‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 69 sur 381 · Exode, XX · texte numérisé non relu

Exode, XX

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parait , à première vue , avoir été beaucoup moins important et moins beau que ne Tétait, en Orient, en Grèce ou en Italie, tel autre dont les ruines ne nous ont pas retenu ou ne nous retiendront pas aussi longtemps? Pourquoi, après tant d'autres, avons-nous cru devoir entreprendre la tâche ingrate d'une restitution qui présente des difficultés toutes particulières et qui prêtera sans doute à plus d'une objection? N'eût-il pas été plus sage de garder pour un autre emploi tout l'espace et toutes les ressources dont peut disposer ici l'architecte, de les conserver pour des restaurations qui, grâce à la nature et à l'abondance des matériaux utilisables, seraient plus aisées à construire et à justifier ?

Cette témérité ou, si Ton veut, cette apparente inconséquence s'explique par le rôle si particulier, par le rôle hors ligne que le petit peuple juif a joué dans l'histoire de l'humanité. Rien de ce qui le touche ne saurait nous être indifférent, à nous qui professons une religion née à l'ombre de son temple et issue de son dogme spiritualiste et monothéiste. Chacune à sa manière et dans son rôle, Jérusalem et Athènes sont les deux vraies capitales du monde ancien, considéré dans son unité supérieure. C'est de la fusion des croyances élaborées dans ces deux sanctuaires de la haute spéculation religieuse et philosophique qu'est sorti le christianisme. Dressés chacun sur son rocher, le temple juif et le Parthénon se regardent de loin et se font pendant : l'un domine la ville où prêchèrent les prophètes, et l'autre celle où enseignèrent Socrate et Platon. Supposez les deux édifices encore debout, comme l'est, du moins en partie , le Parthénon ; les artistes préféreraient certainement ce dernier, qu'ils trouveraient tout à la fois plus simple et plus grandiose, d'une beauté plus noble, plus aimable et plus variée; mais, pour peu qu'ils eussent de mémoire et d'âme, ils ne contempleraient pas sans une respectueuse émotion la demeure de lahvé; ils en étudieraient avec curiosité le plan et la décoration. Ils comprendront donc que, cet édifice étant depuis longtemps détruit jusqu'à la dernière pierre , nous ayons voulu nous faire et leur donner une idée de ce qu'a pu être dans la réalité ce fameux temple qui, deux fois reconstruit sur le même emplacement, a péri dans une catastrophe si tragique, et, depuis lors, grâce à la poésie des livres saints, s'est accru, dans l'imagination des peuples nourris de la Bible, jusqu'à des proportions si colossales.

A lui seul, cet essai de restauration du temple sera presque toute l'histoire de l'art juif, ou du moins de l'art en Judée. Pour toute la

