Amo8, II, 9-iO. De même dans Josué, v, \ ; vu, 7, etc
4. Sem (shem) signifie gloire; les enfants de Sem, ce sont les glorieux, le noble peuple des seigneurs (Stadk, Geschirhtc, t. I, p. HO).
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mêlé et presque confondu, à se distinguer de ses voisins par l'originalité de ses mœurs et de son culte. Alors on ne voulut plus être du même sang que ces idolâtres et ces impurs ; on leur assigna un ancêtre qui fût digne d'eux et du mépris où on les tenait*. Ce sentiment s'explique; mais la théorie ethnologique à laquelle il a donné naissance est démentie tout à la fois par le témoignage même de la Bible et par les découvertes de Tépigraphie. Noms de lieux, noms d'hommes et noms de dieux, tous ceux que Ton rencontre des rivages de la Méditerranée au désert de Syrie appartiennent au vocabulaire sémitique ; aux deux extrémités de ce vaste territoire, les textes phéniciens comme la fameuse inscription de Mesha, roi de Moab, n'offrent au linguiste que de l'hébreu presque pur; les différences sont à peine assez marquées pour que l'on puisse appeler le phénicien et le moabite des dialectes de l'hébreu.
Cette population agricole était encore assez clairsemée ; mais déjà, grâce au bénéfice des habitudes que crée et de l'aisance que procure le travail de la terre, grâce aussi à ses relations avec les habitants du littoral, elle était arrivée à un certain degré de civilisation; outre nombre de villages ouverts, elle possédait sinon des villes, au sens où nous entendons d'ordinaire ce mot, tout au moins des bourgs fortifiés, situés sur des hauteurs d'un accès difficile ; elle fabriquait ses instruments et ses armes ; quelques-uns de ses clans mettaient en campagne des chars de guerre *. A ce titre, elle devait considérer avec un certain mélange de dédain et de crainte les tribus de pâtres nomades ou à demi nomades qui, vers le sud et vers l'est, confinaient à son domaine; c'étaient, au sud, dans la direction de la presqu'île du Sinaï, les Amalécites, les Madianites, les Ismaélites et les Édomites, puis, sur la rive gauche de la mer Morte et du Jourdain, les Moabites et les Ammonites. Elles aussi, toutes ces tribus du désert appartenaient à la race sémitique, comme l'admet d'ailleurs, pour la plupart d'entre elles, la tradition hébraïque. Celle-ci avait ses raisons pour ne pas méconnaître cette parenté; c'est de ce groupe que sont sortis les Hébreux, et ils ne s'en sont distingués qu'assez tard, longtemps après que ceux qu'ils appelaient les Chananéens étaient déjà maîtres des campagnes de la Palestine. Le nom même sous lequel les Hébreux sont connus date de cette époque ; il a dû naître sur les lèvres de ces Chananéens et être employé par eux avant que songeassent à se l'appliquer ceux qui le
i. Genèse, x, 6.
2, Josué, vî, xî, 4.
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L'HISTOIRE ET LA RELIGION D'ISRAËL. i3H
portent dans Thistoire. Les Ibrim, ce sont les « gens d'au delà, de l'autre côté », c'est-à-dire d'au delà, de l'autre côté du Jourdain *.
