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une originalité qui se puisse comparer à celle dont témoignent sa poésie et sa religion , au moins l'industrie y avait-elle pris un assez remarquable développement.
Ces progrès avaient pu être réalisés grâce à la situation géographique de ce faible État et à la prudente réserve des meilleurs de ses rois; mais malgré tout, si les Assyriens avaient poursuivi le cours de leurs victoires, Jérusalem, que Sennachérib serra de si près, n'aurait pas tardé à succomber comme Samarie. Ce qui prolongea son existence, ce fut, dans la seconde moitié du septième siècle, la rapide décadence, puis la dissolution de l'empire des Sargonides (625). Il y eut alors comme une accalmie pendant laquelle la Judée respira; mais, dès le commencement du siècle suivant, Babylone se porta l'héritière de Ninive. C'était le moment où l'Egypte se réveillait sous les princes Saïtes; ceux-ci aspiraient à sortir de la vallée du Nil, à reconquérir cette Syrie qui avait appartenu aux pharaons thébains; les .armées égyptiennes reparurent au pied du Thabor et du Carmel; elles y rencontrèrent les armées chaldéennes. Pris entre ces deux ambitions rivales, les Juifs ne surent ou ne purent pas rester neutres; ils n'eurent pas la chance de deviner quel serait le parti le plus fort; ils se prononcèrent pour l'Egypte, et celle-ci fut battue. Abandonnée à elle-même, Jérusalem fut investie ; elle résista pendant une année et demie ; la famine et les machines des assiégeants finirent par en avoir raison. Ses murailles furent abattues ; son temple fut dépouillé de tout ce qu'il avait de précieux, puis brûlé et démoli; l'incendie acheva partout l'œuvre du fer. Les soldats, les prêtres, les scribes, tous les gens de haute classe furent transportés en Chaldée et dispersés dans difiTérentes villes. Il ne resta plus au pays que le petit peuple des campagnes, à qui le vainqueur donna les vignes et les champs des riches. Dépeuplée et ruinée, la Judée devint une province du nouvel empire (586).
Israël, comme nation, avait achevé sa destinée. Sans doute il retrouvera plus tard, sous les princes Asmonéens, une apparence d'indépendance et de vie politique ; mais ce ne sera plus par là qu'il comptera dans l'histoire. Son œuvre sera désormais toute morale ; elle a été commencée en Palestine et surtout à Jérusalem, par ces prophètes dont Ésaïe est le plus grand, celui dont le génie s'élève le plus haut; elle se poursuivra aussi bien et mieux encore dans les villes de la Mésopotamie et de l'Egypte où les Israélites sont dispersés, à Babylone et plus tard encore à Alexandrie. Cette œuvre, une des plus glorieuses qu'un peuple ait jamais accomplies, on peut la définir d'un mot : c'est
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L'HISTOIRE ET LA RELIGION D'ISRAËL. loi
le travail de la pensée et de la conscience juive qui aboutit à proclamer l'insuffisance du rite et du sacrifice, à déclarer que la justice et la vertu valent mieux que la piété la plus minutieuse. Dans sa hardiesse spiritualiste, cette pensée ne s'en tient pas là : elle semble par moments se rendre compte de ce qu'il y a d'étroit dans la conception d'un dieu purement national; elle aspire à un dieu qui aurait les bras plus larges , qui appellerait à lui tous les peuples de la terre ; elle prépare le grand changement par lequel se terminera la vie du monde antique, la substitution d'une religion universelle, le christianisme, aux religions particulières des différents peuples*. Ce n'est pas ici le lieu d'étudier ce mouvement d'idées ni de marquer les étapes de ce progrès; il importe seulement de rappeler comment il a son point de départ dans la curieuse histoire dont nous avons essayé de résumer les péripéties. Ce qui a tourné de ce côté les méditations de l'âme juive et ce qui a fait naître chez elle ces sentiments, ce sont les échecs répétés que ce peuple a subis après être arrivé un moment à une si haute fortune ; au lendemain des règnes brillants de David et de Salomon, c'est le démembrement et la perte de toute la Syrie; bientôt après viennent les guerres civiles et étrangères, le pays