‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 369 sur 381 · TOME IV. rjl · texte numérisé non relu

TOME IV. rjl

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mentateurs qui rinterprétaienl ainsi cherchaient à prouver qu'il s'agissait là d'une tribu qui habitait la Mysie, c'est-à-dire un pays qui touchait au théâtre de la lutte*. Voici qui est encore plus concluant: partout, dans les transcriptions qu'en ont données des documents de provenance diverse, le nom du peuple qui nous occupe a pour lettre initiale la gutturale aspirée, tandis que dans le mot Kétéioi il n'y a pas trace d'aspiration. La conjecture est de M. Gladstone-; comme beaucoup d'autres idées de ce brillant et dangereux esprit, elle a été trop facilement accueillie. Il convient donc d'écarter celte hypothèse, et c'est à peine si, dans la légende de Memnon, notre oreille entend comme un faible écho du grand bruit qu'ont mené jadis à t avers le monde oriental ces hardis batailleurs. On s'explique cet oubli; lorsque la curiosité des Grecs s'éveilla, la race hétéenne avait cessé de compter en Syrie, et la Cappadoce était masquée, pour les ioniens, par tout un rideau de peuples interposés, Mysiens, Lydiens et Phrygiens, derrière lesquels se dérobaient, dans un obscur lointain, le bassin de l'Halys et les tribus qui l'habitaient. Cependant, chez Homère, dans le sixième livre de Y Iliade^ je crois trouver une allusion sinon aux Hétéens eux-mêmes, tout au moins à leur écriture ^ il s'agit de ce fameux passage où le poète raconte comment Prœtos, roi d'Argos, voulant se déftiire deBellérophon,

L'envoya en Lycie et lui donna des signes fanestes,

Ayant écrit sur une tablette pliée en deux beaucoup de traits meurtriers.

En jetant les yeux sur la tablette, le roi de Lycie comprit le message que lui apportait Bellérophon et n'épargna rien pour satisfaire Prœtos. On a voulu quelquefois conclure de ce texte que l'écriture était connue et pratiquée du temps d'Homère; mais, s'il en eût été ainsi, on trouverait dans les deux poèmes bien d'autres allusions à cette pratique; la vie contemporaine ne se réfléchit-elle pas tout entière dans l'épopée, comme en im clair et fidèle miroir? Non, certes, le poète n'imaginait pas que l'on pût fixer sur une matière quelconque un de ces chants qu'il récitait dans la demeure des princes ioniens; mais, d'autre part, dans les vers que nous avons traduits, il n'est évidem-

\, Homère, Odyssée, XF, 521. D'après Didynie, Alcée avait employé K^Îtsio; dans le sens de Mysien.

2. Gladstonk, Homciic synchronisms, pp. 174-i82. • 3. Homère, Iliade, VI, i68-IC9.

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ment pas question d'un signe convenu, d'une sorte de tessère sur le vu de laquelle le roi de Lycie aurait su tout d'abord ce qu'il avait à faire. U est difficile d'admettre que Prœtos eût prévu le cas d'un homme qu'il enverrait à son beau-père pour que celui-ci le tuât. Dans cette hypothèse, pas n'eût été besoin ni d'une tablette fermée et scellée, ni de « beaucoup de traits meurtriers », (bpçôopa ^o>.>.a. Pour que le poète et ses auditeurs admissent que l'on pouvait donner ainsi par lettre une pareille commission, il fallait que, sans savoir écrire, ils eussent vu de l'écriture; or quelle est la seule écriture dont les monuments aient dû souvent frapper leurs regards, dans la contrée qu'ils habitaient el dont beaucoup n'étaient jamais sortis? N'est-ce pas celle de ces anciens conquérants, qui avaient laissé leurs noms et ceux de leurs dieux gravés sur les rocs en assez d'endroits pour qu'aujourd'hui, après tant do siècles, nous retrouvions encore lisibles nombre de ces inscriptions? Ces mêmes signes, les Ioniens ne les apercevaient-ils pas aussi sur maints objets que leur apportait le commerce qu'ils entretenaient avec les peuples des hautes terres, sur des cylindres en hématite qui servaient de cachet aux chefs des tribus de Tintérieur, sur ces sceaux en argile cuite apposés aux ballots de marchandises qu'apportaient les caravanes, sur des plaques de métal semblables à celle qui porte le nom de Tarkudimme, sur des vases comme celui que l'on a recueilli récemment à Babylone et qui est tout couvert de caractères hétéens* ? Depuis que l'on s'est appliqué, dans ces dernières années, à chercher ces objets en Asie Mineure, on les y a ramassés en assez grand nombre, et ils devaient y être très communs au temps des aèdes dont l'œuvre poétique vint s'achever et se résumer dans Y Iliade et X Odyssée, En examinant d'un œil curieux tous ces signes, ces figures d'hommes, d'animaux et de choses diverses, on comprenait que ces images avaient un sens pour qui possédait la clé de ce langage mystérieux, et c'est ainsi que le poète n'étonnait personne quand il mettait Prœtos en correspondance avec le roi de Lycie *.