Le nomade, alors même qu'il a semé près de l'un de ses campements quelques poignées d'orge, est toujours à court de grain; pour s'en procurer le surplus dont il a besoin, il compte sur les produits de ses troupeaux; m^is ceux-ci sont à la merci d'une sécheresse qui tarira les sources, videra les puits et brûlera l'herbe des pâturages. Le nomade, surtout dans une région aride et chaude comme la Syrie, n'a donc jamais la sécurité du lendemain; aussi, tout fier qu'il soit de son apparente indépendance, envie-t-il secrètement le laboureur dont il raille les fatigues et la vie rivée au sol. Sa première idée, c'est de chercher à dépouiller le laboureur; au galop de son cheval, il se lance à travers les plaines cultivées; il y pille les grains emmagasinés* dans les silos et les granges pleines de fourrage; mais, souvent repoussé dans ces incursions où il détruit plus encore qu'il n'emporte, il finit par s'essayer, du moins par endroits, aux travaux de l'agriculture; il plante quelques arbres à fruits, et, d'année en année, il élargit le champ qu'il cultive autour de sa mobile demeure en poil de chèvre; quand la moisson est finie, ce sont bientôt les semailles qui le rappellent; il s'éloigne de moins en moins; un beau jour, il se bâtit une maison*. Ce changement, qui est l'œuvre d'une ou deux générations, s'accomplit ainsi parfois surplace; mais il arrive aussi que le milieu ne soit pas favorable, que le sol ne se prête pas à cette transformation; celle-ci s'accomplit alors d'une autre manière. Alors c'est le pâtre qui, piqué par la convoitise, se met en mouvement et parait tout d'un coup, avec son bétail bêlant et mugissant, au milieu des vergers et des guérets; veut-on l'écarter, il se bat; il allume l'in-
\, Stade, Geschichte, t. I, p. HO. On a voulu expliquer aussi ce terme en le rapportant à TEuphrate, de l'autre rive duquel seraient venus les Hébreux; mais, comme le remarque Stade, on ne voit pas bien quel peuple, dans ce cas, aurait eu Fidée de cette désignation. L'explication à laquelle nous nous arrêtons est de beaucoup la plus naturelle.
2. Je me souviens d'avoir rencontré en Asie Mineure, non loin de Botu (Prusias ad Hypium), des pâtres kurdes chez qui j'ai pu observer le passage de la vie nomade k la vie sédentaire ; ils me montraient le petit domaine qu'ils s'étaient créé en défrichant quelques hectares de l'immense forêt que les Turcs appellent la « Mer d'arbres », Agatchdenizi; ils me faisaient goûter les fruits des sauvageons qu'ils avaient prelfés. Les pères avaient erré, pendant toute leur jeunesse, dans le steppe lycaonien; mais les enfants étaient nés sur ce petit coin de terre, et, à moins que quelque fonctionnaire turc ne les ail opprimés et malmenés au point de les décider à se soustraire aux vexations par la fuite, ils n'auront pas quitté la clairière où j'ai dormi dans leur cabane : là où j'ai vu deux ou trois huttes, il y a peut-être déjà tout un hameau qui prospère et qui l'un de ces jours figurera sur la carte.
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cendie ou bien il lâche parmi les épis ses chèvres et ses moutons. Là où ne manque pas encore le terrain, on a souvent plus d'avantage à lui faire sa part, à lui céder quelques friches qui serviront d'abord de pâturages et que bientôt après fécondera la charrue.
Celte lutte du pâtre et du laboureur, c'est toute l'histoire de la Syrie, depuis' les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. 11 y a eu, pour chacune des deux parties en présence, des alternatives de succès et de revers; la limite de la culture et de la vaine pâture, au sud et à j Test de la Palestine, n'a pas cessé de varier. C'est sous l'empire romain que la vie sédentaire a poussé le plus loin ses conquêtes et qu'avec elle s'est avancée la civilisation ; l'Arabie Pélrée et l'idumée jusqu'à Palmyre s'étaient couvertes de villages et même de grandes villes qui avaient leurs théâtres et leurs temples. Dans cette vaste région où l'homme fuit maintenant l'approche de son semblable comme celle de son plus mortel ennemi, la vie foisonnait, une vie intense et variée; si certains districts avaient été réservés à l'élève des troupeaux, les laboureurs et les citadins avaient rempli de leur laborieuse activité toute une contrée dont la solitude et le silence épouvantent aujourd'hui les rares voyageurs qui la parcourent; on n'y rencontre plus que des ruines. C'est avec l'avènement de l'islamisme que la dépopulation a commencé, que la charrue a reculé ; depuis le moment où les Arabes ont envahi la Syrie, le cultivateur a perdu là plus de terrain qu'il n'en avait gagné en quelques siècles, sous Hérode et sous les préteurs de Rome. Maître de l'espace où rien n'arrête plus ses courses, le pâtre est redevenu ce qu'il était au temps des Ammonites et des Amalécites, l'incorrigible dévastateur, le plus funeste des agents de destruction. J'ai vu un chef de bédouins, Akil-Aga, planter ses tentes noires et promener ses troupeaux dans la fertile Galilée et dans cette plaine d'Esdrelon qui jadis portaient de si riches moissons.