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période antérieure à la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor (586 avant notre ère), il n'est pas d'autre monument qui, à défaut de traces sur le sol, ait au moins laissé de grands souvenirs dans la mémoire des hommes. A peine aurons-nous à mentionner quelques travaux exécutés dans le roc qui peuvent remonter à ces siècles d'avant la captivité, des édicules funéraires ou religieux, des aqueducs laborieusement creusés dans le flanc de la montagne. Les grands tombeaux, richement décorés, qui existent encore dans la vallée du Cédron et ailleurs aussi dans les environs de Jérusalem, sont d'une époque très postérieure : ils sont contemporains des princes Asmonéens ou d'Hérode et de ses successeurs; or, dans toute cette première partie de notre œuvre qui se termineraavec le quatrième volume, notre attention ne doit se porter que sur les monuments qui relèvent des arts de l'Orient, sur ceux où ne se fait pas encore sentir l'influence du style et du goût grecs. Si, par endroits, nous franchissons la limite que nous nous sommes imposée , ce ne sera , comme pour la Phénîcie , que par exception , pour demander à des ouvrages plus modernes des éclaircissements et des points de comparaison. Lorsqu'il faudra restituer un passé dont tout a péri , nous aurons parfois à invoquer la persistance de ces procédés traditionnels et particuliers qui , dans telle ou telle contrée , se maintiennent et se perpétuent parfois pendant une longue suite de siècles, alors que, sur le sol où l'on continue de les employer, tout a changé, la religion, la langue, le goût, et même, par une substitution subite ou graduelle, la race qui formé le fond de la population. Il est d'ailleurs toujours resté des Juifs en Palestine, après même que, comme un bétail humain, les captifs d'Éphraïm et de Juda eurent été poussés par troupeaux vers les plaines du Chaboras, de l'Euphrate et du Tigre ; ce furent enfin des Juifs qui vinrent repeupler le pays et en relever les villes après l'édit libérateur de Cyrus, et, jusqu'au temps de la conquête macédonienne, les influences auxquelles fut soumise la nation ainsi reconstituée demeurèrent sensiblement les mêmes qu'avant l'exil. Les Juifs étaient encore placés, comme autrefois, entre la Phénicie, l'Egypte et ces tribus araméennes de la haute Syrie par lesquelles ils se reliaient aux Sémites de la Mésopotamie. Aucune barrière ne séparait les Juifs de la Phénicie, dont ils étaient obligés de traverser le territoire et d'emprunter les ports dès qu'ils se tournaient vers l'Occident. Au moment des désastres d'Israël, beaucoup de fugitifs avaient trouvé un asile dans la basse Egypte, que leur postérité ne quitta plus. C'était la violence qui avait jeté des milliers de familles

juives dans les cités de l'Asie antérieure, depuis les rivages du golfe Persique jusqu'au pied du Taurus et des monts de rArménie; mais, alors même que le retour dans la patrie leur fut ouvert, toutes ne revinrent pas : dans ces riches campagnes, et surtout dans les bazars de toutes ces villes populeuses, il s'était créé des colonies juives, dont la plus importante était celle de Babylone. Entre ces colonies et les Hébreux qui avaient repris le chemin de la Palestine, les relations étaient constantes. Nous n'avons pas à chercher ici quels effets cette situation nouvelle a pu avoir sur les idées et les croyances soit des Juifs eux-mêmes, soit des peuples chez lesquels ils vivaient; mais elle contribua certainement à conserver aux monuments élevés en Palestine, soit sous les Achéménides, soit même sous les princes Asmonéens, un caractère encore tout oriental. Ces édifices devaient très fort ressembler à ceux de la période précédente; si les uns et les autres s'étaient conservés, l'archéologue aurait peut-être aujourd'hui grand'peine à en faire la différence.

Nous ne saurions nous dispenser de faire pour les Juifs ce que nous avons fait pour les autres peuples dont nous avons étudié la plastique : afin que l'on comprenne comment est né le temple et comment il s'est agrandi, quelle importance il a fini par tenir dans la vie et dans la pensée du peuple juif, il faut que, malgré la difficulté toute particulière de cette entreprise, nous essayions de résumer ici, ne fût-ce que très brièvement, l'histoire politique, sociale et religieuse de la nation. Cette histoire, sous sa forme traditionnelle, est familière à tous les lecteurs : elle fait partie de leurs souvenirs d'enfance ; quant à nous, pour en indiquer la suite et le sens, nous devrons nous placer à un autre point de vue. Nous avons le plus vif désir de ne choquer aucune croyance sincère; mais ce serait renoncer à faire œuvre d'historien que de paraître, ignorer des résultats dont beaucoup s'appuient aujourd'hui sur tant d'observations et de preuves, qu'ils s'imposent à tous les esprits indépendants. Nous n'entrerons d'ailleurs pas dans, le détail ; nous n'engagerons pas de discussions sur les textes et sur leur interprétation. Le lecteur qui voudrait plus de développements, qui serait curieux d'apprendre comment se justifie chacune de nos assertions, n'aura qu'à se reporter aux ouvrages spéciaux où la vie du peuple juif est racontée telle que permet de se la figurer le long et patient effort de l'exégèse contemporaine*. Surtout depuis le commen-