L'attention était ainsi appelée sur ce moyen de communication, sur cette représentation de la pensée par des signes conventionnels. Le moment n'était pas loin où, dans cette société intelligente et avide de progrès, on voudrait s'approprier l'usage d'un aussi précieux instru-

\ . Wright, The Empire, pi. xxv.

2. Il semble que les commentateurs anciens aient deviné de quelle nature pouvaient être les signes dessinés par Pnetos sur la tablette; c'étaient, disait Aristarque, des ctScoXa, (les images, non des Ypâ'jLjjiaTa, des lettres.

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méat. Où commença-t-on d'appliquer au grec les lettres de l'alphabet phénicien? Nous n'arriverons probablement jamais aie savoir; mais ce qui est certain, c'est qu'avant cette tentative il en avait été déjà fait une autre, celle dont témoignent les inscriptions en caractères cypriotes. L'alphabet syllabique de Cypre est plus ancien que l'alphabet dit cadméen, qui pousse bien plus loin l'analyse du son articulé, qui rend bien mieux toutes les nuances de la prononciation. Si l'alphabet cadméen était venu le premier, on s'y serait tenu toujours et partout, on n aurait pas essayé d'un autre système. L'esprit de l'homme ne passe pas du simple au composé, d'une notation commode et presque parfaîte à une notation très gauche, qui multiplie les lettres sans réussir à en avoir pour tous les sons distincts de l'idiome parlé. On ne peut donc guère contester aux Hétéens l'honneur singulier d'avoir été les inventeurs du système de signes d'où a été tiré le premier alphabet qui ait servi à mettre par écrit les mots de la langue d'Homère et d'Eschyle, d'Hérodote et de Thucydide, de Platon et d'Aristote; ce titre, à lui seul, leur méritait de ne pas tomber dans l'oubli profond auquel on essaie d'arracher aujourd'hui leur mémoire.

p. as, 1. 3 do la note, au lieu de : 1866, lisez : 1886.

P. 131, 1. 2 do la nolo 1, au lion de : Hitsig, lisez : Hilzig.

P. 338, 1. 5 ol 6. La conjecture que nous énonçons là est due à M. Glermont- (lanneau {The veil ofthe temple of Jérusalem at Olympia, dans les Quarterly statements du Palestine exploration fund, avril 1878, pp. 79-81). Il y est arrivé en rapprochant très ingénieusement plusieurs textes anciens (I Machabées, i, 23-24, JosÈPUE, Antiquités judaïques, XU, v, 2; Pausanias, V, xii, 2).

P. 363, n. 2. Aux articles qui sont cités à l'appui de Thypothèse que nous exposons sur remplacement probable des tombes royales de David et de ses successeurs, ajouter ceux-ci, qui ne sont venus à notre connaissance que quand ces pages étaient d(îjà rédigées : Notes by R** W. F. Birch, dans les Quarterly stafements de 1886, pp. 26-34, 151-154. Jusqu'aux derniers jours de sa vie, Birch n*a pas cessé do s'intéresser à cette question ot il en a discuté les données avec beaucoup do pénétration.

P. 388, 1. 27, au lieu de : les clients de Ghaldée, lisez : les chents de la Clialdéo.

P. 419, n. 3 : ajouter aux articles visés : ScuiCK, The aqueducts at Siloam, avec carte [Quartn^ly statements, 1886, pp. 88-91).