L'occupation de la Palestine par les Hébreux n'est qu'un des multiples épisodes du combat éternel, de celui qui se continue encore, dans ces parages, entre le fellah et le bédouin^ comme on appelle là-bas le paysan musulman ou chrétien et le pâtre arabe. Cet épisode n'a, par lui-même, qu'un médiocre intérêt; l'importance qu'il a prise dans l'histoire générale tient aux vives couleurs que la forte imagination des Hébreux a répandues plus tard sur le souvenir de ces événements et surtout à l'originalité de la grande œuvre à laquelle le peuple juif a pour toujours attaché son nom. Écartez ces circonstances particulières; que reste-t-il? Une poussée des tribus nomades de la rive gauche du
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Jourdain, un effort heureux qui leur a fait franchir cette barrière et qui les a introduits dans ce territoire déjà bien cultivé, dont elles convoitaient les récoltes toujours assurées par l'industrie des habitants, les figues, les olives et les raisins que mûrissait chaque automne. La conquête fut-elle poursuivie d'après un plan systématique et exécutée en quelques années, comme on le croyait en Israël au temps où fut rédigé le Livre de Josuéy plusieurs siècles après que s'était achevée cette migration*? Plus d'un passage de ce livre, des livres dits des Juges, de Samuel et des Rois conduisent à se faire une tout autre idée de la manière dont s'est effectué cet établissement des Hébreux dans ce qu'ils ont appelé la terre promise. En y regardant de près, on arrive même à se demander s'il y a eu conquête, au sens propre du mot; il semble que si, dans maints endroits, les immigrants ont rencontré des résistances et ont dû employer la violence pour obtenir leur part des terres et leur place dans les bourgs, ailleurs il y aurait eu plutôt une sorte de pénétration graduelle, à la suite d'accords conclus avec les anciens habitants. Pour forcer le gué du Jourdain, auprès de Jéricho, il a fallu prendre cette ville ; mais Juda par le sud, Éphraïm et Manassé par le nord, le premier en contournant la mer Morte, les autres en franchissant les nombreux gués du Jourdain qui donnent accès en Galilée, se seraient répandus de proche en proche dans la Palestine cis-jordanienne, se glissant entre les peuplades chananéennes et se mêlant à elles sur bien des points, fréquentant leurs sanctuaires, adoptant certaines de leurs traditions, se multipliant et marchant de l'avant jusqu'au moment où ils se heurtèrent à la population plus dense et plus fortement constituée des États du littoral, des confédérations phénicienne et philistine; alors il fallut s'arrêter. En tout cas, ce mouvement dura longtemps, peut-être un siècle ou deux. Certains des clans que l'on appelait les Hébreux s'attardèrent dans les verts pâturages de la rive orientale du Jourdain ; Gad et Ruben y restèrent occupés à disputer aux Moabites la terre de Giléad ; mais la plupart des tribus, suivant les chemins ouverts par les premiers détachements, se fixèrent l'une après l'autre sur les plateaux, alors en partie boisés, qui s'étendent entre le versant de la iMéditerranée et le Ghôr, la profonde
i. M. Knenen, dans le chapitre ii de son tome !«', a déjà très bien saisi le caractère artificiel et systématique du tableau de la conquête, tel que le présente le livre de Josué; il raltribue à un écrivain qui a eu sous les yeux le Deutéronome et qui en a profondément sabt rinUuence. Stade {Geschichte, 1. 1, pp. 64-66) présente la chose un peu différemment; mais il est d'accord, an fond, avec Kueuen, et c'est sous Néhémie qu'il place la rédaction définitive du livre de Josué.
