu plus petites, le type était d'ailleurs tout pareil ^ ; il ne reste plus rien de la coiffure, mais on devine que la pose et le vêtement étaient bien ceux que nous avons déjà décrits, et Ton aperçoit, en arrière et en avant du corps, de faibles traces de Tare et de la lance, ainsi que d'un au moins des signes ciselés entre celle-ci et la tête. Le cadre est tout semblable.

C'est une réplique du même type, exécutée probablement par les mêmes ouvriers, quoique, m'assure-t-on, il y ait eu ici, à en juger par les jambes , un modelé qui manque dans l'autre bas-relief^

Pas plus que la précédente, cette

363. — Le second bas-relief de KaraWli. D'après le dessin de H. Sayce.

{. M. Martin croit au martelage, qui s'expliquerait par Taversion que les images inspiraient autrefois aux musulmans. On a raconté à M. Humann que le bas-relief aurait été gâté, sans mauvaise intention, par un iuruk ou pâtre nomade, qui aurait appuyé sa tente contre ce bas-relief et à qui la niche servait de foyer; mais, s'il en était ainsi, les jambes auraient été la partie la plus attaquée et c'est justement ce qu'il y a de mieux conservé.

2. Voici les dimensions principales du second bas-relief : hauteur de la niche, 2™,30; largeur, en haut, i™,40; en bas, 1™,20. La niche n'affecte pas ici la forme pyramidale qu'elle présente dans le premier bas-relief; elle est, au contraire, un peu plus large au sommet. Sa profondeur est, aux pieds, de 0™, 90; hauteur du basrelief, 2 mètres. Le bloc de calcaire dans lequel est taillée la flgure a 4™,70 de largeur (côté du bas-relief), 3 mètres de haut, et de 3 à 4 mètres d'épaisseur.

3. Je tire ce renseignement ainsi que plusieurs autres des indications que renferment ces pages, d'une longue lettre, d'une sorte de rapport qu'avait bien voulu m'adresser, en date du 29 mars 1876, M. A. Martin, alors lieutenant de vaisseau, qui s'était chargé de contrôler la relation de M. Humann et qui avait revu, à mon intention, avec un soin extrême, les deux figures du pseudo-Sésostris.

Googl(

figure ne peut avoir aucune prétention à être celle qui se trouvait sur la route de Smyrne à Sardes. Quoique située à 200 ou 250 mètres plus près de Tissue septentrionale du défilé, elle est encore à 3 ou 4 kilomètres au moins de cette route. Le bas-relief que Ton voyait quelque part en allant de Sardes à Smyrne a été détruit ou bien se cache derrière un buisson, dans quelque coin du maquis. 11 n'y a pas cl s'élonner que le sculpteur chargé de commémorer les victoires de son peuple ait ainsi répété Timage el le nom du conquérant qui venait de conduire l'armée, à travers cette gorge, dans la vallée de THermus. Le premier bas-relief, haut placé, dominait les alentours; mais, en allant de Magnésie à Ephèse, on pouvait passer auprès de lui sans le voir, si Ton ne se retournait pas après avoir longé le mamelon oiVil est taillé; quant au second, ciselé dans un gros bloc de calcaire cristallin qui s'est détaché de la montagne, il était sur la rive gauche du torrent, à 2 mètres au-dessus de son lit, à 12 ou 15 mètres seulement en contre-bas du chemin creusé dans le roc qui représente Tancienne route, chemin dont le sentier moderne, on ne sait pourquoi, s'est écarté sur ce point en faisant un léger détour. Dans ({uelque sens qu'il marchai, le voyageur qui suivait ce ravin ne pouvait pas ne point apercevoir le mouvement. La face taillée est parallèle ici H la voie; elle regarde l'est et le personnîige est tourné vers le nord, c'est-à-dire vers le pays qu'il s'apprelait à envahir, vers la fertile et riche plaine lydienne.

On nous dispensera de démontrer qu'Hérodote s'est trompé, que ces sculptures n'ont rien à voir avec l'Egypte et avec ces conquérants égyptiens, les Toutmès, les Séti, les Ramsès dont la légende de Sésostris a fini par résumer toutes les campagnes et toutes les prouesses. Mieux renseignés que ne l'était l'historien grec, nous savons aujourd'hui que, loin d'aller en Colchide, comme le racontaient les Ioniens, les plus entreprenants de ces batailleurs n'ont même pas essayé de franchir le Taurus et, par conséquent, n'ont jamais fait boire leurs chevaux dans le Méandre ou dans l'Hermus. Aussi bien, les égyptologues, M. Maspero après Rosellini, s'accordaient-ils à déclarer qu'ils ne reconnaissaient pas là un groupe d'hiéroglyphes, un texte lisible. Aujourd'hui, depuis que M. Sayce, s'aidant du toucher autant que de la vue, a transcrit avec plus de soin qu'on ne l'avait fait jusqu'alors ce groupe de signes (fig. 364), on constate qu'ils appartiennent tous à celte écriture dont la Syrie septentrionale a fourni les premiers et les plus beaux échantillons. Le monument est signé; on ne lit pas le nom qu'y a

Googl(

LES HETEENS.

