I Rois, v; II Chroniques, h
3. C'est seulement dans les Chroniques que Ton trouve la trace de ces exagérations auxquelles se complut, après l'exil, la vanité juive; comme exemple de cette tendance,
Hiram prit rengagement de fournir à Salomon les bois de cèdre et de cyprès dont ce prince avait besoin pour la charpente et les lambris de ses bâtiments ; les arbres durent être abattus, équarris, réduits en poutres et en planches, dans les forêts du Liban, sous la direction de contre-maîtres phéniciens, par les hommes de corvée, pris sur tout Israël, que le roi envoyait dans la montagne ! ; Hiram se chargeait aussi du transport de tous ces bois, depuis la montagne jusqu'au rivage, d'où, liés en radeaux, il les faisait conduire par mer jusqu'à un port désigné par Salomon, port qui ne put être que Joppé*. De plus, il mit aussi à la disposition de son allié des tailleurs de pierre et des maçons; le texte mentionne particulièrement les Giblites3. Gébel n'avait pas, au même degré que Tyr et Sidon, le commerce maritime et les industries de luxe. Cette ville était plus voisine de ces hautes vallées du Liban d'où l'on tirait les bois de construction et peut-être aussi les meilleures pierres. Plus montagnards que marins, les Giblites paraissent avoir excellé surtout dans les travaux qui se rattachent à ce que nous appelons les industries du bâtiment : c'étaient les Limousins de la Phénicie. Tous ces ouvriers de choix, c'était Hiram qui les avait désignés; mais c'était Salomon qui les payait. Ils jouaient le rôle de chefs d'atelier; ils utilisaient ce que Jérusalem possédait déjà de gens de métier, qui s'y étaient établis et formés sous le brillant règne de David \
on peut citer le passage que l'auteur d'une récente restauration du temple, le Père Pailloux, de la Société de Jésus, a pris au pied de la lettre : « C'est par un écrit de sa main », à ce que le chroniqueur fait dire à David, « que l'Éternel m'a donné l'intelligence de tout cela, de tous les ouvrages de ce modèle. » (I Chroniques, xxvm, 19, etX. Pailloux, Monographie du temple de Salomon; Paris, A. Roger et F. Chernoviz, 1885, 1 vol. in-folio, xu-410 pages.) L'auteur de ce travail part de cette idée que le plan du temple a été dessiné par Dieu lui-même. « Autant il serait impertinent de supprimer un texte ou d'en atténuer le sens, autant il est téméraire d'hésiter à reconnaître le plan du temple pour un plan divin (p. n). » Ailleurs il parle des « plans primitifs, tracés, cotés, paraphés de la main de Jéhovah, tels qu'ils furent livrés à David, scripta manu Domini ». Il avoue que nous ne les avons plus ; mais, en revanche, il croit posséder dans Ézéchiel « des plans de seconde main, relevés sur place par le ministère d'un architecte prophète, et sous la dictée d'un ange (p. i). i t C'est plus qu'on ne pouvait espérer, » ajoute-t-il naïvement. C'est affaire aux architectes de dire si la restauration qu'il présente fait honneur à l'architecte prophète et à l'ange son inspirateur.
1 . Salomon, dans sa lettre, dit à Hiram : « Tu sais qu'il n'y a personne parmi nous qui s'entende à couper le bois comme les Sidoniens. » (I Rois, v, 6.) Il est évident que cela ne peut s'entendre uniquement de l'abatage des arbres ; il devait y avoir en Israël plus d'un vaillant bûcheron. Ce que les Sidoniens savaient mieux que les Éphraïmites, c'était débiter le bois, le scier et le raboter. Ce travail dut se faire, partie dans la montagne même, partie sur les chantiers établis autour du Moria (ibidem, v, 18).
2. Le rédacteur de II Chroniques, h, 16, nomme formellement Joppé.