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136 LA JUDEE.
dépression où coule le Jourdain, entre le pied de l'Hermon et le déserl de TArabie Pétrée. Elles finirent par y former une nation; mais, pendant toute la période où s'opéra ce déplacement, rien encore ne pouvait faire prévoir les hautes destinées qui attendaient ce petit peuple; il n'y avait en Palestine que quelques bédouins de plus, transfuges du désert et s'essayant obscurément aux travaux de la vie sédentaire *. Quand cette migration fut terminée, quand les nouveaux venus eurent tous trouvé, de manière ou d'autre, des terres à leur convenance et qu'ils
i. Ce résumé historique n'a qu'un objet, faire comprendre dans quel milieu a été fondé le temple. C'est pour ce motif que nous ne faisons même pas allusion à toute cette partie de VHistaire Sainte qui précède le récit de l'occupation de la terre de Chanaan par les Hébreux; au point de vue où nous nous sommes placés, nous n'avons à parler ni des patriarches et de leurs courses dans la vallée du Jourdain, ni du séjour des Hébreux en Egypte, du temps qu'il aurait duré, de la manière dont il se serait terminé, non plus que de la traversée du désert. Qu'Abraham et IsHac, Jacob el Joseph soient des personnages historiques ou de simples héros éponymes, ancêtres légendaires du peuple et de ses différentes fractions, cela ne change rien à la valeur des quelques traits, intéressants pour l'histoire de l'art ou tout au moins de l'industrie, qui se rencontrent au milieu de ces peintures de la vie pastorale. Quant à ce que la Genèse et ï Exode racontent des aventures d'Israël sur la terre d'Egypte, nous n'entreprendrons pas ici la critique de cette portion du récit biblique ; c'est une tâche dont d'autres se sont acquittés. Inscriptions et images empruntées aux monuments égyptiens , tout indique qu'il n'y a pas d'invraisemblance dans le fait qu'une tribu nomade, chassée par la faim du désert de Syrie, serait venue demander à la fertile Egypte un peu de blé en échange des tissus, des peaux et des résines odorantes qu'elle apportait en présent au gouverneur de la frontière {Histoire de VArt, t. I, p. 154 et fig. 98); mais en revanche, dans les documents égyptiens qui sont si nombreux et si détaillés pour la période où l'on place ces événements, on n'a rien trouvé qui ait une ressemblance même éloignée avec la relation que présente la Bible du grand-vizirat de Joseph, de la multiplication inquiétante et prodigieuse des enfants d'Israël, enfin du rôle joué par Moïse en Egypte et des catastrophes qui accompagnent le départ des Hébreux. Il n'y a d'ailleurs qu'un point qui importe ici, c'est la question de savoir si, comme on l'a souvent avancé, les Hébreux ont commencé en Egypte leur éducation artistique. Pour l'affirmer, on se fonde sur des descriptions comme celles de l'arche et de son pavillon {Exode, xxxv-xxxix). Mais il est maintenant démontré que les livres qui renferment ces descriptions minutieuses sont des derniers temps de la royauté juive, et, d'autre part, de nombreux passages des Juges, de Samuel et des Rois s'accordent à prouver que, jusqu'au temps de David et môme de Salomon, les Hébreux en étaient restés à ces métiers rudimentaires qu'exercent le pâtre et le paysan. Si les Israéfites s'étaient initiés, dans la vallée da Nil, aux sciences et aux arts de l'Egypte, si, quand ils en sortirent, ils avaient été capables d'exécuter, en plein désert, des ouvrages compliqués de charpente et de tapisserie, de glyptique et de toreutique , ils n'auraient pas eu besoin, sous leurs premiers rois, d'invoquer le secours de la Phénicie, quand ils veulent bâtir temples et palais. La part de l'imagination est certainement bien plus forte que celle du souvenir dans ces épisodes que l'écrivain juif développe avec une complaisance si marquée; en tous cas, ces pâtres sémites, quand ils ont quitté l'asile qu'ils avaient cherché quelque temps auparavant, n'étaient pas plus civilisés que lors de leur arrivée sur la terre d'Egypte. La famine les y avait amenés; ils en furent éloignés par les exactions de quelque fonctionnaire local, aussi avide que l'est aujourd'hui tout mudir du khédive; mais ils n'avaient pas dépassé la lisière orientale du Delta, et ils repartirent tels qu'ils étaient venus. Nous
