La prcteudue Niobé du mont Sipyle
paroi de rocher, haute de lo",25, qui est aplanie avec soin, et au centre de laquelle on aperçoit, dans une profonde niche, une statue colossale (fig. 365) '. Ce n'est plus un bas-relief méplat, comme tous les
1. Notre figure 304 a été dessinée par M. Saiiil-Eliue Gautier d'après une photo-^ graphie de M. Svoboda, que M. E. Dugit a bien voulu nous communiquer; mais l'artiste a mis aussi à profit les croquis de M. A. Martin.
ouvrages qui nous ont occupés jusqu'ici ; c'est une figure en très haut relief, presque en ronde bosse. Elle ne tient au roc que par derrière. Un cadre de 10 mètres de haut entoure la niche, qui est arrondie au sommet. Le centre de ce large creux est occupé par une base carrée sur laquelle s'élève un fauteuil ou dossier qui forme, de chaque côté, une saillie symétrique. Sur ce fauteuil est assise la statue, les pieds, selon toute apparence, appuyés sur un tabouret, le corps penché en avant, les tronçons des bras dirigés vers les seins, la tête bien saillante. Celle-ci forme corps avec le rocher et ne présente plus qu'une masse ronde et informe, sur laquelle les eaux du rocher supérieur ont laissé des traces caractéristiques ' .
Tout autour de cette paroi on voit les restes de travaux divers, des grottes qui semblent agrandies par la main de l'homme, de petites niches comme celles où on dépose des offrandes, des autels taillés a même le roc.
11 est impossible de juger du style et du modelé de la statue, tant elle est fruste. La pierre calcaire, qui n'est pas très dure, a beaucoup souffert des intempéries; il serait possible aussi que la figure ait été attaquée à coups de marteau*. Que représentait-elle? Dans Tétat où elle est, il serait difficile de trancher la question par le seul examen de Timage: mais Pausanias, qui paraît avoir été originaire de la Lydie, nous aidera par la mention qu'il fait des monuments que l'on montrait dans cette région du Sipyle. H nous met en même temps dans l'embarras : au lieu d'un texte unique, on trouve chez lui deux indications dont chacune pourrait, à la rigueur, se rapporter à cette sculpture; il faut choisir. Voici le premier de ces passages :
«Les Magnésiens qui sont au nord du mont Sipylos ont chez eux, sur la roche Codine, une statue de la mère des dieux, qui est la plus ancienne de toutes^ »
1. Nous empruntons ici la description de M. Weber (/e Sipylos, p. 37); il a vu souvent la Niobé, sous des éclairages difîérenls ; il a pu distinguer des détails que Ton n'aperçoit pas à une seule visite. Il est juste de dire que d'autres voyageurs affirment qu'il n'y a là qu'un buste posé sur un piédestal. C'est l'opinion de MM. van Lennep (Travels, t. 11, p. 305) et A. Martin [Trois monuments de Smyjmey dans la Revue archéologique, nouvelle série, t. XXXI, pp. 328-330). Comme MM. Weber et Sayce, M. W. Simpson (Academyy 14 mai 1881, p. 356) croit aussi à une figure assise; de môme M. Dennis (Academy, 28 aoAt 1880, p. 160). On pourrait presque déclarer, avant tout examen du monument, qu'il n'y a pas eu là un buste; l'idée de séparer ainsi arbitrairement les deux moitiés de la figure bumaine n'est pas primitive : c'est là une convention ffui appartient à un art déjà avancé.