ji;ravé le scribe hétcen, mais on y reconnaît sa main. L'inscription n'a pas été ajoutée après coup; la ressemblance que nous trouvons entre ces signes et ceux qui sont gravés sur les stèles de Marach ou sur les basreliefs rupestres de la Cappadoce et de la Lycaonie, nous la retrouvons, non moins frappante, entre le pseudo-Sésostris de Karabéli et les figures de Boghaz-keui ou de (ihiaour-kalé. Même mouvement, même disposition des bras; même bonnet, même épée indiquée de la même manière; même tunique et même chaussure; les armes seules diffèrent, et Ton ne saurait être surpris que le tjpe consacré, tout en gardant intactes ses lignes maîtresses^ ait, suivant les siècles et les règnes, comporté quelques légères variantes de cette espèce. Ce qui est d'ailleurs

plus important encore que ces détails d'ajustement, ce qui fait encore une impression plus profonde sur l'observateur qui a quelque habitude des questions d'art, c'est l'identité du style. Que l'on ait été les chercher au fond de la Cappadoce ou qu'on les rencontre aux portes mêmes deSmyrne, c'est-à-dire presque en Europe, les bas-reliefs de l'Asie Mineure sont tous exécutés de la même manière, à plat et sans modelé, ou avec un modelé si faible qu'il n'en subsiste rien aujourd'hui, au centre d'une aire, d'une sorte de niche creusée dans la surface du roc; partout la même attitude donnée au corps, les mêmes dimensions proportionnelles des différentes parties, la même manière de représenter soit le nu, soit le vêtement. Pendant plusieurs siècles, des bords de l'Euphrate ou tout au moins du bassin de l'Halys à l'embouchure des fleuves qui se jettent dans la mer Egée, un seul type, le seul qu'ait su créer un art dont les ressources étaient très limitées, a suffi aux besoins de cette race de conquérants qui voulait laisser partout l'effigie de ses dieux et de ses rois; une même convention a eu cours, a été comprise et acceptée par toutes les imaginations.

A cette série des monuments tout primitifs, de ceux qui ont été exécutés sous l'influence de la civilisation hétéenne, nous rattacherons, quoique avec moins d'assurance, une dernière sculpture rupestre du même district, celle qui est connue sous le nom de la Niobé du Sipyle.

Le Sipyle est la courte chaîne de montagnes qui se dresse au nord

364. — Le groupe de signes, à Karabéli. Saycc, The monuments t p. 267.

Googl(

du golfe de Smyrne et qui force THerinus à faire un grand détour pour aller se jeter sur la rive nord de cette baie. Cette chaîne est longue d'environ 10 lieues, sur 3 ou 4 de large. La plus grande hauteur qu'elle atteigne, c'est 1500 mètres. Son chaînon occidental, \^ lamanlar-dagh^ beaucoup moins élevé et moins abrupt que le chaînon oriental, le Manisna-dagh^ ne dépasse pas 976 mètres. Sur ses flancs en éventail, on a relevé bien des traces des travaux que la main de l'homme y a jadis exécutés ; il y a certainement eu là, dans des temps très reculés, un centre important de population. C'est en effet à ce district que se rapportent des traditions dont la poésie grecque s'est emparée et où sô mêlent les noms de Tantale, de Pélops et de Niobé. iMythes plus ou moins altérés par les inventions des lettrés, observations faites sur le terrain, tout s'accorde à donner une assez haute idée de la prospérité qu'aurait atteinte cet État, bien avant que les premiers colons grecs vinssent se fixer sur les côtes del'Ionie. Nous aurons l'occasion de représenter ces monuments et de chercher ce qu'il y a d'histoire dans ces légendes, lorsque nous nous occuperons de la Phrygie et de la Lydie; ces noms de Tantale et de Pélops conservent peut-être le souvenir d'un royaume phrygien de l'Occident, qui, vers le douzième ou le onzième siècle avant notre ère, aurait succombé, par suite du développement que prenait alors la puissance lydienne dans la vallée de l'Hermus. La statue colossale que les Turcs appellent Bumk-murety ou « la grande image », doit être antérieure aux caveaux, aux autels, aux ports creusés dans le roc qui rendent si intéressante la partie occidentale du Sipyle, celle qui est la plus voisine de Smyrne et de la mer; on y a relevé une inscription en caractères hétéens, tandis que rien de pareil n'a été encore découvert dans le reste de ce district ; il sera donc permis de considérer ce monument comme une gigantesque idole sculptée dans le flanc de la montagne, par des conquérants que laménitéde ces rivages et la fécondité de ces champs auraient décidés à s'établir sur le bas Hermus; arrivés au terme de leurs courses aventureuses, les Cappadociens ont peut-être fondé ici une colonie que l\Uément phrygien aurait plus tard absorbée et fait oublier' .

\, Les recherches les plus récentes et les plus mlnulicnses qui aient été faites sur ce canton sont dues à M. G. Weber; nous ferons pins d'un emprunt à son ouvruf^'e intitulé : le Sipylos et ses monumenU, monographie historique et topographique, contenant une carte, quatre planches llthographiées et deux photographies, in-8<', i880, Ducher et C'*", 120 pages. Fixé à Smyrne, M. Weber s'y est repris à bien des fois pour parcourir le terrain, et en même temps il a fait preuve d'une sage ; critique dans l'analyse et r«împloi des textes historiques qui se rapportaient à cette région.

Googl(

LES HETEENS.

La Grande image est située sur le revers septentrional du Sipylos, a 2 lieues vers Test de Manh$a, l'ancienne Magnésie. Pour y arriver, il faut gravir une pente assez raide dans des éboulis de rocs ; après une demi-heure d'efforts et de peine, on se trouve en présence d'une ample

Page 1