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se furent bâti des maisons, les Hébreux, ou, pour les appeler du nom qu'ils se donnaient à eux-mêmes, les Israélites, c'est-à-dire les fils d'Israël, étaient épars, d'un bout à l'autre de la Palestine, parmi ces Chananéens qu'ils n'assujettirent et qu'ils ne s'assimilèrent que beaucoup plus tard, sous les rois*. Quelle fut la force secrète qui empêcha ces éléments adventices d'être absorbés par l'élément indigène, celui-ci devant avoir, au moins dans les premiers temps, une certaine supériorité d'aisance et de civilisation? Quel fut le lien qui maintint toujours l'union morale des membres de la famille hébraïque et qui, plus tard, en se resserrant, créa l'unité politique? Le sentiment d'une même origine et la possession de quelques traditions communes n'y aurait pas suffi ; il y fallut quelque chose de plus, la communauté de la croyance et du culte. Or cette condition était réalisée avant que se séparassent, pour passer le Jourdain, les quelques clans qui devinrent plus tard ce que l'on appela les Douze tribus d* Israël. Leurs ancêtres, la tribu mère qui s'est ensuite ainsi divisée et ramifiée, avaient habité les oasis de la péninsule du Sinaï, ces ouadis dont quelques-uns sont riches en eau et en herbe; c'est là qu'ils avaient commencé d'adorer un dieu qu'ils nommaient lahvé, dieu que leur avait révélé un prophète, un réformateur religieux. Moïse, qui mérite de figurer en tête de leur histoire. Il serait vain de chercher ce que peut contenir de traits vraiment historiques la légende de ce personnage sous le nom duquel on a mis toute une littérature qui renferme des documents de dates et de valeurs très différentes; mais il est difficile de croire que tout fût illusion dans le respect qui n'a jamais cessé d'entourer, chez les Israélites, ce nom vénéré. Que Moïse ait été le véritable fondateur de cette religion ou, comme on l'a soupçonné non sans vraisemblance, qu'il en ait emprunté les premiers éléments à des tribus déjà fixées dans cette contrée, aux Madianites et aux Kénites, peu importe^; s'il s'est inspiré d'une conception antérieure, nous ne saurions dire aujourd'hui dans quelle mesure il l'a développée, ce qu'il y a mis de son propre génie; mais, de toute manière, c'est
n*avons donc pas à discuter la mesure de raction que TÉgyple aurait alors exercée sur le pénie hébraïque; c'est seulement par l'intermédiaire des Phéniciens que les Hébreux ont subi rinfluence de l'Egypte, et cela bien plus tard, au temps des rois. Dans la disposition et la décoration du temple, il y a des éléments égyptiens; mais pour parvenir jusqu'à Jérusalem, ceux-ci avaient passé parTyr et Sidon.
t. Le nom d'Isroc/ doit avoir été primitivement un simple surnom honorifique. Il signiOe : guerrier de Dieu.
2. Les différentes traditions conservées dans différents livres de la Bible, tout en variant sur les noms, s'accordent à faire de Moïse le gendre d'un prêtre d'une des tribus arabes de la péninsule. Voira ce sujet Stade, Geschichte, 1. 1, pp. 130-131.
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avec lui, c'est par lui que les Israélites ont connu lahvé, qu'ils se soni accoutumés à mettre leur confiance et leur espoir dans ce dieu de l'orage et de la foudre qu'Us se représentèrent d'abord comme habitant les sommets du Sinaï et de l'Horeb, puis que, plus tard, ils considérèrent comme domicilié dans les différents sanctuaires de la terre de Cbanaan. A la fin, dans les temps voisins de l'exil, on ne lui assigne plus qu'une seule demeure, le temple de Jérusalem*.