P. 459 et fig. 250. Dans le tome XXXV des Mémoires de la Société des antiquai- 7*es de Finance, de Saulcy a publié un essai intitulé : Note sur des projectiles à main, creux et en terre cuite, de fabrication a7*abe. Il y signale Terreur qu'a commise M. Greville J. Ghostor en attribuant, dans la Recovery, une origine antique et égyptienne à ces petits vases de terre noire et en forme de pomme de pin. De Saulcy avait eu à sa disposition un certain nombre de ces vases trouvés à Tripoli, de Syrie; il les avait examinés avec soin, et Vun d'entre eux lui avait laissé voir, appliqué quatre fois sur la panse, un timbre rond contenant une légende arabe dont le sens no présente aucune incertitude. On lit, du premier coup d'œil : BiHamay w à Hama », c'est-à-dire « fabriqué à Hama ». On est donc parfaitement fixé sur l'origine arabe de ces vases singuliers et on voit qu'ils ne peuvent pas remonter plus haut que le moyen âge. De Saulcy fait un pas de plus. En étudiant ot rapprochant difTérents textes do cette époque, il arrive à rendre très vraisemblable l'interprétation qu'il propose : ces capsules coniques auraient été des espèces de grenades, destinées au lancement du feu grégeois, ot, quant à ce mercure dont la présences a été révélée par l'analyse chimique faite en Angleterre, qui sait, dit-il, si elle n'est pas due à l'emploi d'un vrai fulminate de mercure que le temps aurait décomposé, on mettant à nu le métal qui en était la base?

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P. 503-504. M. Ary Renan, qui a visité en 1886 la Syrie septentrionale, me donne des détails qui tendent à confirmer Thypothèse de Conder sur le site de Cadech. L'Ilot où Robinson cherchait Cadech est d'une exlrôme petitesse ; loin d'avoir pu porter une ville tout entière, il n'offrirait même pas assez de place pour une forteresse de quelque importance ; à peine y aurait-on pu mettre une tour, et il n'y a d'ailleurs pas, sur son étroite surface, le moindre amas de débris. Le Tellnébi'inendfih paraît répondre bien mieux à la situation dune ancienne ville forte. Il s'élève à une soixantaine de mètres au-dessus du niveau de la plaine, et la base est assez large pour que tout un village se soit bâti sur ses pentes. Il était d'ailleurs facile de l'entourer d'eau; en effet, il est compris dans un angle que forment lOronte et un ruisseau affluent de la rive droite du fleuve; aujourd'hui même, cette colline est entourée de marécages, et il suffisait d'un barrage pour changer en un lac toute la campagne aux alentours du tertre. C'est ainsi qu'a été créé, un peu plus bas, le lac de Homs, dont les eaux n'ont qu'une très faible profondeur. Il se pourrait que la digue qui les maintient n'eût même pas Tantiquité que lui assigne la tradition locale. Après avoir énuméré les mers et les lacs de la Palestine, Tauteur d'un des traités compris dans le Talmud s'exprime ainsi : « Mais pourquoi ne compte-t-on pas la mer de Hames? Parce que l'empereur Dioclétien l'a formée par la réunion de différents fleuves. » (Neubauer, Gt*ographie du Tnlmud, p. 24.)

Cadech, tout en perdant le nom sous lequel l'avaient connue les contemporains de Ramsés, n'a jamais cessé d'exister; peut-être a-t-elle été remplacée, sous les successeurs d'Alexandre, par la Laodicée du Liban (Polvbe, V, xlv, 7-iO). Des fouilles faites au Tidl-nébi-mendeh trancheraient la question. Il y a sur lOronte, en face de ce tertre, un pont dont le pauvre village actuel ne suffit pas à expliquer la présence.

P. 508. Brugsch lit Mauna (Mœonia) le nom que Rougé avait ranscrit Iliouna. Cette correction ne changerait d'ailleurs rien au caractère de la confédération à la tête de laquelle sont placés les Khiti. Il faudrait seulement y remplacer les ancêtres des Troyens par ceux des Lydiens.

P. 517, fig. 262. La plus récente étude qui ait été consacrée à la plaque de Tarkudimme est de M. A. Amiaud, sous ce titre : Simple ronp d'œil sur la bulle de lovanoff et sur les inscriptions hétéennes (dans la Zeitschrift fur Assyriologie de» Munich, 1886). M. Amiaud n'a aucun doute sur l'authenticité du monument et répète qu'il ne saurait y en avoir. Il commence par établir que, d'après le caractère de récriture, le monument est plus ancien que ne Ta cru M. Sayce et pourrait remonter jusqu'au onzième siècle avant notre ère ; il élève des doutes sur la lecture d'un ou deux des signes cunéiformes et réclame un nouvel examen du moulage. Venant ensuite à Tétude des caractères hétéens, il critique les valeurs qu'a proposé de leur assigner M. Sayce, et il émet lui-même quelques conjectures à ce sujet ; enfin il termine en se demandant s'il n'y aurait pas lieu d'établir une comparaison entre les signes de l'alphabet phénicien et ceux des inscriptions hétéennes, si les Phéniciens, comme on l'a dit pour les Cypriotes, n'auraient pas tiré leurs lettres, avec le nom qu'elles portaient, des hiéroglyphes hétéens. Cette recherche, dont l'intérêt a déjà été signalé par Ed. Meyer, dans sa Geschichte des Allerthums (t. I, p. 238), mériterait de tenter un critique. La théorie de l'origine égyptienne de l'alphabet phénicien, malgré le succès qu'elle a obtenu, n'est peulêtre pas encore au-dessus de toute contestation. Une difficulté subsiste : la signification des noms des lettres phéniciennes, très claire dans un grand nombre de