1. Le livre cpii nous a le plus servi, c'est l'ouvrage, malheureusement encore inachevé, qui porte ce titre : Geschichte des Volkes hraèlj par le docteur Bernhard Stade, professeur

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cément du siècle, toute une armée de critiques s'est employée à fixer la date probable des différents livres que renferme la Bible et, par suite, à mesurer la valeur relative des documents qui sont contenus dans chacun de ces écrits. Nous ne pouvions nous condamner à ne pas tenir compte de ces recherches et de ces travaux ; mais que Ton admette ou que Ton repousse les conclusions auxquelles ils ont abouti, qu'on prenne à la lettre les récits hébraïques ou qu'on les interprète et qu'on lès juge plus librement, on n'en sera pas moins curieux de voir se relever, sur la sainte colline où sont empreints les pas de tant de pieux pèlerins, Fédifice que la main des hommes a pu réduire en poussière, mais dont le site même est resté cher et sacré aux fidèles de trois grandes religions, du judaïsme, du christianisme et de l'islamisme.

§ 2. — l'histoire et la religion d'israkl

Israël n'a pas eu d'art, il n'a même pas eu d'industrie jusqu'au jour où en se donnant un roi et une capitale, vers le milieu du dixième siècle avant notre ère, il a modifié les conditions de» son existence. C'est alors seulement que commencent chez lui la vie urbaine et la vie de cour, qui éveillent le goût du luxe, qui provoquent à bâtir et à décorer plus ou moins richement les édifices publics et privés.

L'histoire aussi ne commence guère, pour ce peuple, qu'avec rétablissement de la royauté. Toute la période qui précède est enveloppée dans les brumes du mythe ; les livres où l'ont racontée les annalistes d'Israël n'ont été écrits que plusieurs siècles après les temps dont ilç prétendent offrir le tableau. Ces livres ont d'ailleurs été rédigés sous l'empire d'idées et de croyances qui n'étaient plus celles des vieilles générations ; les auteurs anonymes auxquels nous les devons n'ont pas le moindre souci, ils n'ont même pas le soupçon de ce que nous appelons la recherche de la vérité historique. Partout, dans leur exposition, on sent le parti pris et le système; sans le savoir, ils cèdent

à Tuniversité de Giessen. Il fait partie de la collection intitulée Allgemeine Geschichie in Einzeldarstellungen, qui est publiée sous la direction de W. Oncken. U en a paru (septembre 1866) trois livraisons, qui conduisent le récit jusqu'à Tavènement de Josa^hat dans le royaume du sud et d'Omri dans celui du nord. Là le récit s'arrête pour faire place à un tableau des pliis intéressants, qui forme le septième livre, sous ce iitre : les Croyances et les Mœurs dlsraêl avant le temps des prophètes . On trouve dans cette histoire, avec une connaissance très précise de tout ce qui a été écrit d'important sur ce sujet, un sens historique très remarquable, une critique très personnelle et très sûre.

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LHISÏOIHE ET LA RELIGION D'ISRAËL. 1î29

constamment au désir d'arranger et d'interpréter les faits de manière à les faire concorder avec l'idéal de gouvernement théocratique qu'ils ont dans la pensée. C'est à ce point de vue qu'ils mettent en œuvre les données que leur fournissait la tradition et qu'ils en comblent les lacunes. Dans de telles conditions, ils ne peuvent pas ne point altérer très sensiblement l'image du passé. Lorsqu'ils se sont préoccupés de la fixer par leurs récits, quelques traits s'en conservaient encore dans la mémoire de la nation; si ceux-ci n'ont pas tous disparu, c'est surtout grâce à la maladresse du compilateur. Ces traits se retrouvent encore parfois dans des ouvrages qui n'ont reçu leur forme définitive que sous les derniers rois de Juda ou même pendant et après l'exil ; c'est que, dans leur naïveté, les différents chroniqueurs qui ont successivement traité le même thème en y mettant chacun du sien ne se sont pas préoccupés de fondre en un tout homogène l'ancien et le nouveau, de dissimuler les raccords et d'effacer les contradictions. Cellesci sont fréquentes d'un chapitre et parfois d'un verset à l'autre. A tel récit qui présente les faits sous le jour le plus naturel, comme ils ont dû se passer, succède sans transition ou parfois se mêle un autre récit, qui trahit le désir soit de glorifier tel ou tel personnage, soit de confirmer la valeur de telle ou telle théorie politique ou religieuse à laquelle est attaché l'auteur. Pour atteindre ce résultat, on a tantôt ajouté, tantôt retranché. Certaines retouches sont assez légères; elles échappent à une lecture courante; pour les apercevoir, il faut l'œil d'un critique très avisé, très pénétrant; d'autres au contraire auraient été découvertes et signalées depuis longtemps, si l'on n'avait pas eu l'esprit prévenu, si l'histoire du peuple hébreu n'avait pas été ce que l'on appelait V histoire sainte^.