ravagé par les Araméens, par les Assyriens, par les Chaldéens, les deux royaumes déchirés par lambeaux, la chute de Samarie, puis celle de Jérusalem. A chacun de ces démentis que le sort infligeait aux espérances et à l'orgueil d'Israël, on s'interrogeait anxieusement, on se demandait pourquoi lahvé avait permis que ses enfants fussent ainsi frappés et meurtris; les prophètes répondaient que la faute en était aux Israélites, qui n'avaient pas été assez fidèles à leur divin maître, ou qui, lors même qu'ils croyaient l'être, ne l'adoraient pas assez en esprit et en vérité. Pour l'élite de la nation, chaque défaite était ainsi l'occasion d'un effort vers le bien, vers la pureté, vers la perfection. Cependant rien ne servait; l'horizon devenait de plus en plus noir; les périls et les malheurs se multipliaient ; le temple même s'écroulait dans les flammes ; il n'y avait plus de peuple élu, mais des fuyards et des captifs dispersés
i . Cette question a été traitée par M. Kueneo dans les conférences qu'il a données à Oxford en 1882 (Religion nationale et religion universelle. Islam, Israélitisme, Judaisme et Christianisme, Budhisme, cinq lectures faites à Oxford et à Londres au printemps de \ 882, soitë le patronage de la fondation Hibbert, par A. Kuenen, professeur à TUniversité de Leyde. Traduit du hollandais, par Maurice Vernes. 1 vol. in-8°, Leroux, 1884). Les seconde, troisième et quatrième lectures ont pour titre : IL La religion nationale des Israélites, prêtres et prophètes de lahvé. UL Vuniversalisme des prophètes. V établissement du Judaisme. IV. Judaisme et Christianisme.
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à tous les vents du ciel, dans les vallées du Nil, de TEuphrate et du Tigre. Alors naquit la pensée d'une compensation merveilleuse que l'avenir réservait à Israël, régénéré par la souflfrance. Laissant à d'autres la vaine gloire de la puissance politique et des conquêtes, Israël aurait le suprême honneur d'amener tous les peuples du monde à « monter vers la montagne de lahvé, vers la maison du dieu de Jacob* », ou, comme le dit ailleurs le prophète, « à marcher dans la lumière de lahvé* ».
C'était là le rêve des prophètes , rêve qui paraissait contraire à toutes les vraisemblances ; il fut pourtant réalisé. Les fous ont quelquefois raison contre les sages ; ils voient plus loin. A côté de ces tribuns et de ces poètes, qui jugeaient les hommes et les choses avec une indépendance si hautaine et qui s'offraient des consolations à si longue portée, il y avait toute une foule d'intelligences honnêtes et médiocres, qui croyaient trouver dans la prodigalité de l'offrande et dans la scrupuleuse observation des rites le meilleur moyen de se mettre en règle avec un maître exigeant; c'était là l'esprit de tous ces cultes syriens, dont la religion juive, pendàht plusieurs siècles, ne se distingua que par le nom du dieu à qui s'adressait la prière. Une pareille disposition ne pouvait être que très favorable au développement de l'influence sacerdotale; en effet, à mesure que la royauté s'affaiblissait, le rôle du cohen ou prêtre ne cessait pas de grandir. Autrefois c'était un simple officiant attaché à la personne du chef de clan , puis du roi ; David et Salomon en changent au gré de leur caprice ^ Sous leurs successeurs , nous voyons le prêtre principal du temple de Jérusalem prendre le titre de grand prêtre et devenir le chef d'un clergé nombreux ; il a sous ses ordres les sacrificateurs qui égorgent les victimes, et tout un peuple de serviteurs, occupés à approvisionner et à nettoyer le temple. Il entretient d'étroites relations avec ces scribes qui, servant de secrétaires au roi et aux magistrats, rédigent tous les documents privés et publics ; par leur intermédiaire il agit sur l'opinion et il est maître de l'histoire ; c'est sous son inspiration qu'ont été compilées les chroniques d'après lesquelles nous avons à nous représenter la vie du peuple d'Israël et la législation qui prétend gouverner cette société. « J'ai trouvé dans la maison de l'Éternel le livre de la loi, » vient dire, sous Josias, le grand prêtre Hilkija, et ce