Une fois établis sur la rive droite du Jourdain, les Israélites étaient en contact de tous les instants avec les Philistins, avec les Phéniciens, avec les Chananéens ; les cantons où ils s'étaient fixés formaient comme autant d'enclaves qu'entouraient de toutes parts les territoires qu'avaient conservés les anciens maîtres du pays; parfois même on vivait côte à côte, dans un môme bourg*. Beaucoup d'Israélites épousaient des femmes chananéennes, qui apportaient dans la maison les images et les rites de leurs dieux. On comprend que, dans un pareil milieu, les fidèles de lahvé ne se soient pas toujours contentés de cet unique patron ; les autres dieux qu'ils voyaient adorer en Palestine ne pouvaient-ils pas aussi leur faire du mal, s'ils négligeaient de se les rendre propices? Ils sacrifièrent donc volontiers à tous les Baals, à toutes les Baalats des sanctuaires locaux, à Moloch et à Astarté; mais, tout en se mettant ainsi en règle avec ces divinités, ils continuèrent toujours à croire que le plus puissant de tous les dieux, c'était encore ce lahvé , qui , sur la montagne sainte , avait fait retentir sa foudre aux oreilles de leurs pères et qui, du désert infertile, avait conduit son peuple jusque dans cette terre heureuse où chacun pouvait s'asseoir en paix « auprès de ses greniers pleins, à l'ombre de sa vigne ou de son figuier^ ». Malgré d'apparentes infidélités qui n'avaient pas alors l'importance qu'elles ont prise plus tard aux yeux des prophètes et des prêtres, on en revenait donc toujours à lahvé ; tous ceux que leur naissance autorisait à l'invoquer se distinguaient par là de leurs voisins et se regardaient comme des frères, comme les enfants d'un même héros éponyme, Israël. Bien avant que l'on songeât à l'unité politique,
i. Comme il arrive toujours en pareil cas, ces conceptions, contradictoires au fond, se juxtaposent, sans s'exclure, dans les croyances populaires. Ainsi nous voyons encore Élie, désespéré que l'impiété triomphe en Israël, aller chercher le Seigneur jusque dans THoreb, <« la montagne de Dieu » (I Rois, xix, 8).
2. C'est ce que suffirait à indiquer le morceau qui ouvre le livre des Juges (i-u, 5); mais les preuves de détail abondent pour qui lit avec attention les livres historiques, des Juges aux Rois,
3. C'est par cette image que la Bible exprime l'idée du bonheur et de la sécurité dont tout Israël jouissait sous Salomon (I Rois, iv, 23).
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Tunité morale et religieuse était déjà préparée et comme ébauchée dans lésâmes.
Sans cette solidarité des croyances, les Israélites, pendant la période qui suivit leur immigration en Palestine, se seraient certainement fondus avec les Chananéens et perdus dans leurs rangs. On se fait en général une idée très fausse de cette période, d'après des récits qui ont été très remaniés et que d'ailleurs on n'a pas lus avec une suffisante attention. Séparées les unes des autres par des bandes de population chananéenne, les différentes tribus vivent presque étrangères les unes aux autres, dans des bourgades dont la plupart n'ont pas de murs; elles se battent parfois entre elles; point d'entente, même pour résister à ces ennemis auxquels elles disputent la terre labourable et les pâturages, aux peuples de la côte, comme les Philistins, aux peuples du désert, comme les Moabites et les Amalécites. On se trompe fort au sujet de ces sheiks, comme on dirait aujourd'hui en Syrie, que nous avons pris l'habitude d'appeler les Juges^ d'après un des termes [shophei ou kasîm) sous lesquels les désigne l'annaliste juif; aucun d'eux n'a fait sentir son autorité à tout Israël. Ceux de ces chefs qui, par leur énergie, par leur bravoure dans le combat ou leur sagesse dans le conseil, acquirent le plus d'ascendant sur leurs contemporains n'étaient populaires et suivis que dans le canton où ils résidaient; lorsque quelque ennemi était signalé, lorsqu'il fallait courir après les prisonniers et le butin qu'avait enlevés quelque détachement de pillards et le rejoindre avant qu'il eût repassé les gués du Jourdain, les hommes de plusieurs villages se réunissaient autour de celui que l'on savait le plus capable de bien diriger l'expédition ; celle-ci terminée, la petite armée se dispersait, et chaque tribu, chaque fraction de tribu retombait dans son isolement ; pas d'autres magistrats que les anciens [sekenim) qui rendaient la justice à la porte du village. De quelque côté qu'on tourne ses regards en essayant de reconstituer l'histoire de cette période, on ne trouve que la faiblesse, le morcellement, l'indécision et l'anarchie. L'exemple et le succès des Israélites avaient allumé les ambitions des peuples qui étaient restés à l'est du Jourdain ; de nouveaux groupes d'émigrants prétendent refouler et déposséder ceux qui les ont précédés ; Israël se tient péniblement sur la défensive.
Pour qu'Israël pût faire front à la fois du côté des Philistins et vers le désert, pour qu'il reprît l'offensive et se rendit maître incontesté de tout le territoire dont il n'occupait encore qu'une partie , il fallait l'union sous un chef unique. De Dan à Berséba, comme dit la
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140 LA JUDÉR.