Lorsque, par une minutieuse analyse, on a dégagé les uns des autres ces divers éléments et mis à part ceux qui paraissent les plus authentiques, les plus sincères, voici ce que l'on entrevoit. Au temps

i. Personne n'a étudié avec plus de soin le procédé des écrivains juifs et n'a mieux mis en lumière toutes ces contradictions de détail que ne Ta fait M. Kuenen, professeur d'Écriture sainte à la Faculté de théologie de l'Université de Leyde. L'ouvrage dans lequel il a résumé son enseignement a été traduit en français sous ce titre : Histoire critique des livres de l'Ancien Testament, par A. Kuenen, traduite par A. Pierson, avec une préface de E. Renan, 2 vol. in-8«, 1866, Michel Lévy. Depuis le moment où a paru ce li\Te, l'exégèse a pu, grâce aux progrès de la philologie sémitique et aux nouveaux matériaux dont elle dispose, mieux établir certains résultats et y voir plus clair dans certaines questions délicates; mais la méthode était fixée dès lors, et on pourra toujours citer comme un modèle l'étude sur le Pentateuque, qui remplit toute la moitié du premier volume.

TOMB lY. 17

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130 LA JUDEE.

OÙ Tempire égyptien atteignit son plus grand développement, sous les Toutmès, les Seti et les Ramsès, il y avait, dans la Syrie du nord, entre rOronte et TEuphrate, un puissant empire militaire, celui des Khétas ou Hittites. Entre lui et TÉgypte, dans la Syrie centrale, au sud et à l'ouest du Liban, étaient établis de petits peuples dont aucun ne faisait alors brillante figure dans le monde oriental. Nous avons déjà étudié Tun de ces groupes, celui qui, grâce à la situation de ses villes et à la vie qu'il avait embrassée, arriva le premier à une civilisation supérieure et à un rôle dont nous avons apprécié l'importance historique; nous avons dit ce qu'était et ce qu'a produit la Phénicie. Les Phéniciens s'étaient répandus sur presque tout le littoral. Pour des raisons qui nous échappent, ils n'avaient pas occupé la partie sud de la côte, le rivage qui s'étend entre Joppé, aujourd'hui Jaffa, leur port le plus méridional, et le Torrent d^ Egypte y ce ouadi sans eau qui sert de limite traditionnelle entre l'Egypte et la Syrie. Dans cet angle, près de cette frontière des deux contrées, nous trouvons un peuple, les Philistins, à propos desquels on a beaucoup discuté. Le nom qu'ils portent dans les livres de l'Ancien Testament, Plichté^ ne donne aucune lumière ; il ne signifie que étrangers^ à>.).6(p'Aoi. En les faisant venir de Kaphtor, les écrivains hébraïques n'éclaircissent pas la question*, car il n'est pas prouvé que Kaphtor soit, comme on le pense généralement, l'île de Crète, et, si cette opinion paraît avoir une certaine vraisemblance^, les Philistins pourraient être des Sémites qui, chassés de la Crète par les colons grecs, seraient revenus s'établir dans cette Syrie qu'ils auraient quittée quelques siècles plus tôt^ Ces Philistins étaient-ils de proches parents des Phéniciens, avec lesquels ils furent souvent en lutte, et des Israélites, auxquels ils firent la vie si dure? La communauté d'origine et de langage n'empêche pas de se détester et de se combattre; on sait ce que les guerres ont duré, combien elles ont été acharnées et sanglantes, dans l'antiquité, entre les cités sœurs qui formaient le monde

i. Amos, IX, 7; Leutéronome, ii, 23; Jérémie, xlvii, 4.

