‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 12 sur 440 · Sardus pater, monnaie de la famille Alia · texte numérisé non relu

Sardus pater, monnaie de la famille Alia

\. Avant d'aborder l'étude des monuments de l'art sarde, nous tenons à dire quels concours obligeants nous ont permis de donner à cette partie de notre ouvrage, malgré les limites où nous étions obligés de nous renfermer, une exactitude et une précision que nous n'avions pas espéré d'abord pouvoir atteindre, n'ayant pas eu l'occasion de visiter

struction de ces édifices et de leur disposition, les documents ne font pas défaut, et nous n'aurons qu'à les résumer ; ce qui sera plus difficile, ce sera d'arriver à déterminer le vrai caractère de ces monuments et à en deviner la destination.

§ 2. — LES XOITRAGHKS

Le type des bâtiments que nous îivons à décrire est propre h la Sardaigne. Nulle part ailleurs on ne le rencontre exactement semblable, avec les particularités qui servent à le définir. Il était donc naturel que Ton adoptât, pour désigner ces monuments, le terme local, le nom sous lequel ils sont connus dans l'île même ; c'est ainsi que l'expression de nouraghes est entrée dans la langue courante de l'archéologie ; c'est une transcription, h peine altérée par l'orthographe française, du mot nuraghe, lequel appartient en propre au dialecte sarde1. On a voulu trouver à ce mot une origine phénicienne ; on l'a fait venir de la racine hébraïque nour, qui exprime l'idée de lumière, et de hag, toit,

la Sardaigne et ses curieux musées. Au premier rang de ces collaborateurs bénévoles qui nous ont offert leur aide, nous devons mentionner, en première ligne, M. Léon Gouin, ingénieur civil des mines, établi depuis plus de vingt ans en Sardaigne, où il s'est vivement intéressé aux antiquités du pays et a formé un riche cabinet, qui tient sa place avec honneur auprès des musées de Gagliari et de Sassari. M Gouin, avec un empressement qui nous a vivement touché, s'est mis à notre disposition; aidé par son ami M. Alphonse Baux, qui ne s'est pas moins passionné pour l'archéologie sarde, il nous a fourni les dessins de tous les objets que renferme sa collection; il a, de plus, pris la peine de relever pour nous, avec un soin extrême, le plan et les dimensions de deux nouraghes qui ont pu nous servir de types ; enfin, par ses lettres, et, pendant deux voyages qu'il a faits à Paris, par sa conversation, il a bien voulu répondre à toutes nos questions, nous donner son avis sur tous les problèmes que soulevaient ces monuments étranges et encore si mal connus. Nous sommes heureux aussi de saisir cette occasion pour adresser nos remerciements a M. Vivanet, commissaire général des fouilles pour la Sardaigne, et à M. Pais, conservateur du musée de Cagliari. M. Vivanet a eu la bonté de nous procurer des photographies des principaux bronzes du musée de Cagliari, et, grâce k ces épreuves, nous avons pu donner de ces figurines des images qui valent mieux que celles qui avaient été présentées jusqu'ici. M. Pais, un maître critique, n'a pas été seulement, par les travaux qu'il a publiés, le guide que nous avons presque toujours suivi; il a encore eu la complaisance de nous prêter des livres que nous n'aurions pu trouver k Paris et il a levé nos doutes sur certains points qui nous embarrassaient. MM. Crespi et Nissardi, grâce à cette bienveillante entremise, nous ont aussi communiqué des dessins et fait profiter de leur expérience.

i. Sur les différentes formes du mot, dans le dialecte et chez les écrivains de l'Ile, voir La Marmora, Voyage en Sardaigne, partie II, p. 36. La Marmora écrit nur-hag, orthographe tout arbitraire, qui répond à une idée préconçue et qui n'a point passé dans l'usage.

demeure1. De cette étymologie on a tiré toute voir dans les nouraghes des tours à feu ou les nouraghes ont pu servir parfois h cet usage, qu'ils aient été bâtis surtout à cette fin ; c'est L'étude des dispositions qui les caractérisent proposée, elle n'a pas de valeur scientifique, mérite d'être prise en sérieuse considération, il

une théorie ; on a voulu tours à signaux. Or, si il est difficile d'admettre ce que fera comprendre . Quant à la dérivation Pour qu'une étymologie faut autre chose qu'une

8. -ï- Le Nouraprlie de Zuri, près Abbasanta. Élévation. Dessin de Baux.

concordance, qui peut être purement fortuite, entre un des éléments d'un

mot et une syllabe étourdiment empruntée à une langue quelconque.

Le nouraghe est une tour en forme de cône tronqué (fig. 8), qui se

terminait probablement par une sorte de terrasse-; il est construit en

\. Nour, lucere, splendere, d'où nèr, lucema. (Gesenius.)

2. Nous disons probablement, parce que le sommet de tous les nouraglies a plus ou moins souffert, et qu'il n'en est aucun où il puisse passer pour intact; mais si, comme on Ta quelquefois supposé, ces monuments s'étaient terminés par un dôme conique, par une voûte de forme quelconque, on trouverait encore, dans les moins mal conservés de ces édifices, l'indication de la naissance de cette courbe (La Marmora, Voyage en Sardaigne, p. 39). D'ailleurs l'escalier qui continue au-dessus des chambres devait mener quelque part, k une aire où un certain nombre de personnes pussent prendre pied et se réunir; il n'aurait pas eu d'objet si le massif avait eu une cime arrondie.

9. — Nouraghe de Zuri. Porte d'une des cellules et niche dans le mur. Dessin de Baux.

blocs qui sont souvent énormes , particulièrement à la base du monument; les pierres diminuent de volume à mesure qu'elles sont plus éloignées du sol. Dans certaines parties de l'édifice, ces pierres sont taillées; le plus souvent elles paraissent à peu près brutes (fîg. 9) ; jamais elles ne sont réunies par un mortier de chaux ; tout au plus y a-t-il quelquefois, dans les larges interstices des blocs qui ne sont pas exactement ajustés, de la terre que Ton y a jetée à poignées. Toujours unique, la porte, qui s'ouvre à ras de terre, est en général très basse* (fig. 10) ; on ne la franchit guère qu'en se mettant à quatre pattes. Une fois que l'on a passé sous le

linteau , on peut se relever; on se trouve dans un couloir où l'on se tient aisément debout (fig. 11).

Parfois le plafond de ce couloir s'abaisse tout d'un coup ; il faut de nouveau se glisser à plat ventre sous une seconde architrave. On arrive ainsi dans une chambre ordinairement ronde et parfois elliptique, qui a souvent 6 à 7 mètres de haut (fig. 12). Les assises horizontales, posées en encorbellement les unes au-dessus des autres, y dessinent une parabole, une sorte de dôme très allongé, dont le

\. Il y a quelques exceptions : on cite un petit nombre de nouraghes où un homme peut entrer lôte haute, saus même se courber (La Marmora, Voyage, p. 44).

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