Bible, c'esl-à-dire du nord au sud, on aspirait à celte concentration si désirable ; longtemps combattu par la jalousie des clans rivaux et par les habitudes d'indépendance locale, ce mouvement avait commencé bien avant ce Saûl qui passe pour le premier roi d'Israël. Après ses victoires sur les Madianites, Gédéon porte le sceptre; il règne tout au moins sur la tribu de Manassé; il a sa ville royale, Ophra, et son sanctuaire voisin de la ville ; mais la dynastie qu'il semblait avoir fondée s'interrompt brusquement avec son fils Abimélech*. L'essai ainsi tenté ne pouvait manquer d'être repris. La force des choses conseillait, elle imposait ce changement de régime. Le danger venait surtout des Philistins; ils ne se contentaient plus de cette étroite bande du littoral où les avaient cantonnés les Pharaons; ils aspiraient à s'étendre dans l'intérieur; appuyés sur leurs places fortes de Gaza, d'Ascalon et d'Asdod,ils avaient pillé Sidon et ils refoulaient vers la mer Morte Juda et Benjamin.
Sous l'impression de ce péril, chaque jour plus pressant, Saûl, un vaillant Benjamite, devint roi. Ce qui l'avait désigné à l'attention de ses compatriotes, c'était un premier succès sur les Ammonites ; il battit aussi les Amalécites; les frontières orientale et méridionale se trouvaient ainsi fermées ; enfin il eut le mérite d'ébranler la puissance des Philistins ; s'il finit par succomber dans cette lutte, il avait montré que, malgré ses chars de guerre et sa cavalerie, ce peuple n'était pas invincible. Ces résultats, Saiil les obtint en commençant à former un noyau d'armée permanente, qui comprenait à la fois des Israélites et des étrangers^; ces hommes exercés au métier des armes servaient ensuite à encadrer les recrues que fournissait la levée en masse, à laquelle le prince faisait appel dans les grandes occasions. Saûl le premier avait pu réunir dans un effort commun sinon tout Israël, au moins les principales de ses tribus, à la fois celles du nord et celles du sud, Éphraïm et Manassé avec Benjamin et Juda. David développe et achève l'organisation ébauchée par son prédécesseur, celle de l'État et celle de l'armée qui en est le soutien.
David avait été merveilleusement préparé par la nature et par les circonstances au rôle qui s'offrit à lui quand la défaite et la mort de Saûl sur le mont Gelboé laissa le trône vacant et le jeune royaume dans la situation la plus critique. Il était déjà très populaire, surtout dans sa tribu, celle de Juda. Il avait occupé un poste élevé dans l'armée
i . On lira avec intérêt le curieux chapitre dans lequel Stade étudie et restitue T histoire du premier roi d'Israël {Geschichtey t. I, pp. 18l-i96). 2. / Samuel, xiv, 52.
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deSaul; puis, quand celui-ci l'avait pris en haine, il avait été chef de bande dans le désert et ensuite l'hôte et Tallié des Philistins ; les dangers auxquels il avait échappé comme par miracle, l'énergie et l'adresse dont il avait fait preuve dans ces fortunes si diverses, toute cette vie de prouesses et d'aventures avaient encore ajouté au prestige de son nom. Lorsque Saul fut mort avec ses trois fils aînés, ne laissant d'autre héritier qu'un enfant mineur, David, d'abord proclamé roi de la seule tribu de Juda, ne tarde point à devenir roi de tout Israël. Aux braves qui l'avaient suivi dans son exil et aux anciens compagnons d armes de Saul et de Jonathan, il réunit les levées que lui fournit la nation tout entière, et, après des luttes dont le détail ne nous a pas été transmis, il force les Philistins à reculer et à reconnaître l'indépendance du royaume hébraïque. C'était un brillant succès; mais David ne s'en tient pas là; il fait plus encore pour la grandeur et pour l'avenir de sa maison et de son peuple : il leur donne une capitale dont la situation est bien choisie et la défense des plus aisées. Jusqu'alors il avait eu pour résidence Hébron, ville située à l'extrême limite du territoire occupé par les Hébreux, presque en pays chananéen ; Hébron était trop loin de la montagne d'Ephraïm, de ces puissantes tribus du nord qui n'obéissaient pas sans impatience à un enfant de Juda. Pour se rapprocher de ses nouveaux sujets sans s'éloigner de la tribu dont il était le héros et l'enfant chéri, David choisit la petite ville de Jébus, qui devait devenir, entre les mains des Juifs, cette Jérusalem dont le nom ne périra jamais dans la mémoire des hommes.