2. Elle a pour elle le fait que le nom de Cretois paraît s'être conservé dans un canton du pays des Philistins (I Samuel^ xxx, H) et que la garde étrangère de David était composée de Kréti et de Plichié {II Samuel, viii, 18).

3. C'est la conjecture que présente Stade (Gescfiichte, t. I, p. 142). Pour lui, il n'y a pas de doute : tout ce que nous savons de leurs noms, de ceux de leurs villes et de leur organisation indique une origine sémitique. 11 aurait pu faire remarquer encore que les cultes d'Ascalon et de Gaza ne se distinguaient pas, par leur caractère, de ceux du reste de la Syrie. On nous cite, comme dieux des Philistins, Dagon, le dieu-poisson, que nous connaissons par la Chaldée {I Samuel, v) et un Baal-Zeboub {Il Rois, i, 1-7), qui parait ressembler à tous les Baals de la Phénicie.

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L'HISTOIRE ET LA RELIGION D'ISRAËL. 13i

grec, et, pendant le cours du moyen âge, entre les républiques italiennes. Ou bien, comme d'autres le pensent, les Philistins étaient-ils des Aryens, apparentés aux Grecs et aux Italiotes, un débris de cette grande confédération des peuples de la mer, qui, après avoir essayé d'envahir l'Egypte, refluèrent en divers sens, ceux-ci vers l'occident, ceux-là vers la Syrie toute voisine, d'autres encore vers l'Asie Mineure d'où la plupart d'entre eux étaient originaires *? Aryens ou Sémites, les Philistins habitaient là des villes fortifiées, que réunissait un lien fédératif; c'était une nation belliqueuse, qui avait couru les aventures avant de se fixer dans ce district. Après avoir attaqué les Pharaons, elle était, semble-t-il, devenue leur vassale; elle avait reçu d'eux la garde des marches syriennes. Ces relations d'abord hostiles, puis amicales avec l'Egypte avaient fait son éducation ; elle y avait appris tout au moins l'art de travailler les métaux et de les employer aux usages de la guerre ; ses chefs allaient au combat sur des chars plaqués de bronze ; leur armure offensive et défensive témoignait d'une industrie déjà très avancée ^.

En arrière des Phéniciens et des Philistins, une population déjà sédentaire occupait l'intérieur du pays, ce que l'on appela plus tard la Palestine, c'est-à-dire le territoire que limitent à l'est le lac Asphaltitc et la vallée du Jourdain; c'est celle que nous connaissons sous le nom de chaîianéenne ; les inscriptions égyptiennes lui donnent le nom d'Amar, terme que nous retrouvons, sous la forme d'Amorites, dans quelques textes hébraïques et particulièrement chez le vieux prophète Amos'. Tous ces Chananéens, divisés en nombreux petits clans, étaient des Sémites, c'est-à-dire qu'ils parlaient des langues étroitement apparentées à l'hébreu et au phénicien. Si plus tard les Israélites, dans leurs généalogies, mirent tous ces Chananéens hors de la glorieuse famille de Sem et tinrent à les faire descendre de Cham, il né faut voir, dans cette sorte de proscription rétrospective, qu'un effet des haines nationales et religieuses*; ces listes ont été dressées dans un siècle de luttes, quand Israël travaillait avec passion à se concentrer sur luimême, à se dégager d'éléments avec lesquels il avait été longtemps

1. C'est Topinion de M. Maspero, qui complète par les renseignements dus aux textes ép:yptiens les vues qu'avait exposées Hitsig, dans sa dissertation intitulée : Urgeschirhte und Mythologie der Philisier (Leipzig, i846).

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