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cas, no présente aucun rapport avec le sens des hiéroglyphes auxquels on a voulu faire remonter ces lettres par Tintermédiaire de Thiératique. Et par ce qu'elle contient et par ce qu^elle suggère, cette dissertation de 15 pages mérite donc d'attirer l'attention.

P. 530, n. 2. Les deux lions que nous avons indiqués comme voisins d'Albistan se trouvent, pour parler avec plus de précision, à six heures environ au nord de cette ville, dans le lieu appelé Arslan-tachL

P. 531, n. 1. Voici les figures, empruntées au Graphie, que nous annoncions. Les deux dessins principaux (fig. 390 et 391) représentent la fouille telle que l'a vue M. Boscawën. Au plus profond de la tranchée, c'est-à-dire dans la partie de l'excavation qui est la plus éloignée de l'entrée, deux plaques tronquées, débris d'une scène d'adoration ; le bas des deux ligures est brisé ; mais il en reste assez pour qu'on en saisisse bien le caractère. Nous avons déjà décrit la déesse ; quant à la prêtresse, elle a le voile sur la tôte et sur les épaules ; la draperie qui enveloppe son corps ne laisse à nu que l'avant-bras et tombait certainement jusqu'aux pieds ; mais ce qu'il y a de plus curieux dans son costume, c'est sa ceinture, qui parait formée de deux cordes nouées par derrière. On reconnaît là la ceinture sacrée, dont parle la lettre attribuée à Jérémie, à la fin de la prophétie de Baruch :

« Les femmes, ayant le corps entouré d'une corde, sont assises sur les chemins*. »

Un peu plus loin, dans la tranchée, on voit trois autres figures qui marchent: là c'est au contraire le bas des corps qui est intact et la partie supérieure qui est détruite. Le personnage du milieu a le vêtement long, qui ne laîsse voir que les pieds; les deux autres portent la tunique courte, terminée en bas par une frange. Une torsade fomifî le cadre inférieur du bas-relief.

Avec ces figures sous les yeux, on ne saurait conserver le moindre doute sur l'origine hétéenne du palais de Gargamich et des bas-reliefs qui le décorent; ce n'est pas là l'ouvrage d'un roi ni d'un satrape assyrien; tout cela fut bâti et sculpté avant que Sargon mît fin à l'indépendance nationale. A côté de la prétresse, dans le champ, il y a une inscription en caractères hétéens : nous n'aurions pas cette preuve épigraphique. que l'aspect seul des images sulTirait à nous instruire. L'ensemble de la décoration représentait, comme à lasili-kaïa et à Euiuk, une pompe religieuse. Ce que l'on voit du vêtement de la prétresse rappelle les stèles de Marach [W^. !280-281); c'est, sinon la même forme de tiare, du moins le môme arrangement de la draperie, disposée de manière à couvrir la tête et à envelopper le cou, à la manière du féredjê des femmes turques. Môme observation pour les figures viriles. Le manteau de celle du milieu fait songer à ce que, dans les bas-reliefs de la Ptérie, nous avons appqlé la chasuble {Ci^. 314 et 328). Les deux autres personnages ont cette tunique courte qui, en Ptérie aussi bien qu'en Phrygie et en Lydie, est comme l'uniforme du guerrier hétéen. Enfin, détail encore plus caractéristique s'il est possible, les pieds sont chaussés de la bottine à pointe recourbée.

Ces bas-reliefs, on le voit, présentaient un très vif intérêt. Il est tout à fait regrettable qu'ils aient été abandonnés dans la fouille et que nous les connaissions seulement par une description et par des croquis très sommaires. On ne peut guère, avec ceux-ci, juger de l'exécution; il semble pourtant que ces basreliefs appartiennent à la môme catégorie que ceux de Saktché-gheuk'Sou {{\^. 279),

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