Les Jébuséens étaient un clan chananéen ; grâce aux avantages du site où ils s'étaient retranchés ainsi qu'aux divisions des Israélites, ils avaient réussi jusqu'alors à se maintenir entre Benjamin et Juda, dont ils séparaient les domaines. Au pied de leur citadelle passaient et se coupaient deux routes très fréquentées, celle qui du port de Joppé conduisait, par Jéricho, aux gués du Jourdain, et l'un des chemins qui, par Hébron et p^r Bethléem, menaient de la frontière d'Egypte vers Sichem et le nord de la Palestine. Ce point était donc un poste stratégique d'une haute importance, et d'ailleurs la nature y avait si bien préparé le terrain, qu'il suffisait d'un peu d'art et d'effort pour en faire une place capable d'arrêter et de défier les Philistins, si ceux-ci tentaient un retour offensif. David paraît s'en être emparé facilement; les Jébuséens avaient trop compté sur l'escarpement des roches et sur la profondeur des ravins qui, de tous côtés, protégeaient leur forteresse. Une fois maître de la haute colline, David en releva et en augmenta
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[i!2 LA JUDEE.
les défenses*. Avec des matériaux et des ouvriers que lui envoya Hiram, roi de Tyr, il se bâtit un palais dont les charpentes et les lambris étaient faits de ces poutres et de ces planches de cèdre que les Phéniciens tiraient du Liban ^. Malgré la différence de religion, les Hébreux ne paraissent pas être jamais entrés en lutte avec les cités phéniciennes, et les relations des deux peuples devinrent plus amicales encore et plus étroites à partir de la fondation du royaume juif. Hébreux et Tyriens avaient un ennemi commun, les Philistins. Les progrès de la puissance philistine étaient bien faits pour inquiéter les Phéniciens. Les Philistins avaient des ports; ils pouvaient se donner une marine et attaquer la Phénicie à la fois par mer et par terre. C'étaient des voisins dangereux et des rivaux éventuels. Tyr et Sidon ne pouvaient que se réjouir de voir Saûl et David occuper et user les Philistins. Entre Israël et la Phénicie, il n'y avait d'ailleurs aucune cause de conflit. Au moment même de leur plus grande puissance, les Juifs n'ont jamais dû concevoir la pensée d'assaillir ces villes de la côte qu'entouraient de fortes murailles et qui , maîtresses de la mer, ne craignaient pas la famine; ils n'avaient pas assez de troupes et surtout ils étaient trop étrangers à l'art des sièges pour tenter une entreprise où devaient échouer les énormes armées et les machines de l'Assyrie. D'autre part, les Phéniciens, devant lesquels s'étendait l'espace sans limite de l'occident à découvrir et à exploiter, n'ont pas songé à conquérir l'intérieur de la Syrie; il leur suffisait que les marchés en fussent ouverts et que les caravanes pussent y passer librement. Une entente cordiale avec le royaume juif devait leur assurer tous ces avantages. Celui-ci les couvrait à la fois contre les agressions des Philistins et contre les incursions des peuples du désert; c'était aussi, comme consommateur et comme producteur, un client avec lequel il y avait beaucoup à gagner. Tout ce qui ne se fabriquait pas dans la maison même de l'Israélite, en fait de vêtenients et de bijoux, de meubles, d'armes et d'outils, c'était de la Phénicie que devait le tirer ce peuple d'agriculteurs, qui ne connaissait pas d'autre industrie que l'industrie domestique. En échange de ces objets manufacturés, les Hébreux livraient à leurs voisins les céréales, les fruits et le bétail de la Palestine, le baume de la chaude vallée du Jourdain, les esclaves des deux sexes enlevés aux tribus de la Pérée avec lesquelles Israël était si souvent en guerre. Ce ne fut pas un des moindres mérites de
\. n Samuel, v, 0.